Henri Awit, vice-recteur aux affaires académiques de l’USJ : le souci du détail et de la perfection.
En 1997, et sans que l’épreuve de force au centre de laquelle se trouvait le Liban soit achevée, un certain ordre avait été rétabli, et le canon avait cessé de tonner. Grâce à quelques hommes clairvoyants, qui surent alors poser les bonnes questions, un projet pédagogique de formation des formateurs, l’Institut universitaire de formation pour l’enseignement et l’encadrement (IUFE), vit le jour, qui allait se révéler déterminant pour la réédification de la société libanaise, sortie déchirée et désorientée de la guerre.
Le succès du projet pédagogique mis au point par le secrétariat des Écoles catholiques et l’USJ, avec la coopération de la France, tient du miracle. Écrit par Henri Awit, vice-recteur aux affaires académiques de l’USJ, et Édouard Bruel, un sociologue de l’éducation, le premier en sa qualité d’ancien directeur de l’IUFE et le second en sa qualité de responsable de la formation, Devenir acteurs d’un projet éducatif : les enjeux d’une formation du personnel des établissements scolaires au Liban (*) rapporte en détail les efforts de pionniers et de bâtisseurs pour redresser un système éducatif encore marqué par beaucoup de dilettantisme et mal préparé pour répondre aux défis de la mondialisation.
Dans une présentation de cet ouvrage faite lors d’un récent passage au Liban, le politologue Joseph Maïla, ancien recteur de l’Institut catholique de Paris et actuel directeur de la prospective au Quai d’Orsay – à côté d’autres intervenants de taille, comme Mgr Camille Zaïdan, ancien secrétaire général des Écoles catholiques, Nada Moghaïzel-Nasr, doyenne de la faculté des sciences de l’éducation de l’USJ, Georges Nahas, vice-président au planning et aux relations académiques à l’Université de Balamand, Ramzi Salamé, délégué du recteur de l’USJ à l’assurance qualité –, a souligné le grand mérite d’un livre qui, selon ses propres termes, « montre l’acte pédagogique dans toute son amplitude, tous ses détails ; le saisit sur le vif, dans ses différents moments : programmes, temps de formation, discussion, évaluation, réflexion sur la méthode ». « L’ouvrage, dit-il encore, rapporte aussi bien l’expérience et le retour sur l’expérience, l’outil et la philosophie de l’outil. »
« Une véritable vocation fondatrice » souffle sur l’ouvrage, ajoute le politologue, qui dit apprécier « cette aventure pédagogique qui se construit sur un fond libanais, dans la conviction que le Liban va durer ». « L’acte pédagogique est un acte d’espérance », conclut-il admirablement.
Le savoir et l’être
En fait, en 1997, au moment où cette aventure démarre, de nouvelles générations étaient apparues, qui n’avaient connu du Liban que le décor de la guerre. L’école catholique, que dirigeait alors Camille Zaïdan, aujourd’hui évêque d’Antélias et président de la commission épiscopale pour les écoles, ne pouvait plus ne pas se poser la question cruciale : qu’enseignons-nous à nos élèves ?
Quelle est la pertinence de nos programmes et de nos méthodes ? L’école catholique transmet-elle ce qu’elle doit transmettre ? Non pas seulement l’avoir, sous la forme du savoir, mais l’être. Car l’école est le lieu non seulement de la transmission du savoir, mais de la croissance dans l’être.
Bref, un travail d’adaptation du système éducatif et de professionnalisation de ses acteurs s’imposait. Le projet pédagogique s’installa progressivement. Il toucha d’abord les enseignants, ensuite les chefs d’établissement et les responsables de cycles. Il bouleversa le réseau d’écoles et d’enseignants catholiques, en rapprochant les uns des autres les acteurs qui acceptèrent de s’y joindre. Véritable révolution silencieuse, le programme déboucha, bien des années plus tard, sur la création d’une faculté de pédagogie à l’USJ.
L’un des centres d’intérêt du livre, c’est qu’en filigrane, on peut y lire non seulement les différents moments de l’aventure pédagogique, mais aussi le contexte social et politique libanais où elle se déroule. Avec beaucoup d’intelligence et de doigté, Maïla remonte du discours aux sources, du dit au non-dit. Que dit-il au juste ?
Les trois pierres angulaires du Liban
Essentiellement, Joseph Maïla juge que « le Liban est une société qui se cherche et tarde à trouver ses valeurs ». Il dit qu’à travers les thématiques abordées, l’ouvrage en pose trois qui sont fondamentales pour parachever l’édification du Liban, et qu’à ces trois niveaux, le système scolaire joue un rôle-clé. Ces trois niveaux sont celui de l’autorité morale, celui de la citoyenneté et celui de l’ouverture interreligieuse. Trois axes, trois pierres angulaires de toute société viable, trois espaces laissés en pointillés et encore à remplir.
« C’est à l’école que s’apprend l’autorité morale, c’est là aussi que s’apprend la citoyenneté, dans toutes ses implications, la relation de l’homme envers l’autorité morale, envers l’autorité politique, et c’est encore à l’école que se fonde, humainement et moralement, l’acceptation de la différence religieuse, et de la nécessité de l’ouverture », dit en substance le politologue.
Au fond de chaque Libanais, il y a la nostalgie d’un Liban de l’ordre, de la probité. On a beau s’expatrier, on reste nostalgique non pas du Liban, mais de ce que le Liban pourrait et devrait être, s’il savait mieux prendre en main sa destinée, ou si l’histoire lui envoyait une élite politique digne de sa vocation ; une élite assez forte et dotée de discernement pour échapper aux pièges que lui tendent les marchands du temple. Ceux qui vivent en parasites aux dépens de l’essentiel.
Lire en filigrane dans cet ouvrage la présence d’un Liban possible, voilà ce que Joseph Maïla a réussi à faire. Et le mérite en revient à sa personne autant qu’au livre, car c’est le propre des grands ouvrages d’élargir l’horizon du lecteur presque à l’infini, de le renvoyer à son intériorité, et de le faire rêver de dépassement. Cet ouvrage vient au bon moment. Il sera lu et relu, non seulement par les anciens de l’IUFE, mais également par les enseignants, les personnels de direction et d’encadrement, les responsables éducatifs et toutes les personnes préoccupées d’éducation. C’est donc un livre hors du commun qu’ont signé, aux publications de l’USJ, Henri Awit et Édouard Bruel.
(*) Coédition Publications de l’USJ – L’Harmattan. Préface de Sélim Abou. Pour l’achat en ligne, taper PUSJ.
Le succès du projet pédagogique mis au point par le secrétariat des Écoles catholiques et l’USJ, avec la coopération de la France, tient du miracle. Écrit par Henri Awit, vice-recteur aux affaires académiques de l’USJ, et Édouard Bruel, un sociologue de l’éducation, le premier en...


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