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Rima Maroun est une « Pleureuse »

Rencontre Petit bilan rétrospectif avec la jeune, talentueuse et discrète photographe Rima Maroun après sa participation, à travers deux expositions, au festival Montpellier Danse dont la 32e édition était placée sous le « goût de la Méditerranée ».
31/07/2012

Maya GHANDOUR HERT

 

C’est pour marquer l’ouverture de son festival vers d’autres champs artistiques que Jean-Paul Montanari, directeur de Montpellier Danse, a consacré un volet au cinéma iranien, et un autre à l’œuvre photographique d’une jeune Libanaise, Rima Maroun, dont l’œil et le talent ne passent pas inaperçus. Loin de là. Mais il faut dire que la très discrète jeune fille est comme un oiseau migrateur qui gazouille la plupart de l’année sous des cieux lointains. Son œuvre, primée en 2008 par le prix de la fondation Anna Lindh pour une série de photographies intitulée «Murmures», a notamment été exposée à la Villa Audi (sous l’égide de la communauté européenne), mais aussi en Europe (Italie, Hongrie, Croatie, Bulgarie, à Paris lors de la seconde édition Photoquai à Paris, à Chypre, au Montenegro...). En 2006, elle a participé à la création du collectif Kahraba, un groupe d’artistes.
Elle est entrée dans la danse (contemporaine) depuis 2009 et a participé à deux éditions de Takween BSDC. Elle a organisé le concours de photos de l’Union européenne en 2010 sur le thème «Le changement climatique et l’environnement», et elle est également spécialisée dans la photographie de mariage en partenariat avec Pulse-production.
Sa démarche artistique est animée par deux obsessions: provoquer une réaction physique chez les spectateurs et traquer le mouvement dans ses clichés.
«Une image photographique est pour moi une surface qui cache quelque chose que je peux sentir, voire même palper, mais qu’il m’est difficile de définir », affirme-t-elle.
Obnubilée par un certain «au-delà de l’image»: «J’ai toujours l’impression qu’une image dissimule une autre, et que derrière celle-ci se cache encore une autre, jusqu’à rencontrer une ossature. »
À Montpellier donc, elle a présenté deux expositions. La première, intitulée «À ciel ouvert », était effectivement accrochée de cette manière, dans la superbe cour de l’Agora de la danse. Elle donnait à voir un, ou du moins une partie, d’un projet sur lequel elle travaille depuis deux ans : photographier les souterrains des chantiers de Beyrouth. Le ventre ouvert de la ville, dévoilant durant un temps éphémère les strates d’histoire qu’il recèle, fascine en effet la jeune fille. « En regardant ce qui arrive dans ces bancs de sable, j’ai voulu montrer cette ligne de faille entre le dessus et le dessous afin de questionner cette croissance : au-dessus est la ville que vous voulez, au-dessous le passé sur lequel elle repose. »
La deuxième exposition de Maroun à Montpellier s’est déroulée à l’École des beaux-arts de la ville. Avec des images et une vidéo, appartenant à plusieurs séries réalisées entre 2008 (Murmures) et 2012.
L’artiste a effectué en janvier 2012 une résidence de 3 mois à la Cité internationale des arts de Paris. «Ma recherche s’est effectuée autour du mouvement et de l’image photographique au cœur des trois projets-fruits de cette résidence : «Ether », «De Cendres et de lumière », et «Les Pleureuses». Dans ces trois projets, elle tente de transmettre l’histoire que véhicule un corps, le sien. Cette grande histoire composée de multitudes de petites autres, en relation avec son pays, sa ville, sa mémoire, sa relation à ceux qui ont disparu.
Dans « Les Pleureuses », elle s’est mise en face de sa propre caméra et a pris des autoportraits en face d’un mur. Elle a ainsi mêlé dans ces clichés son expérience d’actrice, de danseuse et de photographe. Avec une intention double : danser sur les absents, représenter un corps en larmes. Et jouer le rôle cathartique de ces pleureuses de l’Antiquité...
«Ether» donne à voir des corps dans l’intimité embuée de salles de bains, ces lieux de passage comme notre présence sur cette terre. Et là, emprisonnés dans un espace-temps qui semble s’être arrêté, les corps voilés de vapeur ressemblent à des âmes flottant au-dessus des choses.
«De Cendres et de lumière», une multitude de gros plans: une peau magnifiée, un tas de cendres et de feuilles calcinées, des tâches de rousseur sur un épiderme blanc...
Des chantiers en construction au petit grain de beauté, des portraits des enfants du Sud-Liban en juillet 2006 à ses propres autoportraits dansant le deuil des autres, il est évident que l’œuvre de Rima Maroun est aussi paradoxalement variée que chargée... d’histoires.

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