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Nos lecteurs ont la parole

II.- Un parallèle entre les guerres de Syrie et du Liban

Ibrahim TABET
Au Liban, c’est une ultime intervention militaire, en l’occurrence celle de la Syrie avec un aval américain, qui a mis fin à la guerre. Et c’est Damas qui a été, jusqu’au départ forcé de ses troupes en 2005, le plus grand bénéficiaire de l’accord de Taëf plutôt que les musulmans libanais. La marginalisation politique du camp chrétien ayant été relative, grâce au principe « ni vainqueur ni vaincu » sagement adopté par les parrains de l’accord (voir L’Orient-Le Jour du 18 juillet 2012).
En Syrie, une intervention militaire extérieure, ne serait-ce que pour établir une zone d’exclusion aérienne et encore moins pour aider l’opposition à renverser le régime, est très peu probable. D’abord car rien ne garantit son remplacement par un régime plus démocratique qui ne soit pas dominé par des islamistes avides de revanche. Ensuite car les puissances susceptibles de l’entreprendre, à savoir les membres de l’OTAN dont la Turquie, n’en ont ni la volonté ni sans doute les moyens. Sans compter qu’elles craignent les risques de déstabilisation de la région qu’elle comporte. Lesquels concernent en premier lieu le Liban, mais aussi la Turquie aux prises avec le PKK kurde et qui doit tenir compte des sentiments de sa communauté alaouite turque et arabe. Enfin du fait de l’opposition de la Russie et de la Chine, qui bloqueraient de toute façon une résolution de l’ONU dans ce sens.
Quant aux forces de l’opposition, elles paraissent incapables de l’emporter militairement. En effet, même en cas de poursuite des défections d’officiers et de soldats sunnites au sein de l’armée syrienne, son noyau dur formé de troupes d’élites alaouites conservera toujours la possibilité de les tenir en échec. L’aide que reçoit le régime de la part de la Russie et de l’Iran compense d’ailleurs celle que reçoit l’opposition de ses alliés dont les sanctions, l’expérience l’a prouvé, ne sauraient avoir un effet déterminant. En viendrait-il d’ailleurs à être acculé qu’il serait tenté de se retrancher dans son réduit du nord-ouest du pays, comme les chrétiens libanais s’étaient retranchés dans le leur jusqu’en 1990, faisant à nouveau planer le spectre tant redouté du scénario d’une partition du Proche-Orient qui servirait l’intérêt d’Israël.
Comme, de son côté, le régime ne peut ni éliminer l’opposition ni espérer pouvoir se maintenir indéfiniment, les deux parties sont dans l’impasse et seule une solution politique peut mettre un terme à la guerre. Peut-on dans ces conditions espérer la conclusion d’un accord plus ou moins semblable à celui de Taëf assurant en Syrie une sortie de crise lui épargnant des règlements de comptes sanglants ou une division ?
Ce qui est certain, c’est qu’un tel règlement, s’il devait se matérialiser, prendra beaucoup de temps, et qu’il ne pourra intervenir qu’à certaines conditions. D’abord que les deux parties admettent, comme au Liban, qu’aucune ne peut éliminer l’autre et acceptent de négocier, ce qui n’est pas encore le cas. L’opposition divisée entre de multiples factions n’étant unie que dans son refus d’une telle solution, et le pouvoir n’étant pas assez affaibli pour l’accepter, d’autant plus que c’est le sort même de sa communauté, beaucoup plus qu’au Liban où les chrétiens n’étaient pas visés en tant que tels, qui est en jeu. Ensuite qu’un leadership crédible émerge au sein de l’opposition, au sein de laquelle il n’existe pas de coordination entre ses composantes interne et externe, elle-même divisée entre laïcs et islamistes. Enfin et surtout que les puissances concernées, et en premier lieu les États-Unis et la Russie, trouvent un terrain d’entente, ce qui est loin d’être acquis tant leurs intérêts sont divergents. Il faut admettre à cet égard que, si Moscou détient moins d’atouts dans sa manche que Washington, sa position est plus réaliste. Les appels répétés au départ de Bachar el-Assad et de son clan de la part des capitales occidentales sont restés et resteront sans effet si une porte de sortie ne leur est pas proposée et un gouvernement de transition incluant des figures acceptables pour le régime et l’opposition n’est pas mis en place. Une telle solution ne pourra sans doute voir le jour que si l’administration américaine accepte – ce qu’elle refuse de faire et que préconise Kofi Annan – d’inclure l’Iran à la table des négociations dans le cadre d’un « package deal » dont la crise syrienne ne serait pas la seule composante. À la différence donc de l’accord de Taëf où les enjeux régionaux étaient moins importants, ces négociations devront autant tenir compte des intérêts respectifs des parties prenantes régionales et internationales au conflit que de ceux de la Syrie dont l’avenir est problématique.

Ibrahim TABET
Au Liban, c’est une ultime intervention militaire, en l’occurrence celle de la Syrie avec un aval américain, qui a mis fin à la guerre. Et c’est Damas qui a été, jusqu’au départ forcé de ses troupes en 2005, le plus grand bénéficiaire de l’accord de Taëf plutôt que les musulmans libanais. La marginalisation politique du camp chrétien ayant été relative, grâce au principe « ni vainqueur ni vaincu » sagement adopté par les parrains de l’accord (voir L’Orient-Le Jour du 18 juillet 2012).En Syrie, une intervention militaire extérieure, ne serait-ce que pour établir une zone d’exclusion aérienne et encore moins pour aider l’opposition à renverser le régime, est très peu probable. D’abord car rien ne garantit son remplacement par un régime plus démocratique qui ne soit pas dominé par des...
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