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Moyen Orient et Monde - Crues Meurtrières

Krymsk révèle une Russie qui ne croit plus personne, même Poutine

Pendant une réunion au Kremlin, le président russe Vladimir Poutine a exigé une analyse « le plus vite possible » des causes de cette « horrible tragédie ». Mikhaïl Klimentyev/AFP

Le refus de beaucoup de Russes de croire aux explications officielles sur la crue qui a fait plus de 170 morts à Krymsk témoigne de la défiance, héritée de mensonges en série dans le passé, à l’égard des représentants du pouvoir et même du premier d’entre eux, Vladimir Poutine.
« C’est le pouvoir, et non les intempéries, qui nous a noyés », titrait hier, citant les habitants de Krymsk, le quotidien populaire Moskovski Komsomolets, le plus lu de Russie avec deux millions d’exemplaires. Plus de deux jours après la tragédie, et malgré la visite sur place de Vladimir Poutine, accompagné d’une armée de ministres, et les explications de spécialistes à la télévision publique, beaucoup de Russes continuent de croire que le pouvoir leur ment sur les circonstances réelles de la catastrophe dans la petite ville du sud-ouest du pays. Sur le nombre réel des victimes, sur l’origine de la masse d’eau de plusieurs mètres de hauteur qui a déferlé au cours d’une nuit de pluies diluviennes, les thèses les plus extrêmes se sont fait jour, relayées par Internet notamment. « L’ampleur des fautes et de l’irresponsabilité (du pouvoir) n’est pas plus grande qu’à l’habitude, estime le politologue Dmitri Orechkine, c’est l’opinion publique qui a changé. » « On ne croit plus le pouvoir et on se fie désormais à des sources d’information alternatives, souvent non vérifiées et même absurdes », ajoute-t-il.
Jusqu’à 1 000 morts, que le pouvoir cacherait, un « mur d’eau » qui aurait été libéré à dessein d’une retenue artificielle en amont pour, selon certains, « sauver » la ville portuaire de Novorossiisk en sacrifiant les habitants de Krymsk...
Vladimir Poutine s’est rendu sur place dès samedi, se faisant expliquer, demandant et redemandant, d’après des images par la suite diffusées à la télévision, aux responsables locaux si l’hypothèse d’un délestage massif du lac artificiel était possible. En vain. Le gouverneur Alexandre Tkatchev, qui explique que la catastrophe est due à des précipitations exceptionnelles et à la configuration des lieux, dans une cuvette de ce piémont du Caucase, ne rencontre pas davantage de succès, pratiquement pris à partie dimanche au cours d’une rencontre avec les habitants, qui ne le croient pas. Il propose alors même à une poignée d’habitants de les emmener en hélicoptère jusqu’au lac en question pour vérifier d’eux-mêmes. Certains, montrés à la télévision publique, admettent ensuite que le lac est intact, mais d’autres, selon l’agence publique de presse RIA Novosti, ne se disent pas convaincus et soupçonnent dès lors un autre lac. Face à la colère de la population, M. Tkatchev a été limogé hier.
Pour Alexandre Morozov, expert indépendant et rédacteur en chef du site Rousski Journal, les Russes ont « perdu confiance dans le pouvoir » en raison des mensonges du passé comme au moment de l’accident en août 2000 du sous-marin Koursk, longtemps minimisé par les militaires. Les 118 hommes d’équipage avaient péri faute d’être secourus à temps. « Le pouvoir n’a jamais dit franchement aux gens ce qui se passait. En conséquence, la confiance s’effondre, et chaque nouvelle tragédie est perçue de manière plus aiguë », ajoute M. Morozov. Les Russes avaient une longue expérience en la matière à l’époque soviétique, comme après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, dont la gravité n’avait été admise qu’à rebours par Moscou en 1986. Avec Vladimir Poutine, l’officier du KGB qui faisait vœu de parler vrai et remettre en ordre le pays, les Russes avaient pensé en 2000 qu’ils rompaient avec cette tradition, lui accordant un « capital de confiance », relève Dmitri Orechkine. « Poutine a poursuivi étonnamment longtemps sur ce capital de confiance, estime le politologue, l’opinion publique s’efforçait de ne pas remarquer ses formules malvenues ou ses mensonges. »
Comme sur le gaz « inoffensif » employé en 2002 contre des terroristes tchétchènes à Moscou, mais qui avait fait 130 morts parmi les otages. « Désormais, même s’il dit la vérité, on ne le croira plus. Ainsi est faite l’opinion publique », ajoute M. Orechkine.
(Source : AFP)
Le refus de beaucoup de Russes de croire aux explications officielles sur la crue qui a fait plus de 170 morts à Krymsk témoigne de la défiance, héritée de mensonges en série dans le passé, à l’égard des représentants du pouvoir et même du premier d’entre eux, Vladimir Poutine.« C’est le pouvoir, et non les intempéries, qui nous a noyés », titrait hier, citant les habitants de Krymsk, le quotidien populaire Moskovski Komsomolets, le plus lu de Russie avec deux millions d’exemplaires. Plus de deux jours après la tragédie, et malgré la visite sur place de Vladimir Poutine, accompagné d’une armée de ministres, et les explications de spécialistes à la télévision publique, beaucoup de Russes continuent de croire que le pouvoir leur ment sur les circonstances réelles de la catastrophe dans la petite ville...
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