Avec Robert Sabatier « disparaît un enfant chéri du public, un étonnant raconteur d’histoires », a souligné la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti. Mais « derrière le masque bonhomme et les volutes de fumée de son éternelle pipe, il y avait l’un des meilleurs connaisseurs de la versification contemporaine, un excellent poète et l’auteur d’une monumentale Histoire de la poésie française », a-t-elle dit. « Il y avait aussi l’amateur d’humour noir et d’aphorismes, contempteur féroce de la comédie humaine », a relevé la ministre. L’un de ses condisciples à l’Académie Goncourt, Tahar Ben Jelloun, s’est dit très attristé par la perte d’un « homme d’une grande culture et d’une grande discrétion, doté d’une grande présence. Subtil et jamais véhément. La rentrée littéraire sans lui va être bien triste », ajoutant : « C’était mon voisin de gauche à la table du jury du Goncourt (au restaurant Drouant, à Paris). Il était là avant nous tous et en a vu passer beaucoup, Aragon, Genevoix... »
Bernard Pivot, lui aussi membre de l’Académie Goncourt, avait fait la connaissance de Robert Sabatier il y a une cinquantaine d’années, quand il était « jeune journaliste au Figaro littéraire et Robert Sabatier attaché de presse aux PUF ». « C’était un poète formidable et un admirable connaisseur de la poésie, qui pouvait réciter des milliers de vers, citant aussi bien Ronsard que Saint-John Perse. C’est lui qui orientait le choix du jury lors de l’attribution du Goncourt de la poésie », a-t-il ajouté.
Amateur de bons mots et de bons vins, comme Pivot, Robert Sabatier aimait à dire « il faut s’efforcer d’être jeune comme un beaujolais et de vieillir comme un bourgogne »...
Né le 17 août 1923, enfant de Montmartre, orphelin à 12 ans, Robert Sabatier peuplait ses livres de personnages truculents et fit revivre dans une vingtaine de romans le Paris gouailleur, insouciant, un peu anar, des années 1930. Son premier roman, Alain et le nègre (1953), fut salué par la revue Les Lettres Françaises comme « le premier roman français antiraciste » et adapté par Julien Duvivier au cinéma. Encouragé par Albert Camus, il publiera une quinzaine de livres en quinze ans. Mais, c’est avec Les allumettes suédoises (1969), premier volet des aventures d’un jeune orphelin, Olivier, qu’il rencontre un succès international. Le roman rate de peu le Goncourt, mais l’auteur ajoutera sept épisodes en trente ans aux aventures d’Olivier : Les noisettes sauvages (1974), David et Olivier (1986), Olivier et ses amis (1993)... La saga s’est vendue depuis à des millions d’exemplaires dans le monde et France 2 a adapté Les allumettes suédoises en 1996. Et si le roman lui a apporté la gloire, sa grande passion restait la poésie.
(Source : AFP)

