La succession de faits qu’est en train de vivre le Liban actuellement ne peut pas être une simple coïncidence. Soit elle est l’aboutissement d’une longue habitude de la part des responsables qui se sont succédé aux commandes du pouvoir de traiter le pays comme un gâteau dont il faut se partager les parts, soit elle est la concrétisation d’un plan visant à détruire tout ce qui pourrait rassembler les Libanais et leur permettre de se doter d’un véritable État. À moins qu’il ne s’agisse des deux. Toujours est-il que jamais autant qu’aujourd’hui, les Libanais n’ont senti que tout va mal, économiquement, politiquement et sur le plan sécuritaire. Frustrés, ils ne savent plus comment exprimer leur colère, face à une classe politique dont les membres ne cherchent qu’à marquer des points les uns par rapport aux autres. Et si les horizons continuent à être bouchés, ils pourraient bien avoir recours à la violence. C’est d’ailleurs comme si on voulait les pousser dans ce sens. Dans plusieurs régions du pays, la vie ressemble en effet de plus en plus à une veillée d’armes... Et pourtant, personne ne semble craindre une déflagration généralisée.
Un député de la majorité affirme à cet égard que tous les ingrédients d’une nouvelle guerre au Liban sont prêts, surtout avec les tentatives de paralyser l’armée, mais celle-ci n’aura pas lieu parce que les grands groupes ne la souhaitent pas. À leur tête, le Hezbollah qui réussit à déjouer les pièges visant à l’entraîner vers un affrontement à l’intérieur. Le député ajoute que le secrétaire général du parti chiite a donné des instructions très claires à tous ses partisans de refuser de se laisser entraîner dans une riposte violente quelle que soit la nature des provocations qu’ils subissent. En dépit des pressions exercées sur lui d’abord avec le dossier des armes de la résistance, puis dans le cadre du dossier syrien et enfin avec l’enlèvement des onze pèlerins qui vise essentiellement à soulever les proches des otages contre lui ou à le pousser à modifier sa politique à l’égard du régime syrien, le Hezbollah continue à faire preuve de retenue. Il refuse de répondre à toutes les accusations portées contre lui tantôt d’aider le régime syrien et tantôt d’armer des groupes au Nord ou ailleurs. Le Hezbollah est en effet convaincu que la déstabilisation du Liban ne peut que lui nuire et ne fait que servir les intérêts d’Israël. Il est donc l’un des plus impliqués dans la réclamation de la poursuite du dialogue.
Dans le camp opposé, le courant du Futur, qui a montré au cours des derniers incidents à Tarik Jdidé qu’il a des armes et est prêt à les utiliser le cas échéant, ne veut pas non plus d’une guerre au Liban, car dans l’équilibre actuel des forces, tout dérapage sur le terrain entraînerait un renforcement des groupes extrémistes aux dépens des structures plus modérées. Tout en adoptant des positions en flèche contre le régime syrien, le courant du Futur ne peut pas se dresser actuellement contre la mouvance islamiste qui a le vent en poupe dans le monde arabe, mais il ne peut pas non plus se placer sous son aile. Il joue donc l’accalmie et préfère participer au dialogue car d’une part, il ne peut pas prendre la tête des radicaux musulmans et de l’autre, il sait que la violence renforce les islamistes. Chez les chrétiens, le courant aouniste n’est pas armé et refuse de se transformer en milice. Les Forces libanaises et les Marada, ainsi que le PNSS, qui ont sans doute des structures miliciennes, savent qu’une aventure militaire serait très impopulaire auprès des chrétiens et se heurterait forcément à l’armée, même affaiblie. Il ne reste donc, de part et d’autre, que certains petits groupes qui peuvent créer des incidents, mais ne peuvent pas provoquer une guerre civile à ce stade de l’évolution des événements. Cela suffira-t-il à dissuader ceux qui veulent utiliser la déstabilisation du Liban comme une carte de pression dans le dossier syrien ? Ce n’est sans doute pas par hasard si les groupes palestiniens se sont soudain réveillés...


Bravo l'artiste! Ca, c'est de l'analyse vue sous ses différents angles. Il y a deux principaux genre de personnes: Ceux qui écrivent leurs rêves empreints de colère et souvent de frustrations et l'autre qui écrit avec objectivité et qui donc reste dans le ligne de la cohérence et généralement pas loin de la réalité des choses; donc du terrain et de l'histoire loin des théories foisonnantes et farfelues. Je pense que vous n'appartenez pas, Madame Hadad, à la première catégorie.
18 h 21, le 22 juin 2012