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Nos lecteurs ont la parole

I.- Réflexions préliminaires sur l’état actuel de l’Unesco

Par Rana IBRAHIM
Ayant assisté en tant qu’observateur à la dernière session du conseil exécutif de l’Unesco à Paris, je voudrais partager avec les lecteurs de L’Orient-Le Jour cinq idées fortes et critiques qui reflètent l’état actuel de l’organisation, qui regroupe 195 pays et dont le Liban a été un des 20 pays fondateurs en 1945 : la gestion interne de l’organisation, son rôle dans les pays en postconflit, les rapports de force en son sein, en prenant comme exemple les tensions qui ont suivi l’adhésion de la Palestine, le rapport idéalisme et protectionnisme qui existe dans le cadre de contraintes budgétaires actuelles, et enfin l’équilibre nécessaire entre les idéaux de l’organisation et l’approche pragmatique qui contribue aussi à faire avancer ses projets.

1.- Un mode de gestion interne fondée sur le principe d’égalité
La vie interne de l’Unesco apparaît originale lorsqu’on la découvre la première fois.
Les médias rappellent souvent que le Conseil de l’Organisation des Nations unies (ONU) détient un pouvoir majeur dans les décisions compte tenu du droit de veto de ses membres.
À l’Unesco, il pourrait y avoir la même forme de prise de décision mais ce n’est pas le cas. La raison vient sans doute des champs d’activités de l’Unesco; mais, à mon avis, surtout à son rôle de forum des nations. Chaque État peut exposer ses choix culturels sans les imposer de manière brute par un vote, et peut donc échanger plus librement, au risque d’allonger la durée des discussions.
En définitive, il s’agit d’une forme de démocratie qui fait entendre les particularités en les faisant également partager.

2.- Un rôle géopolitique non négligeable dans les pays « postconflits »
Les programmes de l’Unesco sont lancés en faveur de zones qui connaissent des difficultés de développement majeures. Les pays d’Afrique, où viennent de s’éteindre des conflits, où l’État est structurellement faible dans les politiques sociales et où la démocratie est peu développée, sont donc particulièrement concernés.
Notons par ailleurs que la Corée du Nord dispose d’une représentation à l’Unesco alors qu’il n’existe pas d’ambassade à Paris.
L’Unesco est donc le lieu d’échange diplomatique avec des États peu ouverts sur le monde extérieur.

3.- Exemple de rapports d’autorité au sein de l’Unesco : la Palestine devient membre à part entière
L’adhésion de la Palestine en tant que membre à part entière à l’Unesco constitue une nouvelle avancée vers sa reconnaissance en tant qu’État, statut que l’entité revendique auprès de l’ONU.
Cette déclaration a été accueillie avec beaucoup de réserve par les États-Unis qui ont suspendu leurs subventions à l’institution, alors qu’ils s’apprêtaient à verser quelque 60 millions de dollars en novembre 2011.
La contribution américaine représente 22 % du budget de l’ONU. Le département d’État s’est dit contraint par deux lois américaines du début des années 1990, qui interdisent le financement d’une agence spécialisée des Nations unies ayant accepté les Palestiniens en tant qu’État membre à part entière, en l’absence d’accord de paix avec Israël. Les contributions du Canada et d’Israël ont été suspendues également.
Cette adhésion montre que les Américains, n’ayant qu’une voix parmi toutes les autres, et contrairement à la situation au Conseil de Sécurité de l’ONU, exercent tout de même un rapport d’autorité au sein de l’Unesco qui en est très dépendant.

4.- Conflit entre idéalisme et protectionnisme, dans le cadre de contraintes budgétaires serrées
Les programmes de l’Unesco promeuvent la responsabilité civique et la tolérance, ce qui est une arme pour combattre le terrorisme et affirmer l’idée de démocratie. L’Unesco est aussi le porte-parole des pays défavorisés, ce qui peut contrarier les visions globales qu’entendent suggérer ou parfois imposer de grandes puissances. En fait, sa vision universaliste la porte à la défense de l’intérêt général contre l’intérêt privé.
Le modèle de gouvernance de l’Unesco, respectueux des différences et rassemblant les pays en développement ou émergents et les pays développés, est fondé sur un équilibre instable et difficile, selon le degré de respect de la diversité et de la libre circulation des idées.
En tant qu’agence de l’ONU, elle n’est habilitée ni à trancher ni à s’autosaisir : elle ne peut que refléter les tensions qui existent et se faire l’écho des voix contradictoires. C’est là encore le signe de vie d’un débat propre au monde démocratique.
Ce modèle idéaliste, respectueux des différences doit tenir compte aussi des programmes politisés, de la participation sélective des pays selon leurs intérêts politiques et économiques, enfin des jeux de diplomatie qui existent dans les relations internationales. Les votes au sein du Conseil éxécutif peuvent parfois révéler des liens historiques plus informels.
L’Unesco est un organe fondamental pour les pays pauvres, en post conflit ou en retard de développement.
(À suivre)
Ayant assisté en tant qu’observateur à la dernière session du conseil exécutif de l’Unesco à Paris, je voudrais partager avec les lecteurs de L’Orient-Le Jour cinq idées fortes et critiques qui reflètent l’état actuel de l’organisation, qui regroupe 195 pays et dont le Liban a été un des 20 pays fondateurs en 1945 : la gestion interne de l’organisation, son rôle dans les pays en postconflit, les rapports de force en son sein, en prenant comme exemple les tensions qui ont suivi l’adhésion de la Palestine, le rapport idéalisme et protectionnisme qui existe dans le cadre de contraintes budgétaires actuelles, et enfin l’équilibre nécessaire entre les idéaux de l’organisation et l’approche pragmatique qui contribue aussi à faire avancer ses projets.1.- Un mode de gestion interne fondée sur le principe...
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