« Ce sont les 48 heures les plus critiques de l’histoire du pays », affirmait hier le journal al-Ahram. Un groupe de juges indépendants, dirigé par l’ex-président de l’Union des juges Zakaria Abdel Aziz, qui supervisait les opérations de vote, avait donné M. Morsi vainqueur de la présidentielle. Mais le prochain président, quel qu’il soit, sera loin d’avoir le pouvoir quasi-absolu dont a bénéficié M. Moubarak pendant ses trois décennies à la tête de l’Égypte. Une « déclaration constitutionnelle complémentaire » promulguée dimanche par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige le pays depuis seize mois, donne en effet à l’armée de vastes prérogatives, qui réduisent considérablement la marge de manœuvre du futur président.
Dans ce climat de tensions et d’incertitudes sur le prochain chef de l’État, des informations sur une dégradation de la santé de M. Moubarak sont venues ajouter à la confusion. Le président déchu, âgé de 84 ans, transporté mardi soir de la prison de Tora dans le sud du Caire vers un hôpital militaire proche, se trouve dans le coma et a dû être mis sous assistance respiratoire, ont indiqué des sources médicales et militaires. Il n’est pas « cliniquement mort » comme l’avait annoncé l’agence MENA, a déclaré une source médicale. De son côté, la télévision d’État a indiqué qu’un communiqué officiel serait « bientôt » diffusé sur l’état de santé de l’ancien président, qui aurait été victime d’une attaque cérébrale. La santé de M. Moubarak, un tabou sous sa présidence, est sujette à de nombreuses spéculations et informations contradictoires depuis sa chute. L’état de M. Moubarak aurait fortement décliné après son incarcération il y a un peu plus de deux semaines, des sources de sécurité faisant état de dépression aiguë, de difficultés respiratoires et d’hypertension. De nombreux Égyptiens soupçonnent le sujet d’être instrumentalisé pour susciter de la compassion envers l’ancien dirigeant ou lui ménager un traitement de faveur, et beaucoup estiment qu’il appartient de toute façon au passé.
Le pharaon déchu
Hosni Moubarak a dirigé l’Égypte sans partage pendant trois décennies. Lors de son arrivée à la tête du pays en 1981, à la faveur de l’assassinat du président Anouar el-Sadate par des islamistes, personne n’avait prédit à l’époque beaucoup d’avenir à cet ancien commandant de l’armée de l’air, qui manque de charisme. Réputé pragmatique, mais de plus en plus coupé du peuple et orgueilleux, il s’appuie sur un redoutable appareil policier et un parti à sa dévotion pour étendre son emprise et régner sur le pays tel un pharaon, avant d’être finalement renversé. Le maintien contre vents et marées des accords de paix conclus en 1979 avec Israël et sa réputation de modéré au sein du monde arabe valent à son régime autocratique les faveurs de l’Occident, en particulier des États-Unis dont il restera l’allié indéfectible.
Avec sa silhouette trapue, sa chevelure toujours drue malgré l’âge et son regard souvent dissimulé derrière des lunettes de soleil, M. Moubarak était devenu au fil des ans une figure familière des réunions internationales. Il s’est aussi montré un adversaire résolu de l’islamisme radical façon el-Qaëda, mais sans parvenir à enrayer la montée du mouvement conservateur des Frères musulmans, aujourd’hui officiellement première force politique d’Égypte. Au cours de sa longue carrière, il a échappé à plusieurs tentatives d’attentat et n’a jamais levé l’état d’urgence en vigueur tout au long de sa présidence. Celui-ci a finalement été levé fin mai.
Né le 4 mai 1928 dans une famille de la petite bourgeoisie rurale du delta du Nil, Mohammad Hosni Moubarak a fait ses preuves dans l’armée, jusqu’à devenir commandant en chef des forces aériennes, puis vice-président en avril 1975. Il est marié à Suzanne Thabet, qui fut très influente dans son entourage.
(Source : AFP)

