Les pays de l’OPEP viennent de reconduire leur quota de production. Alexander Klein/AFP
Réunis mercredi et jeudi à Vienne, les douze ministres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dont les pays pompent environ un tiers de l’offre mondiale d’or noir, ont exprimé leurs vives préoccupations face à la santé défaillante de l’économie mondiale.
« Le système capitaliste connaît une crise profonde (...) qui a transformé en menace claire et imminente la possibilité d’un effondrement de la demande pétrolière mondiale », a lancé le ministre vénézuélien du Pétrole Rafael Ramirez.
Le ralentissement de la croissance aux États-Unis et en Chine, les deux plus grands pays consommateurs de brut, tout comme la crise persistante de la zone euro « risquent d’accroître la pression sur la demande », a renchéri son homologue angolais José Maria Botelho de Vasconcelos.
Symptômes inquiétants, les stocks américains de brut évoluent à des niveaux plus vus depuis 1990 et les cours du baril se sont effondrés de 30 dollars en trois mois, tombant à Londres sous le seuil de 100 dollars.
« L’économie mondiale pourrait profiter de cette baisse des prix, qui agirait comme une sorte de stimulant pour la croissance », a avancé Gary Hornby, analyste de la firme énergétique britannique Inenco.
Et c’est d’ailleurs autant pour soulager une économie mondiale à la peine que pour compenser la baisse des exportations iraniennes, minées par les sanctions internationales, que l’Arabie saoudite, principal producteur du cartel, a dit gonfler son offre depuis décembre.
Mais la plupart des ministres de l’OPEP ne l’entendent pas de cette façon : effrayés par la dégringolade des prix, beaucoup ont indiqué leur souhait de voir les cours remonter au-dessus de 100 dollars.
« Des prix stables au-dessus de 100 dollars représentent le minimum nécessaire » pour assurer le développement des ressources pétrolières, a insisté M. Ramirez, une opinion partagée par ses homologues angolais et libyen.
L’Iran et le Venezuela, les membres les plus conservateurs du cartel, ont dénoncé l’« excès de production » des pays du Golfe, coupable selon eux de « déstabiliser le marché ».
Alors que l’offre cumulée de l’OPEP se hissait en mai à 31,86 millions de barils par jour (mbj) selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les douze ministres se sont accordés jeudi à reconduire leur plafond de production de 30 mbj décidé en décembre, en se contentant d’exiger une meilleure discipline collective.
Et avec l’espoir qu’une baisse de l’offre d’or noir suffise à stabiliser les prix sans mettre en danger l’économie.
« Un baril à 110 dollars n’est pas une menace pour la croissance économique mondiale », a estimé hier Abdallah el-Badri, secrétaire général de l’OPEP.
« Puisque le niveau de prix idéal pour les Saoudiens, fixé précédemment à 100 dollars, a été atteint, il serait logique de les voir restreindre effectivement leur offre », a souligné Filip Petersson, analyste de la banque suédoise SEB.
Cependant, si les prix se maintiennent à leur niveau actuel sans plonger plus bas, une véritable baisse de la production de l’OPEP pourra s’avérer malgré tout fort hypothétique, a-t-il averti.
De fait, les exportations saoudiennes diminuent de toute manière sensiblement durant l’été, en raison d’une plus grande consommation interne de brut pour alimenter les systèmes de climatisation.
Par ailleurs, le renforcement traditionnel de la consommation pétrolière dans l’hémisphère Nord durant l’été et à l’approche de l’hiver « pourrait contribuer à absorber l’excédent de pétrole sur le marché », a ajouté M. Petersson.
(Source : AFP)

