« Chaque dialogue a ses fondements, en ce sens qu’on a droit à s’attendre à ce qu’il débouche sur des résultats minimaux. Mais personne n’est tenu d’entamer un dialogue dont on est certain que rien n’en sortirait », déclare M. Geagea dans une interview au journal saoudien Okaz. « En toute simplicité, nous avons pensé que le dialogue lancé par le chef de l’État n’allait donner aucun résultat, et cela en raison des positions des protagonistes concernés », ajoute-t-il.
Selon lui, dans un dialogue, on ne demande rien aux Forces libanaises, au courant du Futur, au PSP, aux Kataëb ou au 14 Mars, en général. En revanche, c’est au Hezbollah qu’il est demandé de s’acquitter de ce qui constitue l’objet même du dialogue.
« Cela fait sept ans aujourd’hui que nous dialoguons autour de thèmes sur la majorité desquels nous sommes tombés d’accord et il ne reste plus que la question du Hezbollah. À quoi pouvons-nous nous attendre ? » se demande-t-il, avant d’ajouter : « Et par-dessus le marché les sujets sur lesquels nous étions parvenus à un accord n’ont même pas reçu un début d’application. »
« Cette fois-ci, je ne vois pas que les conditions minimales (en vue d’un succès du dialogue) sont assurées. Mais nous n’allons pas en rester là. Ce que nous allons faire, c’est d’essayer sincèrement et de bonne foi d’agir aux côtés du président de la République pour mettre en place des fondements susceptibles de permettre le succès de ce dialogue. Si nous arrivons à le faire, nous réviserons notre position, sinon, nous dirons qu’à l’impossible nul n’est tenu, dans la mesure où la partie adverse n’est pas sérieuse dans son approche du dialogue. »
Pour lui, la condition minimale exigée est la mise en œuvre sérieuse des précédentes résolutions du dialogue.
Signalons par ailleurs que le chef des FL a reçu hier à Meerab le coordinateur spécial des Nations unies au Liban, Derek Plumbly.
Carlos Eddé : Les armes parvenues à la « date d’expiration »
De son côté, le bloc parlementaire du Futur, réuni hier sous la présidence de son chef, Fouad Siniora, présent lundi à la séance de dialogue, a brossé un tableau mitigé de cette première séance. « Certaines positions exprimées au cours de la réunion ne font que perpétuer le discours d’intimidation et de menace de façon directe ou indirecte », affirme le bloc dans un communiqué. « Cela donne de nombreux signaux négatifs pour ce qui est des objectifs (du 8 Mars) à la conférence de dialogue national, d’autant que le thème qu’il reste à examiner des sessions antérieures du dialogue, à savoir les armes du Hezbollah, n’a pas été abordé », souligne le communiqué.
Le bloc voit cependant une note positive dans le fait que « la teneur du plan de sauvetage » mis au point la semaine dernière par le 14 Mars « a constitué la base de la Déclaration de Baabda adoptée à l’issue de la séance de lundi, notamment en ce qui a trait à l’attachement à l’accord de Taëf, la mise en œuvre des précédentes résolutions du dialogue, le respect des résolutions internationales et la tenue du Liban à l’écart de la politique des axes et des conflits régionaux et internationaux.
Par ailleurs, le Amid du Bloc national, Carlos Eddé, a estimé que « l’objectif du dialogue, précédent et actuel, est de dissimuler les vrais problèmes qui se posent dans le pays ». « Les forces du 8 Mars s’emploient à suggérer qu’elles veulent le débat, alors que dans la réalité elles ne recherchent qu’une couverture pour certaines questions et opposent leur veto sur les dossiers épineux », a-t-il ajouté.
« Les armes sont le dossier essentiel à l’intérieur. Or le Hezbollah ne veut pas évoquer ses armes et tente de se concentrer sur ce qu’il appelle les armes indisciplinées proliférant dans les villes et les villages, et cela afin de détourner les regards du problème représenté par son propre arsenal », a-t-il dit, soulignant, en réponse, que cette prolifération des armes dans la rue « n’est que le fruit de la réaction au fait qu’une fraction possède des armes et les utilise comme moyens de pression politique intérieure ».
« Il y a une date d’expiration pour les armes, a encore dit M. Eddé. Et cet arsenal qui était auparavant considéré comme une valeur ajoutée et un instrument efficace aux mains du Hezbollah est devenu aujourd’hui un outil immobile et négatif. Nous avons souvent dit cela au Hezbollah et nous l’invitons à régler ce problème sans attendre la dernière minute. »
Pour le Amid, le Hezb tente aujourd’hui de « conclure un marché aux termes duquel il échangerait ses armes parvenues à leur date d’expiration politique contre de (meilleures) conditions au sein du pouvoir, d’où son appel à former une assemblée constituante ».
Enfin, Michel Pharaon, député de Beyrouth et participant à la conférence de dialogue national, a affirmé que lors de la prochaine séance, prévue le 25 juin, « il n’y aura pas de préludes au début de la réunion. Nous entrerons directement dans le vif du sujet pour discuter de la question des armes ».

