Du côté du 14 Mars, on s’est pourtant contenté d’y voir une manœuvre visant à court-circuiter le dialogue sur les armes, réclamé par l’opposition. Mais la réalité est différente. Selon une source parlementaire du 8 Mars, le discours du « sayyed » est motivé par sa conscience de la gravité de la situation dans la région et par sa volonté de consolider l’entente interne pour mettre le Liban à l’abri des turbulences régionales. Il est désormais clair que la crise syrienne est appelée à se prolonger et que le tissu libanais est fragile et sensible aux déchirements syriens. De même, l’ensemble de la région traverse une période confuse dont on ne peut pas encore prédire l’issue. Il y a certes les pays qui ont connu une révolution mais dont l’avenir reste incertain, et il y a les autres qui continuent à bénéficier de la stabilité, mais celle-ci est fragilisée et les crises à venir y sont encore enfouies tout en menaçant de sortir au grand jour.
C’est dans ce contexte incertain que Nasrallah a donc lancé sa proposition, dans une tentative d’empêcher le Liban d’être utilisé comme une arène pour les combats régionaux. Sa proposition se résumait à cette phrase : faire passer le Liban du statut de scène à celui d’État. Il est parti du principe que dans cette période trouble, l’État est la seule garantie de stabilité, face au risque de la discorde confessionnelle qui constitue une menace pour toutes les minorités. L’État est en effet la seule institution en mesure d’absorber toutes les contradictions et de rectifier en quelque sorte la géopolitique. Dans un contexte aussi grave, Nasrallah a donc voulu proposer une formule qui permettrait aux différentes parties libanaises de discuter entre elles et de chercher à trouver des compromis à la mesure des défis qui attendent la région. Sa proposition n’est nullement une atteinte à l’accord de Taëf, mais au contraire elle cherche à le compléter. D’autant que cet accord, qui est devenu la Constitution, ouvre la voie aux réformes, dont l’une d’entre elles consiste dans la formation de la commission nationale pour l’abolition du confessionnalisme politique qui a été rejetée par les chrétiens, toutes composantes confondues. Pour surmonter ce blocage et ouvrir la voie aux réformes, le secrétaire général du Hezbollah a proposé la tenue d’une assemblée constituante. L’idée était donc de montrer qu’il existe d’autres biais pour procéder à des réformes, rendues nécessaires par la multiplication des incidents et la montée de la tension au liban et dans la région.
La source parlementaire précitée estime même que la proposition de Nasrallah rejoint quelque part celle du patriarche maronite Mgr Béchara Raï de conclure « un nouveau contrat social » entre Libanais pour protéger le pays et consolider l’unité interne. En tout cas, elle ne doit être pas être perçue comme une position d’escalade. Au contraire, le chef du Hezbollah l’a voulue comme un signe de modération et d’engagement en faveur du Liban, pour lui éviter d’être impliqué dans les séismes régionaux.
Hélas, le camp adverse n’a pas saisi cette volonté chez le « sayyed », préférant en rester aux clivages traditionnels et se méfier de tout ce que peut proposer le Hezbollah. Pour la source parlementaire précitée, il semble désormais clair que le 14 Mars refuse tout changement dans la période actuelle, car il estime que le rapport de force n’est pas en sa faveur. Il préfère donc attendre la chute du régime syrien, convaincu qu’à ce moment-là, il pourra négocier en position de force. Le problème, c’est que rien n’indique que la chute de ce régime est imminente, et entre-temps, la scène libanaise est chaque jour un peu plus ouverte à tous les vents...


"Les Chiens aboient, et la caravane passa, passe et passera." !
08 h 22, le 10 juin 2012