Toutes les étapes qui jalonnent l’histoire libanaise méritent d’être méditées. Je vais me permettre cependant de reprendre l’un des épisodes-clés dans la fondation du Liban moral, patrie d’un seul peuple vivant dans un esprit de solidarité et de respect mutuel.
Si l’actuelle tradition considère le pacte national de 1943 comme la charte communautaire du pays, la « journée d’Antélias » reste une date capitale dans l’histoire du Liban. C’était le 8 juin 1840. Les chefs libanais insurgés contre le contrôle du vice-roi d’Égypte Mehmet Ali se réunirent à Antélias. Ils se jurèrent fidélité sur l’autel du sanctuaire de saint Elie. Maronites, druzes, grecs-catholiques et musulmans du Liban scellèrent leur alliance et associèrent leur destin.
En 1840, les Libanais avaient déjà compris que le vivre-ensemble était inéluctable. Un siècle plus tard, ils se sont entretués à nouveau. La guerre qui s’est déclenchée en 1975 a ouvert une boîte de Pandore que personne n’a encore réussi à refermer. Crimes, attentats, guerre, violences, accords injustes, occupation, oppression, crimes, attentats... La solution? Le vivre-ensemble! Le vivre-ensemble non pas comme armistice provisoire, mais comme acte de paix durable. Combien de morts faut-il encore ? D’aucuns souhaitent-ils peut-être faire du Liban un État à eux seuls? Je ne veux pas les persuader de la beauté du vivre-ensemble ni de la splendeur de l’amour de l’autre. Je tiens simplement à leur rappeler que leur souhait ne pourra point se concrétiser. Pour s’en convaincre, ils n’ont qu’à lire l’histoire. Ne pouvant pas avoir ce qu’ils désirent, ils feraient mieux d’apprécier ce qu’ils ont.
Vivre avec un ami est toujours plus agréable que de vivre avec un ennemi. Quoi qu’il en soit, nous vivrons côte à côte. Le Liban a toujours été ainsi et le demeurera. Vivons donc ensemble, ne vivons pas face à face. Apprenons à aimer l’autre, à l’accepter dans sa différence au lieu de mourir dans sa haine.
Le vivre-ensemble n’est pas un mythe. Le vivre-ensemble est une formule pragmatique qui nous permet de vivre en paix. Pourquoi refusons-nous de nous faire confiance ? Nos ancêtres l’on fait à la « journée d’Antelias », en dépit de toutes les méfiances qui les séparaient. Nous voici, 172 ans plus tard, avec les mêmes protagonistes. Nul n’a été éliminé! Il est alors temps de sortir du stérile débat politique dans lequel s’est enfoncé le peuple libanais et dont la finalité implicite est une expansion de chacun au détriment de son prochain.
Il nous faut une seconde « journée d’Antelias » ; un rassemblement qui émane de l’intérieur, une initiative de tous les dirigeants consciencieux, sans parrainage extérieur.
Osons la confiance pour nous épargner le chaos. Osons la confiance pour le souvenir de tous ceux qui sont morts pour la partie. Osons la confiance pour donner une chance à la nouvelle génération qui ne veut pas hériter de la guerre mais construire la paix. Mais quelles que soient les circonstances, ne pleurons pas notre pays. Pendant plus de sept millénaires, il n’a cessé d’être une terre d’échange, d’ouverture et de diversité.
Le Liban restera éternellement une réalité vivante immuable !
Rami Antoine ABI AKL

