Un prêtre copte mettant son bulletin dans l’urne. Khaled Desouki/AFP
À Chobra, un quartier populaire du Caire où vivent de nombreux coptes, les queues sont aussi longues qu’ailleurs dans la capitale. Mais chez beaucoup d’électeurs chrétiens, l’inquiétude, et même la tension, sont palpables. « Je ne veux pas des islamistes. S’ils arrivent au pouvoir et que je m’oppose à eux, ils vont dire que je critique leur religion et qui sait ce qu’ils me feront ? On ne peut pas discuter avec eux », affirme Sanaa Rateb, 57 ans, collier de perles et veste fleurie. Elle s’insurge également contre ceux d’entre eux, comme les Frères musulmans, qui s’opposent à ce qu’un chrétien ou une femme se présente à la présidence de la République. « C’est une erreur. Où est le principe de citoyenneté dans tout ça ? J’ai le droit, en tant que femme ou en tant que copte, de me présenter à la présidence si je le veux », dit-elle. « Que Dieu nous protège si les islamistes arrivent au pouvoir et contrôlent à la fois le Parlement et la présidence », lâche de son côté Nassim Ghaly, un jeune homme qui arbore une croix tatouée sur le poignet, signe distinctif des chrétiens. Comme tous les coptes interrogés dans le quartier, Mme Rateb et M. Ghaly ont voté pour le dernier Premier ministre de M. Moubarak, Ahmad Chafiq, dont les affiches électorales sont le plus visibles à Chobra. « Chafiq est un homme respectable, qui saura redresser le pays », dit Mary, une quinquagénaire qui ne souhaite pas donner son nom de famille.
L’Église copte-orthodoxe d’Égypte, dont le patriarche s’est éteint en mars, s’est officiellement abstenue de donner toute consigne de vote, mais Mary affirme que dans la communauté « tout le monde donne sa voix à Chafiq ».
Les Égyptiens se sont rendus nombreux dans les bureaux de vote du Caire. À l’école Gamal Abdel Nasser, dans le quartier de Dokki, certains sont arrivés une heure avant l’ouverture du scrutin, hommes et femmes prenant place dans deux files différentes, sous l’œil de militaires armés. Deuxième dans la queue, Rania Mohammad hésite toujours entre deux candidats. « Je déciderai dans l’isoloir. Vous pouvez dire que le stylo décidera ! » confie en riant cette femme de 37 ans, qui arbore un tailleur gris et un léger foulard sur la tête, laissant apparaître des boucles d’oreille en perle. Dans la ligne des hommes, Nabil Girgis, un chrétien copte de 62 ans, explique avoir réfléchi longuement au candidat à qui donner son vote. « J’ai prié ce matin et demandé à Jésus de me guider vers le bon choix », souligne-t-il, en refusant de dire devant les autres électeurs pour qui il a finalement opté.
À l’intérieur de l’école, où les murs défraîchis sont recouverts de posters éducatifs, un juge surveille le déroulement des opérations, tendant les bulletins de vote aux électeurs en échange de leur carte d’identité. Une femme, la chevelure couverte d’un foulard vert, semble marquer une pause alors qu’elle place son bulletin dans l’urne, comme si elle savourait ce moment. « Au revoir », dit-elle en lâchant son bulletin, avant de plonger son doigt dans de l’encre indélébile, preuve de la participation à l’élection, et de récupérer sa carte d’identité.
(Source : AFP)

