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Nos lecteurs ont la parole

I.- M. Hollande, la France et le Liban

Par Ibrahim TABET
François Hollande a été élu sur une promesse de changement, notamment au plan économique. Pourra-t-il la tenir et dans ce cas, quelles en seraient les conséquences probables ? Le changement concernera-t-il aussi la politique étrangère française ? Un sujet qui intéresse sans doute davantage les Libanais, bien qu’on n’en ait pas beaucoup parlé lors de la campagne présidentielle. Disons tout de suite que dans les deux cas, la marge de manœuvre du nouveau locataire socialiste de l’Élysée est étroite. Et que l’état de la France à l’issu du prochain quinquennat dépendra autant de ses choix que de la conjoncture européenne et du nouvel environnement géopolitique mondial.
Il ne suffit pas de vouloir être « un président normal » pour faire de bons choix. Il est à craindre que ceux annoncés par M. Hollande n’aggravent la crise économique, à moins que la dure réalité ne le force à renier certaines de ses promesses (comme l’a fait en son temps François Mitterrand) : celle par exemple de créer 60 000 postes dans l’Éducation nationale. Ou encore celle de revenir sur la décision de reporter l’âge de la retraite à 62 ans. Ce n’est pas en confortant la mentalité d’assisté de beaucoup de Français qu’on pourra relever les défis de la mondialisation et faire face à la concurrence économique des pays émergents. Et ce n’est pas en augmentant les impôts mais en réduisant le poids de l’État que le déficit et la dette publique ont des chances de diminuer. M. Hollande veut renégocier la règle d’or du pacte européen de stabilité budgétaire plafonnant à 3 % les déficits publics. Mais il est douteux que Mme Merkel se laisse convaincre dans le contexte de crise, qu’il faut bien qualifier de structurelle, de la zone euro. Il professe que la rigueur nécessaire doit s’accompagner de mesures en faveur de la croissance. Fort bien ! Mais la recette miracle pour concilier ces deux objectifs reste à trouver. Et c’est uniquement en ayant le courage de mettre en œuvre des réformes structurelles comme l’a fait Nicolas Sarkozy que la France peut réduire son écart de compétitive avec l’Allemagne. La réussite de cette dernière et des pays du nord de l’Europe masque cependant une dure réalité : celle du poids croissant de pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil, au détriment d’un Vieux Continent menacé de déclin à moins que ses élites dirigeantes n’aient la volonté de refonder un certain modèle d’État Providence insoutenable et de privilégier la production par rapport à la redistribution.
Les changements politiques intervenus sur la scène géopolitique internationale ne sont pas moins importants. Le contexte actuel n’a rien à voir avec l’époque où le général de Gaulle menait une politique étrangère définie par l’indépendance entre les deux blocs, un rejet de l’hégémonie américaine, une « politique arabe » et la méfiance envers une Europe supranationale. Un monde multipolaire a remplacé le monde bipolaire. Les puissances émergentes comme la Chine, l’Inde et le Brésil pèsent de plus en plus dans les affaires du monde au détriment de l’Occident. La rhétorique de la lutte contre le terrorisme islamiste a remplacé la guerre froide. Et la théorie du choc des civilisations à connotation religieuse a supplanté le choc des idéologies laïques communiste et libérale. Malgré les dénégations, elle comporte une part de vérité comme en témoigne la montée de l’extrême-droite en Europe et le rejet de l’Occident au sein du monde arabo-musulman qui se nourrissent mutuellement. Enfin, l’Union européenne s’est dotée d’un ministère des Affaires étrangères dont la titulaire actuelle est de surcroît britannique, ce qui ferait se retourner le général de Gaulle dans sa tombe !
Dans ce contexte, l’exception française défendue par le général de Gaulle a fait son temps, et Nicolas Sarkozy a résolument ancré la France dans le camp occidental et atlantiste. Il en sera probablement de même avec François Hollande.
(À suivre)
François Hollande a été élu sur une promesse de changement, notamment au plan économique. Pourra-t-il la tenir et dans ce cas, quelles en seraient les conséquences probables ? Le changement concernera-t-il aussi la politique étrangère française ? Un sujet qui intéresse sans doute davantage les Libanais, bien qu’on n’en ait pas beaucoup parlé lors de la campagne présidentielle. Disons tout de suite que dans les deux cas, la marge de manœuvre du nouveau locataire socialiste de l’Élysée est étroite. Et que l’état de la France à l’issu du prochain quinquennat dépendra autant de ses choix que de la conjoncture européenne et du nouvel environnement géopolitique mondial. Il ne suffit pas de vouloir être « un président normal » pour faire de bons choix. Il est à craindre que ceux annoncés par M. Hollande...
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