Des éléments de l’Armée syrienne libre (ASL) euphoriques après avoir triomphé de troupes gouvernementales à Rastane. Photo Reuters/Handout
Selon cette ONG, qui a demandé l’ouverture « urgente » d’une enquête, 20 personnes ont été abattues par les forces du régime alors qu’elles participaient aux funérailles d’un homme tué la veille. D’après des militants, un convoi d’observateurs présent en ville et formé de quatre véhicules a également été la cible d’une attaque et une des voitures a été visée par un obus, ce qui les a contraints à quitter rapidement les lieux. Des vidéos postées par des militants sur Internet ont d’ailleurs montré qu’une explosion s’était produite devant un des véhicules dont le capot a été endommagé.
Un porte-parole de l’Armée syrienne libre (ASL), le commandant Sami el-Kurdi, a indiqué que les observateurs s’étaient rendus aux funérailles, ce qui avait encouragé les habitants à s’y joindre en nombre. « En dépit de cela, le régime a osé attaquer les funérailles et a tiré sur les véhicules des observateurs à partir d’un barrage de contrôle », d’après cet officier.
À New York, le porte-parole de l’ONU a confirmé que le convoi avait été visé par une attaque, parlant, lui, d’une bombe artisanale. L’explosion a endommagé trois véhicules de la mission des Nations unies mais aucun membre du personnel de l’ONU n’a été blessé, a précisé Martin Nesirky. L’ONU s’efforce pour le moment « d’établir les circonstances » de cette attaque, que l’ONU ne peut que « condamner », a encore déclaré le porte-parole. À l’annonce de l’attaque, les États-Unis se sont dit « profondément inquiets de l’escalade de la violence ».
Kaileh torturé
Il s’agit du deuxième incident grave impliquant des observateurs de l’ONU, dont plus de 200 se trouvent en Syrie. Ils sont chargés notamment de surveiller l’application du plan Annan qui préconise un cessez-le-feu – entré en vigueur officiellement le 12 avril mais systématiquement violé depuis – la libération des détenus, le retrait de l’armée des villes et un dialogue politique.
Et malgré la présence des observateurs sur le terrain, les violences ne faiblissent pas : outre les 20 personnes tuées dans les funérailles, 23 autres – 22 civils et un militaire dissident – ont péri hier à travers le pays, selon l’OSDH.
De même, un attentat à la bombe a visé hier un oléoduc dans la province de Deïr ez-Zor, dans l’est de la Syrie, a annoncé l’opposition syrienne, qui a précisé que cet oléoduc transporte le pétrole brut jusqu’à la raffinerie de Banias, sur la côte méditerranéenne. L’attentat a été commis près de la ville d’el-Mayadine, une région où l’armée du régime mène une offensive pour reprendre des villages contrôlés par les insurgés.
Par ailleurs, le penseur palestinien et militant de la société civile Salameh Kaileh, arrêté fin avril par les forces de sécurité syriennes, a subi des tortures, a affirmé hier dans un communiqué l’OSDH, qui a diffusé plusieurs photographies montrant de larges contusions sur les bras et les jambes de M. Kaileh, ainsi que des traces de brûlures, et accusé les forces de sécurité syriennes d’avoir recours à une « grande brutalité » pour « intimider et briser la volonté » des personnes arrêtées. Affirmant que le cas de M. Kaileh n’était pas isolé, l’OSDH a dénoncé une « politique systématique de torture » qui a conduit à « la mort d’un grand nombre de détenus » et a réclamé des commissions d’enquête. « L’ampleur de la torture et des mauvais traitements en Syrie a atteint un niveau jamais vu pendant des années et rappelle l’ère sombre des années 1970 et 1980 », a également affirmé Amnesty International dans un rapport basé sur le témoignage de survivants réfugiés en Jordanie. Damas a récemment refusé de fournir un rapport sur le sujet au Comité de l’ONU contre la torture, qui avait exprimé son inquiétude face aux nombreux témoignages faisant état d’une utilisation répandue de la torture en Syrie, même avant le début de la révolte en mars 2011.
Annan préoccupé par l’humanitaire
Sur le plan humanitaire, le médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan s’est dit « toujours très préoccupé du sort d’un million de Syriens qui ont besoin d’aide », a souligné M. Nesirky. « Il demande instamment au gouvernement d’accepter les conditions qui permettraient un accroissement de l’aide humanitaire sans plus tarder », a-t-il ajouté.
En 14 mois, plus de 12 000 personnes ont été tuées en Syrie, en majorité des civils abattus par les troupes gouvernementales, et quelque 25 000 sont toujours détenues, selon l’OSDH. Des dizaines de milliers de Syriens se sont en outre réfugiés dans les pays voisins. Face à la crise, la communauté internationale reste impuissante, principalement en raison de ses divisions, Moscou et Pékin appuyant toujours leur allié syrien. Le ministre français sortant des Affaires étrangères Alain Juppé a d’ailleurs jugé hier « probable » l’échec de la mission de M. Annan. Ce dernier avait averti que son initiative était celle de la dernière chance avant de voir le pays plonger dans la guerre civile. « La confiance dans les efforts de l’émissaire international commence à faiblir sérieusement et rapidement », a aussi déclaré lundi soir le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud el-Fayçal, au nom des six monarchies du Golfe réunies à Riyad.
Toujours au niveau diplomatique, le quinzième train de sanctions contre la Syrie adopté lundi par les ministres européens des Affaires étrangères cible les importations de tabac et les exportations de pétrole syrien en gelant les avoirs de deux sociétés, indiquait hier le Journal officiel de l’UE. Il s’agit de la General Organisation of Tobacco, détenue à 100 % par l’État syrien, et d’Altoun Group qui participe à un programme d’exportation de pétrole syrien avec la compagnie Sytro, déjà visée par les sanctions européennes. Deux responsables de cette société ainsi que le gouverneur de la Banque centrale de Syrie Adib Mayaleh voient également geler leurs avoirs en Europe et sont interdits de visa dans l’UE, étant accusés de soutenir financièrement le régime. Par contre, le nom de Saqr Khayr Bek, ministre adjoint de l’intérieur, a été retiré de la liste, ce qui porte à 128 le nombre d’individus visés par les sanctions européennes, et à 43 le nombre de sociétés dont les avoirs en Europe sont gelés du fait de leur soutien au régime de Bachar el-Assad.
Ghalioun réélu
Sur le plan politique, le régime, qui cherchait à se donner une certaine crédibilité en organisant des législatives le 7 mai, a annoncé un taux de participation de 51,26 % mais sans préciser les résultats par partis. La communauté internationale avait alors raillé ce scrutin, de même que l’opposition qui l’a boycotté.
Dans le camp opposé, la principale coalition de l’opposition, le Conseil national syrien (CNS), a élu Burhan Ghalioun à sa tête pour un nouveau mandat de trois mois lors d’une réunion à Rome, et avec une large majorité de 66 % des voix. Rappelons que M. Ghalioun est accusé par ses détracteurs de négliger les contacts avec les groupes d’opposition en Syrie et de ne pas avoir su unifier les diverses composantes du CNS, qui aimerait être reconnu par la communauté internationale comme le représentant légitime du peuple syrien.
(Sources : agences et rédaction)


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