Mais la parole sera également donnée à l’individu, dont le récit est souvent minimisé, ou estompé, en faveur de l’histoire. Chaque visiteur aura la possibilité de marquer anonymement, sur un papier collant, ce que signifie pour lui chaque incident qu’il visionne et de l’accoler près du quotidien exposé. Cette interaction offre une observation paisible d’un passé encore non résolu. Revisiter la guerre, à travers une pensée intime lucide, sinon apaisée. Situer les événements par rapport à soi, mais aussi par rapport à l’autre. Et comprendre, au final, que chaque histoire politique porte les reflets innombrables d’expériences profondément humaines, toutes différentes.
Cette approche basée sur l’histoire orale et l’archivage de récits individuels est exploitée depuis un certain temps par des associations civiles – de plus en plus nombreuses – qui s’impliquent dans le travail de mémoire. Mais l’exposition « Une autre mémoire » porte une dimension supplémentaire : elle est organisée par un mouvement politique. « Plusieurs sujets de politique publique, dont la mémoire, ont été abandonnés par les partis politiques. Il est temps de se les réapproprier », fait remarquer Aymane Mhanna, responsable de Tajaddod Youth.
Longtemps, en effet, la société s’est convaincue de mettre sous silence la mémoire relative à une phase aussi brutale que la guerre civile. Or, la mémoire anesthésiée, les douleurs restent et enflent en silence. C’est sur ces tensions que viennent se greffer les discours politiques, souvent instinctifs et émotionnels, tenus de surcroît par les mêmes acteurs d’une violence en principe révolue. C’est à ce niveau que se démarquent les jeunes mouvements politiques, tels que le Renouveau démocratique (RD). « Tourné vers le futur », comme l’affirme Aymane Mhanna, ce mouvement ne porte pas le fardeau des actes de guerre. « Nous sommes plus confiants en nous-mêmes et ce qui nous lie n’est pas un passé commun, mais un avenir », souligne-t-il. Une sérénité qui accroît sans doute la crédibilité du travail de mémoire ainsi initié, d’autant que le Tajaddod Youth insiste dans sa démarche sur « la non-exclusion de l’autre ». « Ce n’est pas la mémoire des autres que nous traitons, mais des espaces où chacun est invité à s’exprimer en tant qu’individu. » Des espaces qu’un parti politique partenaire du RD, le Radikal Ungdom (parti libéral démocratique danois), a aidé à frayer. « C’est aux jeunes du parti danois que nous avons confié la tâche de sélectionner les dates exposées », explique Aymane Mhanna. C’est un regard extérieur sur les événements qui s’incorpore ainsi dans le voyage de remémoration. Autant de symboles à défricher, à partir d’aujourd’hui, l’occasion d’un décodage subjectif du processus, encore long, de réconciliation.


Une délégation FL en tournée à Hasbaya et Marjeyoun en soutien aux habitants du Sud
Marre de tous ces anglicismes...
19 h 54, le 11 mai 2012