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Moyen Orient et Monde - Le Point

Moderato ma non troppo

Courte sélection de commentaires accompagnant le brutal passage de législatives anticipées en septembre prochain à la formation d’un cabinet d’union nationale : « Après avoir surmonté la nausée causée par le dégoût, force est de reconnaître que Benjamin Netanyahu est de loin le politicien numéro un du pays » ; « Battu, le record du cynisme détenu par le tandem Molotov-Ribbentrop après l’accord d’août 1939 » : « Ce qui vient de se passer permettrait au principal intéressé, s’il le voulait, de changer son nom en Kombinyamin ». Des amabilités comme celles-ci, on en trouve à la pelle depuis mardi soir, date à laquelle Shaul Mofaz, leader de la principale force d’opposition, a opéré un virage de 180° et décidé de rejoindre le gouvernement de son pire ennemi.
Grâce aux 28 voix supplémentaires apportées dans la corbeille de la mariée, le Premier ministre réalise un grand chelem sans précédent : une majorité de 94 députés, une rallonge de dix-huit mois, soit jusqu’à la fin de la présente législature, en octobre 2013, une marge de manœuvre plus grande, enfin la quasi-certitude qu’il lui sera possible de faire voter les textes de loi qui lui tiennent à cœur. Et que l’on n’aille pas croire qu’en tête de ses priorités figure la question du programme nucléaire iranien. La main sur le cœur « Bibi » jure qu’il pense surtout à l’abrogation de l’arrêté Tal exemptant les étudiants des yeshivas du service militaire – déclaré anticonstitutionnel en février par la Cour suprême –, au vote d’un budget anorexique, aux conditions posées pour la formation d’un gouvernement. Après quoi viennent les questions iranienne et palestinienne.
Le cas de la République islamique pose un dilemme de taille. Ancien chef d’état-major et ministre de la Défense, Mofaz n’a jamais fait mystère de son opposition à des raids contre les sites stratégiques du régime des mollahs. Il déclarait récemment qu’une attaque serait « désastreuse » et que les résultats en seraient « minimes ». Né à Téhéran et maîtrisant parfaitement la langue (on n’est pas près d’oublier son adresse télévisée en langue farsi à ses anciens concitoyens), il estime que le danger le plus grave n’est pas représenté par la bombe A iranienne. Il y a quelques semaines, il évoquait les retombées d’une agression iranienne contre son pays, s’engageant en retour à épargner la population civile en cas de riposte.
C’est dire que l’on a fait preuve d’une hâte excessive en voyant dans la coalition qui vient d’être mise sur pied – la plus large peut-être depuis celle qui avait précédé la guerre de juin 1967 – le prélude à une attaque contre l’Iran. Rien n’est moins sûr ; il pourrait, au contraire, s’agir d’un nouveau palier dans le programme des pressions-sanctions élaboré il y a deux ans. Le nouveau vice-président du Conseil pourrait fort bien jouer un rôle modérateur au sein d’une équipe où les faucons ne se comptent pas ; il serait alors activement secondé par un autre « tiède », Avi Dichter, ancien chef du Shin Beth et actuel membre de la toute-puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset. Quoi qu’il en soit, et à moins d’une décision que rien ne permet de présager, il semble acquis que le gel observé aujourd’hui est appelé à se maintenir jusqu’à la présidentielle américaine de novembre.
Reste le dialogue de paix avec l’Autorité palestinienne. À la Maison-Blanche, on reconnaît que la question est appelée à revenir au premier plan des préoccupations d’un Barack Obama sincèrement soucieux de trouver une issue satisfaisante pour les deux parties. Or, le leader de Kadima est l’auteur d’un plan en deux phases prévoyant l’établissement sans barguigner d’un État palestinien sur 60 pour cent de la Cisjordanie, libérant du coup 99 pour cent des Palestiniens de l’emprise israélienne. Il va sans dire qu’il conviendrait à cet effet de démanteler des implantations dont le nombre reste à déterminer et de bénéficier d’un blanc-seing américain que Mofaz va s’employer à décrocher à l’occasion d’une rencontre, dans les jours à venir, avec la secrétaire d’État Hillary Clinton.
Dans l’immédiat, le gambit de « Bibi » (car il lui a fallu consentir à quelques sacrifices) lui assure une bouffée de cet oxygène dont il commençait à manquer, coincé qu’il était entre le va-t-en-guerre Avigdor Lieberman et ses non moins encombrants alliés du Shass, insatiables dès lors qu’il s’agit de grappiller des concessions. Mofaz, lui, sauve l’essentiel des meubles car la perspective d’un recours anticipé aux urnes lui était rien moins que défavorable et il risquait d’y laisser la moitié de ses plumes. Quid d’un règlement du conflit proche-oriental, après une si longue attente ? Soyons réalistes et parlons plutôt d’un début de solution. Et le nucléaire iranien ? Là, même mesuré, l’optimisme pourrait paraître un tantinet irréaliste.
Courte sélection de commentaires accompagnant le brutal passage de législatives anticipées en septembre prochain à la formation d’un cabinet d’union nationale : « Après avoir surmonté la nausée causée par le dégoût, force est de reconnaître que Benjamin Netanyahu est de loin le politicien numéro un du pays » ; « Battu, le record du cynisme détenu par le tandem Molotov-Ribbentrop après l’accord d’août 1939 » : « Ce qui vient de se passer permettrait au principal intéressé, s’il le voulait, de changer son nom en Kombinyamin ». Des amabilités comme celles-ci, on en trouve à la pelle depuis mardi soir, date à laquelle Shaul Mofaz, leader de la principale force d’opposition, a opéré un virage de 180° et décidé de rejoindre le gouvernement de son pire ennemi.Grâce aux 28 voix supplémentaires...
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