Albert a vécu 45 ans dans l’immeuble de Fassouh.
Albert avait été parmi les premiers blessés à être transportés à l’hôpital Saint-Georges des grecs-orthodoxes. Il demandait à chaque personne venue lui rendre visite des nouvelles de Thérèse, 62 ans, dont le corps sans vie avait été retrouvée 24 heures après le drame.
Légèrement blessé au visage et aux bras, il racontait : « Thérèse regardait la télévision quand l’immeuble s’est effondré. Moi je venais de rentrer à la maison, j’étais sorti pour allumer des bougies devant la niche votive qui abritait des icônes de plusieurs saints, située à l’entrée du bâtiment. »
Et il poursuivait : « Vous savez Thérèse et moi, nous ne nous sommes jamais mariés. C’était ma cousine, on était jeune... Puis, elle s’est mariée et son époux est mort. Je me suis marié de mon côté et j’ai ensuite divorcé. Nous n’avons pas d’enfants. Ni elle ni moi. Il y a douze ans, Thérèse est venue vivre chez moi. C’est ma femme, ma compagne, mon amie. »
Jusqu’à sa retraite, Albert avait travaillé chez Sleep Confort. Avant l’effondrement de l’immeuble, il passait son temps dans un parking du quartier. Il vivait du pourboire que les clients lui donnaient et d’une somme mensuelle que le propriétaire d’une boutique voisine lui versait.
Albert a vécu 45 ans dans l’immeuble de Fassouh. Grâce au mouvement de solidarité créé par la Fondation Bachir Gemayel et à l’argent qui lui a été versé, Albert a pu être transféré dans une maison de repos payante.
Son état de santé s’est vite détérioré. Il avait besoin d’aide pour se déplacer. Il était constamment fatigué. Il a même séjourné deux semaines à l’hôpital de Jeitaoui. Mais c’est en pleine santé qu’il est revenu à la maison de repos. « Vous savez, nous étions tout le temps ensemble Thérèse et moi. Elle avait une sœur qui habite Aïn el-Remmaneh et moi, mes frères et sœurs sont décédés. Nous n’avions pas d’enfants », racontait-il il y a quelques semaines alors qu’il était à la maison de repos.
C’est lundi soir que le cœur d’Albert s’est arrêté de battre. Albert n’était pas malade. Il est mort de chagrin. Parce qu’il n’avait plus de maison et parce que Thérèse n’était plus là pour adoucir ses vieux jours.

