Les puissances régionales ne veulent pas se sentir laissées pour compte. L’Iran, qui s’est réveillé après la révolution de 1979, a estimé que la présence chiite dans les pays de la région va l’aider à asseoir sa puissance et s’est attelé depuis cette date à jeter les bases de cette hégémonie dans les pays de la région, en commençant par le Liban. La guerre des États-Unis contre le régime irakien a offert une occasion imprévue et inespérée dans la voie menant à ce pays. George W. Bush n’avait vraiment pas calculé la portée de ses actes en brisant la structure de l’État irakien.
L’expansion de l’hégémonie iranienne était mal vue par les régimes sunnites de la région, qui ont « vraisemblablement » encouragé la violence en Irak pour contrer cette tentative d’hégémonie. À moins qu’ils aient laissé faire en attendant des jours meilleures pour prendre la main. Abdallah de Jordanie n’a-t-il pas tiré la sonnette d’alarme concernant ce fameux croissant chiite allant de l’Iran vers la Méditerranée ?
Les récents événements dans les pays arabes ont réveillé la Turquie en principe laïque mais profondément sunnite qui, à l’occasion de la « démission » américaine, s’est à son tour engouffrée dans cette brèche, encouragée par la crise syrienne à ses frontières et par l’impuissance des pays sunnites de la région et à leur tête l’Arabie saoudite. Ses démons d’antan de domination ottomane se sont réveillés et ne sont pas près de se calmer.
Un clash entre les deux puissances régionales n’est pas à écarter. La guerre froide entre les deux a commencé et ne devrait pas s’arrêter de sitôt, les États-Unis appuyant la Turquie et ses alliés et la Russie appuyant l’Iran, la Syrie et ses alliés. Cette guerre pourrait devenir « chaude » par procuration, mais sera toujours contrôlée par les deux superpuissances car la Russie, par son alliance avec les pays du Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), redevient incontournable.
Le paradoxe américain réside dans son alliance avec les Arabes du Golfe (et l’alliance sunnite avec la Turquie) en l’absence remarquée de l’Égypte, noyée dans sa crise politique et existentielle, et Israël. Jusqu’à quand les populations de ces pays accepteront-elles sans broncher la perte graduelle de la Palestine ? Une question à laquelle ces populations pourraient répondre par une autre « saison arabe ».
Entre-temps, cette impuissance arabe représente une occasion pour de nouveaux colonisateurs. Ceux-ci vont recourir à cette « chair à canon » et utiliser le terrain ainsi offert pour de nouveaux « jeux de guerre », avec leurs malheurs et leur lot de destructions.


Il n'y a pas encore hégémonie. Il y a des efforts déployés par tous, conflits inclus, pour asseoir des hégémonies partielles, ce qui ne peut pas être appelé hégémonie ! il y a du marchandage, pour un Partage plutôt, à la Yalta, je crois, qui se dessine à l'horizon.
14 h 11, le 27 avril 2012