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Liban - Loi Électorale

Désarmer la proportionnelle

Les partisans de la proportionnelle au Liban attendent principalement de ce mode de scrutin qu’il mette un terme aux monopoles des blocs monolithiques au sein de chacune des communautés ; et corollairement, qu’il y réserve ne serait-ce qu’un petit coin à des formations alternatives.
De fait, s’il est une qualité unique et universelle de la proportionnelle, c’est bien sa capacité à briser les monopoles, ou du moins à les écorner.
Dans la configuration libanaise, il est entendu que c’est au sein des communautés musulmanes – sunnite, chiite et druze – que cet enjeu de la proportionnelle se pose avec le plus d’acuité ; c’est là, en effet, que se trouvent précisément les trois grands monopoles, celui du courant du Futur chez les premiers, du tandem Amal-Hezbollah chez les deuxièmes et du leadership joumblattiste chez les troisièmes.
Chez les chrétiens, l’enjeu est de moindre importance, dans la mesure où le pluralisme politique est déjà une réalité vivante, notamment au sein des trois principales communautés, les maronites, les grecs-orthodoxes et les grecs-catholiques, mais aussi chez les minoritaires. Seule la communauté arménienne se distingue du lot, sa configuration politique étant similaire à celle des communautés musulmanes puisqu’une seule formation, en l’occurrence le Tachnag, y exerce une prépondérance absolue et constante.
Certes, au niveau de chacune des circonscriptions chrétiennes, le recours à la proportionnelle conduirait à une redistribution des cartes, parfois importante : si l’on prend en compte, par exemple, les résultats des législatives de 2009 au Kesrouan, le décompte à la majoritaire y a donné la totalité des cinq sièges au camp aouniste. En théorie, la proportionnelle lui aurait donné seulement trois sur cinq.
Cependant, le même phénomène, mais en sens inverse, s’appliquerait dans d’autres circonscriptions, gagnées par le 14 Mars. Cela signifie que sur le plan du rapport de forces global entre les deux camps en présence, la proportionnelle ne provoquerait pas de bouleversements majeurs chez les chrétiens. Mais elle constituerait un avantage certain pour les formations politiques disposant d’une assise géographique étendue aux dépens des partis et des notables à forte implantation locale.
D’aucuns croient que la proportionnelle aiderait à réparer le déséquilibre dont souffrent les chrétiens sur le plan électoral. Il s’agit d’une illusion sans fondement. Le rétablissement de l’équilibre confessionnel chrétiens-musulmans, en tout cas dans une certaine mesure, n’est pas un objectif impossible. Toutefois, il ne dépend pas du mode de scrutin adopté, mais uniquement du découpage électoral. Que le mode soit majoritaire ou proportionnel, ou encore une mixture des deux, c’est celui qui tient les ciseaux qui sera en mesure de décider combien de députés chrétiens seront élus par des électorats chrétiens et combien le seront par des électorats musulmans, et vice versa.
Il est donc clair que tout l’intérêt de la proportionnelle au Liban est de permettre à des minorités politiques sunnites, chiites et druzes d’accéder au Parlement en ayant reçu les voix de membres de leur propre communauté. Sous le système actuel, tous les députés chiites 14 Mars ont été élus par des voix sunnites et tous les sunnites du 8 Mars par des voix chiites.
Mais ce qui, en théorie, apparaît comme étant un objectif légitime et même démocratiquement nécessaire, peut en pratique se transformer en cauchemar tant les réalités sur le terrain l’emportent souvent sur les concepts. Tout d’abord, il convient de souligner que la proportionnelle ne peut être appliquée au Liban que d’une manière partielle, voire tronquée. D’importantes doses de majoritaire y seraient forcément introduites du fait du vote préférentiel et des quotas confessionnels.
Mais il y a plus grave. On sait que les élections ne se résument pas à une opération de vote et à un décompte. Il s’agit d’un processus long et complexe dont la phase initiale – dépôt de candidature et campagne électorale – est au moins aussi importante que le scrutin proprement dit.
Or, il se trouve qu’au Liban, en raison des données sur le terrain, les conditions dans lesquelles se déroule cette phase initiale sont loin d’être les mêmes dans toutes les régions.
En 2009, on a pu observer que dans la plupart des circonscriptions à majorité sunnite (Beyrouth III, Akkar, Békaa-Ouest/Rachaya), des listes complètes d’opposition à la formation dominante, c’est-à-dire le courant du Futur, avaient pu se présenter et mener campagne dans des conditions plus ou moins normales. Ces listes ont, grosso modo, obtenu entre 20 et 30 % des voix, selon les régions. Sous le régime de la majoritaire en vigueur, elles ne pouvaient traduire ces pourcentages en sièges, sous la proportionnelle elles le pourraient.
En revanche, on a vu comment le contexte propre aux régions chiites, incarné par un verrouillage systématique qu’exerce un tandem disposant de la force des armes, avait non seulement empêché la formation de listes complètes d’opposition dans l’ensemble des circonscriptions concernées, mais aussi rendu la vie dure à quelques candidats isolés n’osant même pas se réclamer du 14 Mars.
Que l’on soit pour le maintien des armes et du statut particulier du Hezbollah ne dispense pas du devoir d’honnêteté intellectuelle. Or, celle-ci commande d’observer que l’adoption de la proportionnelle dans ce contexte-là aurait très probablement l’effet qu’on en escompte chez les uns et pas chez les autres. Ce serait une injustice de plus et une nouvelle cause de frustration. Le Liban n’en a certainement pas besoin.
La démocratie et les armes, c’est déjà une équation impossible. Avec la proportionnelle, ce serait un mélange explosif.
Les partisans de la proportionnelle au Liban attendent principalement de ce mode de scrutin qu’il mette un terme aux monopoles des blocs monolithiques au sein de chacune des communautés ; et corollairement, qu’il y réserve ne serait-ce qu’un petit coin à des formations alternatives.De fait, s’il est une qualité unique et universelle de la proportionnelle, c’est bien sa capacité à briser les monopoles, ou du moins à les écorner. Dans la configuration libanaise, il est entendu que c’est au sein des communautés musulmanes – sunnite, chiite et druze – que cet enjeu de la proportionnelle se pose avec le plus d’acuité ; c’est là, en effet, que se trouvent précisément les trois grands monopoles, celui du courant du Futur chez les premiers, du tandem Amal-Hezbollah chez les deuxièmes et du leadership...
commentaires (6)

Il faudrait aussi expliquer : proportionnelle à QUOI ? à QUI ? pou QUI ? POURQUOI ? etc...etc...etc...

SAKR LEBNAN

15 h 39, le 25 avril 2012

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Commentaires (6)

  • Il faudrait aussi expliquer : proportionnelle à QUOI ? à QUI ? pou QUI ? POURQUOI ? etc...etc...etc...

    SAKR LEBNAN

    15 h 39, le 25 avril 2012

  • La proportionnelle en voie de disparition dans les démocraties occidentale se voit redonner du blason au Liban pour des raisons purement personnelles a certaines personnes qui risque de se voir littéralement humilié aux prochaines élections. Une fois de plus, seul un système ou la parité Chrétiens-Musulmans reste 50-50%, ou le sectarisme au sein de ces deux grandes communautés, aux postes administratifs et au sein du gouvernement, est totalement banni. La seule condition est qu'une communauté ne peut accumuler deux postes parmi les trois principaux. Quand a la loi électorales elle se doit d’être basé sur la circonscription uninominale.

    Pierre Hadjigeorgiou

    09 h 53, le 25 avril 2012

  • Dans un pays purement tribal difficile de songer à la proportionnelle . Avec plusieurs chefs de file milliardaires qui dit plus en versant plus gagne les élections . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    07 h 24, le 25 avril 2012

  • Ni proportionnelle et ni autre forme d'élections, au Liban, ne pourrait refléter la volonté populaire, ou pourrait être qualifiée de libre et de démocratique. Tant que des sections d'une communauté détiennent des armes, et partant en otage toute leur communauté, les élections seraient faussées car les voix de cette communauté iraient exclusivement à ses sections armées et à ses alliés. On peut plutôt parler d'élections pré-décidées, imposées, et non démocratiques. Qu'on ne se berne pas d'illusions. Les Chrétiens payeraient le prix, comme d'habitude, les deux divisions de fait seraient inféodés ( par leur propre volonté) Majorité et minorité qui y écloraient, dans le pays, l'une représenterait la volonté et la force des armes et l'autre sa destinée et sa faiblesse à cause des armes. PAUVRE LIBAN !

    SAKR LEBNAN

    02 h 01, le 25 avril 2012

  • - - N'importe quoi .. Tout est bon pour fuir la défaite de la proportionnelle ! Utiliser les armes de la résistance comme pretexte pour ne pas l'appliquer ne trompe personne quand on sait que ces armes n'ont pas empêché les quatorzemarsistes de remporter la majorité des sièges en 2005 et en 2009 .. Dire n'importe quoi pour empêcher la chute des deux pôles du 14 mars Hariri et Joumblatt qui perdraient plus de 40 % de députés de leurs blocs parlementaires est l'unique raison qui se cache derrière ce refus avec la bénédiction des saoudiens qui perdraient tout au Liban en cas d'appliquation de la proportionnelle où se trouvent les deux futurs perdants depuis quelques jours pour en discuter et négocier comme à leur habitude .

    JABBOUR André

    00 h 12, le 25 avril 2012

  • Il faut que chaque Communauté élise ses représentants dans une Seule circonscription englobant Tout le Liban, à la proportionnelle à Liste sans tête de Liste mais avec vote Préférentiel, limitée par un minimum que chaque parti devra atteindre pour avoir un élu ; par ex. un minimum de 5% pour les Sunnites, Maronites et Chiites et 10% pour les autres plus faibles démographiquement. Le gouvernement sera moitié chrétien, moitié musulman avec un chef de gouvernement à tour de rôle pour deux quadrimestres successifs, limité aux six communautés historiques, sunnite, chiite et druze musulmanes, maronite, orthodoxe et catholique chrétiennes. Étant entendu que la Législature sera de 4ans. (6 x 8 mois = 4 ans). Ainsi sur tout le territoire chacun élira ses députes selon sa confession d’après le nombre de sièges revenant à celle-ci. Total = 200, Musulmans : Sunnites 42 ; Chiites 42 ; Druzes 14 ; Alaouites 2 - Chrétiens : Maronite 48 ; Orthodoxe 24 ; Melkite 13 ; Armén-Orthx. 8 ; Armén-Cathq. 1 ; Latins 1 ; Protestants 1 ; Syrq-Ortdx. 2 ; Syrq-Cathq. 1 ; Assyr-Chaldeen 1. On vérifiera ainsi le poids réel de chaque parti auprès de toutes les communautés ; un parti chrétien présentant une liste de 42 candidats sunnites ou chiites ou un Parti chiite ou sunnite de présenter une liste de 48 maronites ou de 24 orthodoxes. On vérifiera ainsi quel poids ce Parti représente-t-il réellement, surtout en dehors de sa propre communauté.

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    23 h 29, le 24 avril 2012

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