Le gouvernement tient séance aujourd’hui, pour notamment en discuter. À la veille de cette réunion, le chef de l’État et le Premier ministre se sont rencontrés à Baabda, pour en parler et faire le point des derniers développements locaux, qu’ils ont vécus séparément, puisque le chef de l’État se trouvait en Australie. Ils ont donc parlé de la séance parlementaire, et des échéances politiques et sociales de l’heure : loi électorale ; nominations administratives ; problèmes de trésorerie et leurs conséquences, les crises sociales.
La Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL) a annoncé hier son intention de décréter une grève générale le 3 mai, à l’appui de ses revendications. Réuni sous la présidence de Ghassan Ghosn, son conseil exécutif a exprimé sa mauvaise humeur dans un communiqué. Les syndicats réclament rien moins que la nationalisation du secteur de l’importation des combustibles à faible teneur d’octane (87 à 90), la suppression de la TVA sur les carburants, la fixation d’un plafond pour le prix de l’essence qui a atteint de nouveaux sommets, l’autorisation des voitures à gaz et à mazout et la baisse du tarif des transports, qui se répercuterait, selon lui, sur le prix des fruits et légumes. Selon la centrale, le panier de la ménagère a augmenté de 12 % au cours des derniers mois.
Est-il réaliste de demander autant ? Pas vraiment, et les syndicats, manipulés par certaines forces politiques, savent très bien jusqu’où elles peuvent aller trop loin. Si on n’y renonce pas à la dernière minute, la grève générale sera une espèce de psychodrame sans suite.
Il n’en reste pas moins que les revendications sont là : les boulangers ne savent toujours pas s’ils veulent une subvention de la production de pain ou s’ils préfèrent ajouter deux pains à leur sac de 1 500 livres et en porter le prix à 2 000 livres ; les hôpitaux cherchent à obtenir une révision des tarifs des actes médicaux ; les employés du secteur des combustibles veulent un rajustement de leur commission ; les taxis réclament que l’essence soit moins chère ; les enseignants du primaire public et les professeurs de l’UL veulent être cadrés et protestent contre le clientélisme-roi... Et le gouvernement ne sait toujours pas par où commencer.
En fait, on estime que les dirigeants syndicaux expriment ainsi un ras-le-bol général des catégories sociales à faibles revenus, dont le pouvoir d’achat diminue à vue d’œil. La CGTL reprend donc à son compte toutes les revendications sectorielles qui s’expriment ici et là, dans la confusion, pour tenter de les unifier en vue d’un changement indéfini.
Il est difficile, cependant, de concilier entre eux les intérêts des riches et des pauvres : en l’occurrence, ceux des propriétaires d’hôpitaux et ceux de leurs clients. Les établissements de soins ont annoncé hier, au terme d’une assemblée générale extraordinaire, qu’ils arrêteront de recevoir les patients aux frais de la CNSS à partir de lundi prochain 30 avril. Le 30 mars dernier, il y a donc un mois jour pour jour, les hôpitaux avaient suspendu l’application d’une mesure similaire, sur promesse que la tarification serait révisée. Ils protestent aujourd’hui contre un atermoiement qui leur porte préjudice et sont sur le point de perdre confiance dans l’intégrité des promesses que leur a faites Nagib Mikati.


Un bon chef, c'est celui qui ne revendique que la moitié du mérite pour une chose qu'un de ses subordonnés a fait tout seul mais dans un pays sans chef ou tout se produit à l 'improviste les échéances politiques et sociales resteront dans un flou total . Antoine Sabbagha
06 h 50, le 25 avril 2012