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Liban - Liban

Dans la matinée, le « débat de la honte »

Le ministre des Finances, Mohammad Safadi. Photo Marwan Assaf

Place de l’Étoile, le verbiage remplace le débat de politique générale. Les idées s’estompent au profit de slogans presque abrutissants. La séance matinale d’hier aura porté les mêmes discours des deux jours précédents : propos idéologiques, qui s’alimentent du passé, du côté de la majorité ; critiques ciblées, mais sans aboutissement concret, du côté de l’opposition. Un face-à-face sans réflexion, puisque la volonté de débattre n’y est pas. Des émotions (artificielles) qui se confrontent pour séduire les téléspectateurs. Le tout sur fond de campagne électorale 2013 déjà entamée. Voilà l’objectif révélé, le seul, des séances de débat de politique générale.


Un constat qu’aura confirmé le discours propagandiste du député du bloc du Changement et de la Réforme Alain Aoun, qui, dès les premiers mots, a provoqué une altercation. « Les manieurs des couteaux de boucher viennent aujourd’hui attaquer notre jeune gouvernement », commence-t-il par déclarer. Il brandit alors un diagramme aux couleurs fluorescentes, comme preuve de « la mainmise du courant du Futur sur 82 % du pays, qu’il gouverne depuis 1992 ».

 

La réaction de Ahmad Fatfat, membre du bloc du Futur, ne se fait pas attendre. « C’est qui, vous ? Vous étiez aussi au pouvoir ! Ce sont des mensonges que vous ne cessez de sortir ! Vous êtes un menteur ! » lance-t-il à l’intervenant. Déjà, les cris s’élèvent entre les deux blocs qui s’opposent. Simon Abiramia et Joseph Maalouf épaulent leur collègue Alain Aoun en répétant que « ce n’est pas nous qui étions au pouvoir ». Des propos que Riad Rahal, du courant du Futur, balaie d’un geste indigné. « Menteur ! Menteur! » répète Ahmad Fatfat à l’adresse d’Alain Aoun, qui lui lance, de son côté : « Assieds-toi et écoute! » Son camarade Ibrahim Kanaan n’a pu se contenir devant ce charivari. Il se lève et scande en direction de Fatfat : « Honte à toi! Honte au mensonge ! » Au milieu du vacarme, résonne le marteau du président de la Chambre Nabih Berry et son appel réitéré de « ne pas recourir aux propos attentatoires, qui dégradent l’image du Parlement ». Il demande à Alain Aoun de s’adresser directement à lui sans se retourner vers l’audience. Une demande à laquelle le député se conforme en prononçant son intervention, sans pour autant en atténuer le contenu confessionnel (« Le courant du Futur empêche les voix chrétiennes de s’exprimer », « Ce parti a accumulé 18 ans de développement sélectif »...).

 

Même le député Ali Fayad semble signaler discrètement à ses collègues du bloc du Hezbollah qu’il « n’aurait pas fallu en faire autant ». D’ailleurs, le député Kataëb Samy Gemayel s’est déjà retiré de la salle, accompagné des députés Fadi Habre (Kataëb) et Ayoub Hmayed (du bloc berryiste, qui s’était mobilisé auparavant pour apaiser la première altercation). « J’ai honte d’assister à cette séance ! » lance Samy Gemayel. Son indignation connote aussi, peut-être, un blâme envers le jeune et dynamique Alain Aoun, d’habitude respecté par les deux camps pour son ouverture réfléchie, mais qui a endossé soudain la forme la plus radicale du discours (électoral) aouniste, celle du sectarisme antiharirien.

 

D’ailleurs, le président Berry le signale dans son intervention en s’adressant à M. Aoun : « Dieu sait l’affection que je te porte. Même s’il y a, enfoui en chacun de nous, un monstre confessionnel (...) c’est le Liban qui nous unit. Et je sais que toi, précisément, tu es pour un Liban unificateur. »


Plus tard, dans un aparté avec Samy Gemayel, Nabih Berry lui confie, omettant d’éteindre le microphone : « Je suis dégoûté, je préfère ne pas tenir ces séances de débat général. »


Les autres interventions qui se succèdent reprennent les arguments traditionnels sur les dossiers de l’électricité, du mazout, des frontières, de l’espionnage impliquant le général Fayez Karam... Dans les rangs de l’opposition, les députés Khaled Daher, Atef Majdalani, Ziad Kadri et Kazem Kheir (bloc du Futur), Samer Saadé (Kataëb) et Georges Adwan (FL). Ce dernier souligne la nécessité pour le gouvernement de « déférer la tentative d’assassinat du leader des FL devant la Cour de justice ». Côté majorité, ce sont les députés Yassine Jaber (Amal), Ghassan Moukheiber (CPL) et Ali Ammar (Hezbollah) qui sont intervenus. Ce dernier rappelle à l’opposition qu’elle n’a pas les moyens (institutionnels) de faire tomber le cabinet...

Place de l’Étoile, le verbiage remplace le débat de politique générale. Les idées s’estompent au profit de slogans presque abrutissants. La séance matinale d’hier aura porté les mêmes discours des deux jours précédents : propos idéologiques, qui s’alimentent du passé, du côté de la majorité ; critiques ciblées, mais sans aboutissement concret, du côté de l’opposition. Un face-à-face sans réflexion, puisque la volonté de débattre n’y est pas. Des émotions (artificielles) qui se confrontent pour séduire les téléspectateurs. Le tout sur fond de campagne électorale 2013 déjà entamée. Voilà l’objectif révélé, le seul, des séances de débat de politique générale.
Un constat qu’aura confirmé le discours propagandiste du député du bloc du Changement et de la Réforme Alain Aoun, qui, dès...
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"Le débat de la honte" révèle que les députés et les cadres aounistes, sous la conduite du chef d'orchestre, n'arrivent pas à perdre l'illusion de pouvoir éternellement mobiliser, par "le sectarisme antiharirien" et l'obsession Hariri, l'opinion qui leur reste favorable. Ils pensent que cela leur est encore possible, comme devant l'alliance quadripartite de 2005, une des plus grandes bêtises que le 14 Mars, et plus spécifiquement le courant du Futur aient jamais faites. Mais depuis, "beaucoup d'eau a coulé sous le pont", comme dit le dicton libanais. Les ministères de l'Energie et des Télécom sont entre les mains du CPL ou de ses alliés depuis des lustres. Et si votre ligne de portable se coupe 2-3 fois à chaque appel, votre ligne Internet vous emmerde avec ses caprices, les coupures de votre électricité sont insupportables, c'est Hariri ! Les affaires de corruption du mazout rouge, des bateaux producteurs d'électricité, de l'entêtement du gendre-ministre sur les lignes de haute tension à Mansourieh , c'est Hariri ! Les absurdités concernant le SR des FSI, la rétension des données des télécommunications parce qu'il s'agit d'une tentative d'assassinat manquée de Geagea, cherchez Hariri ! Le tout couronné par le revirement chaque jour plus scandaleux du chef en faveur du régime tyran de Damas qui a tyrannisé le Liban durant trente ans et tyrannise maintenant davantage le peuple syrien, c'est Hariri ! Un dossier déjà trop lourd. Tant pis pour eux.

Halim Abou Chacra

22 h 53, le 19 avril 2012

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Commentaires (1)

  • "Le débat de la honte" révèle que les députés et les cadres aounistes, sous la conduite du chef d'orchestre, n'arrivent pas à perdre l'illusion de pouvoir éternellement mobiliser, par "le sectarisme antiharirien" et l'obsession Hariri, l'opinion qui leur reste favorable. Ils pensent que cela leur est encore possible, comme devant l'alliance quadripartite de 2005, une des plus grandes bêtises que le 14 Mars, et plus spécifiquement le courant du Futur aient jamais faites. Mais depuis, "beaucoup d'eau a coulé sous le pont", comme dit le dicton libanais. Les ministères de l'Energie et des Télécom sont entre les mains du CPL ou de ses alliés depuis des lustres. Et si votre ligne de portable se coupe 2-3 fois à chaque appel, votre ligne Internet vous emmerde avec ses caprices, les coupures de votre électricité sont insupportables, c'est Hariri ! Les affaires de corruption du mazout rouge, des bateaux producteurs d'électricité, de l'entêtement du gendre-ministre sur les lignes de haute tension à Mansourieh , c'est Hariri ! Les absurdités concernant le SR des FSI, la rétension des données des télécommunications parce qu'il s'agit d'une tentative d'assassinat manquée de Geagea, cherchez Hariri ! Le tout couronné par le revirement chaque jour plus scandaleux du chef en faveur du régime tyran de Damas qui a tyrannisé le Liban durant trente ans et tyrannise maintenant davantage le peuple syrien, c'est Hariri ! Un dossier déjà trop lourd. Tant pis pour eux.

    Halim Abou Chacra

    22 h 53, le 19 avril 2012

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