« Elle arrive, la vague. Elle est haute, la vague, elle est puissante, la vague et il va la prendre de face, la vague », a lancé François Hollande, qui prédit un entre-deux tours « dur, âpre, brutal ». Patrick Kovarik/AFP
« Nous avons craint un moment les nuages. Nous les avons écartés, dissipés et nous sommes là avec un ciel tout rose pour le 6 mai », a dit François Hollande au début de son discours prononcé à la faveur d’une longue éclaircie. « Le soleil est à gauche », a même osé le candidat sur la scène du théâtre de verdure au sol boueux foulé par des milliers de sympathisants – 15 000 selon les organisateurs. À 36 heures du vote, l’élu PS a usé d’autres métaphores contre Nicolas Sarkozy, dont il a notamment moqué la « présidence zigzag qui s’est terminée par un tête-à-queue ».
« Elle arrive, la vague. Elle est haute, la vague, elle est puissante, la vague et il va la prendre de face, la vague », a lancé le candidat, qui prédit un entre-deux tours « dur, âpre, brutal » et ne souhaite qu’un seul débat télévisé contre son adversaire. À la foule qui lui criait « on va gagner », François Hollande a invité à ne pas se laisser griser par des enquêtes d’opinion. « Les sondages paraît-il sont favorables, alors méfiez-vous car ces enquêtes sont contradictoires, gardez-vous des pronostics hasardeux ! » a-t-il dit, dans une allusion à peine voilée aux sympathisants de gauche tentés par le vote Mélenchon. Il n’empêche : il a multiplié les appels du pied à l’électorat du candidat du Front de gauche : « On peut regarder ce qui nous sépare, on peut regarder ce qui nous rapproche. J’ai été dans le même parti que Jean-Luc Mélenchon, donc il y avait beaucoup de choses qui nous unissaient », a déclaré M. Hollande
« Moins enthousiasmante »...
Dans le public, un élu des Landes qui « collait déjà des affiches pour Gaston Defferre en 1969 » a dit croire à la victoire de la gauche cette année. « La campagne est moins enthousiasmante qu’en 1981 avec Mitterrand ou 1995 avec Jospin, mais le contexte a changé. François Hollande sait que ce sera difficile. On ne va pas raser gratis le 7 mai », a-t-il dit. Circonspecte, sa voisine décrit François Hollande comme « un homme honnête ». « Même si je préférais Martine Aubry. J’espère qu’elle sera Premier ministre », ajoute-t-elle. Venus en voisins, un groupe de jeunes gens de 18 et 19 ans, capuches de jogging sur la tête, n’ont pas encore arrêté leur choix pour ce qui sera leur premier acte de citoyen. Saïd penche pour la candidate de Lutte ouvrière Nathalie Arthaud « parce que j’ai l’impression qu’elle est sincère ». Karim apprécie le centriste François Bayrou, « qui a un programme contre la crise ». Rafic hésite entre le candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon et François Hollande, « parce qu’on ne veut plus de Sarkozy ». Enfin, Sabri est tenté, lui, par le représentant du Nouveau parti anticapitaliste Philippe Poutou « car en philosophie, on nous a appris qu’il faut donner le pouvoir à celui qui ne le veut pas ».
Boxeurs fatigués
Avant ce dernier meeting, François Hollande, mais surtout Nicolas Sarkozy, tels deux boxeurs fatigués par leur combat acharné, avaient pourtant baissé temporairement la garde, effectuant chacun une plongée dans l’intime.
C’est ainsi d’un ton presque doux que le président sortant a lancé un énigmatique « bon courage » à son adversaire socialiste. Le chef de l’État a paru marqué, au micro d’Europe 1, par la violence de la campagne, s’autorisant même une pensée pour son rival, sans doute épuisé lui aussi par une lutte sans merci. « Je suis bien placé pour lui dire bon courage », a dit Nicolas Sarkozy. « Je vois beaucoup de gens qui font des commentaires sur la campagne, les qualités ou les défauts des candidats. Mais je me demande (...) lesquels seraient capables d’affronter cette épreuve physique, cette épreuve psychologique, cette épreuve personnelle. »
Le candidat UMP, qui excelle dans la bagarre politique, serait-il résigné à la défaite ? A-t-il voulu signifier qu’il était un homme avant d’être un guerrier et que le sens du respect ne lui était pas étranger ? « Ce n’est pas la guerre, a-t-il dit. Et puis, si jamais il avait une déception... »
Quant à François Hollande, il avait, hier matin, longuement décrit, sur RMC et BFM-TV, la genèse de sa candidature et les choix qui ont émaillé ses 30 ans de vie politique, confiant notamment s’être effacé lors de la présidentielle de 2007 devant Ségolène Royal, la mère de ses quatre enfants, parce que « les Français la voulaient ». Il a en outre pris acte des ralliements à sa candidature de personnalités associées à des gouvernements de droite comme Azouz Begag, Martin Hirsch, Fadela Amara ou Corinne Lepage. « Moi, je ne repousse personne », a-t-il dit, avant d’ajouter qu’il écartait toute ouverture et nommerait un Premier ministre socialiste.
Un électeur sur quatre
En attendant, les deux candidats redoublent d’efforts pour séduire les indécis, plus nombreux que d’habitude et susceptibles d’opter pour les candidats de la gauche radicale ou d’extrême droite.
Les sondages le montrent : rarement l’électorat aura semblé aussi peu sûr de ses choix. Selon une étude OpinionWay Fiducial, un électeur sur quatre n’a pas encore arrêté son choix pour le premier tour du scrutin dimanche, particulièrement parmi les électeurs potentiels du candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, du centriste François Bayrou et de l’écologiste Eva Joly.
Conscient qu’il est invariablement donné perdant au second tour (de dix points en moyenne), le chef de l’État espère encore arriver en tête dimanche et se lancer dans une seconde campagne entre les deux tours pour inverser la tendance. « J’ai l’intime conviction que les Français nous réservent des surprises », « le peuple français (...) va donner une leçon à tous ces gens comme jamais ils n’en ont reçu une avant », a-t-il déclaré jeudi au cours d’une visite de terrain à Saint-Maurice (est de Paris).
Mais l’abstention est un autre sujet d’inquiétude pour les candidats. Selon OpinionWay, elle pourrait être de 26 %, alors qu’elle avait été de 16 % au premier tour de la présidentielle de 2007. Le record d’abstention à un premier tour avait été enregistré en 2002, avec un taux de 28,40 %. À l’époque, l’extrême droite avait créé la surprise en se qualifiant pour le second tour.
Sa candidate Marine Le Pen a jugé jeudi qu’un score inférieur à celui réalisé par son père en 2002 (16,8 %) « serait un recul » pour le FN. En l’état, les sondages lui donnent autour de 15 %, un peu moins pour Jean-Luc Mélenchon et 10 % pour François Bayrou. Son père, plutôt discret depuis le début de la campagne, a renoué avec les déclarations à l’emporte-pièce en comparant un meeting à Paris de Nicolas Sarkozy aux congrès du parti nazi à Nuremberg.
« NS : national socialisme. Ah pardon, j’ai cru en regardant la place l’autre jour que c’était Nuremberg, avec NS », a ainsi commenté en riant Jean-Marie Le Pen, dans une séquence visible sur le site de la chaîne parlementaire LCP. Sans lien apparent avec cette déclaration, il se livre à une autre provocation, faisant apparemment allusion au public qui a assisté aux meetings en plein air le week-end dernier des différents candidats. « C’est la mode musulmane, ça, d’être poilu de la gueule et ça vous fait prendre pour un FLN », a-t-il poursuivi, en référence aux membres du Front de libération nationale algérien pendant la guerre d’indépendance d’Algérie. Il s’exprimait à l’issue d’un meeting de sa fille.
(Sources : rédaction et agences)



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