Trois députés de l’opposition se sont succédé en début de soirée à la tribune pour critiquer les prestations de l’exécutif et ses « déboires », dénonçant les « scandales » qui ont ponctué ces derniers mois l’action du gouvernement, notamment en matière de mazout et d’électricité, et stigmatisant la politique de distanciation observée à l’égard de la Syrie. Les députés du 14 Mars reprocheront également au gouvernement ses lacunes en matière de contrôle des frontières et, indirectement, sa léthargie au niveau du suivi de l’assassinat de Ali Chaabane.
Quoique visant l’ensemble de l’exécutif, les attaques ont principalement convergé sur la personne du ministre de l’Énergie, Gebran Bassil, que le député Mohammad Kabbani a qualifié de « roi de la corruption » qui, selon lui, doit être jugé pour son action. Il lui a notamment reproché d’avoir remplacé les employés du ministère « par une armée de conseillers et par une firme », rappelant au passage que la location d’un seul navire producteur d’électricité coûtera aussi cher que l’achat de plusieurs navires du même type. Mohammad Kabbani est revenu sur l’affaire de l’accueil populaire réservé à l’officier Fayez Karam, proche collaborateur de Michel Aoun et condamné pour collaboration avec Israël, s’en prenant à la justice qui, a-t-il déploré, « a fait preuve d’indulgence et de partialité dans cette affaire ».
Avant lui, le député Kataëb Fadi Habre avait remis en cause la capacité du gouvernement à répondre aux revendications citoyennes dans leurs plus simples expressions, lui reprochant le recul du taux de croissance réalisé par les gouvernements précédents. Le député Kataëb n’a pas hésité non plus à dénoncer le « scénario dramatique portant sur la réduction » du coût de la location des centrales flottantes.
Le thème de l’insécurité et les tentatives d’assassinats politiques ont été repris une fois de plus au cours de la journée par Mohammad Hajjar qui a accusé les autorités de traiter avec beaucoup de légèreté ces dossiers. M. Hajjar est revenu sur la question des armes du Hezbollah qui, désormais, « se servent plus à faire face à l’ennemi ». Au lieu de cela, dit-il, « on voit un agent opérant pour le compte d’Israël (allusion à l’affaire de la relaxation de Fayez Karam ) libéré en un rien de temps alors que les espions subissaient auparavant la peine de mort », rappelle le député.
« Nous sommes devant un gouvernement dont la décision se trouve hors de l’exécutif (...), un gouvernement constitué d’observateurs et privé de pouvoir d’action », a affirmé M. Hajjar.
Pour lui, la politique de distanciation à l’égard de la crise syrienne s’est avérée être, dans la pratique, « une politique de services rendus au régime syrien ».
Une fois de plus, le ministre Bassil sera au centre des critiques, le député Hajjar lui reprochant d’avoir contribué à faire baisser la production électrique de 55 mégawatts alors qu’il avait promis de l’augmenter d’autant de mégawatts. Et de rappeler que de nombreux États dans le monde se sont lancés dans la production de l’énergie solaire et éolienne « alors que nous continuons à faire du surplace ».
Intervenant entre deux discours, le député Kataëb Samy Gemayel a pris la parole pour faire remarquer à deux reprises que seuls sept ministres étaient présents au débat. « C’est humiliant pour les parlementaires », a-t-il dit. Ce à quoi le président du Parlement Berry a rétorqué : « Ils suivent les débats chez eux sur les écrans de télévision. »
Le député Nawar Sahili, membre du bloc parlementaire du Hezbollah, s’est dit à son tour favorable à la politique de distanciation par rapport à la crise syrienne, « à condition que cette politique soit suivie par l’ensemble des parties », en allusion à l’attitude affichée par l’opposition qu’il a accusée de faire de la « provocation en allant jusqu’à soutenir ouvertement les parties qui appellent à armer l’opposition ».
M. Sahili s’est ensuite attaqué au sujet des « faux témoins » évoquant l’apparition sur une chaîne de télévision de l’un d’entre eux ( Mohammad Siddiq) qui a accusé Israël d’avoir tué Rafic Hariri . « Qu’il s’agisse de diffamation ou de faux témoignage, il aurait fallu que le parquet se saisisse de ce dossier », a-t-il déclaré, avant de critiquer le retard dans les nominations aux postes-clés de l’État, notamment à la présidence du Conseil supérieur de la magistrature. Autant de revendications qui feront dire au député Farid Makari qu’il est d’accord avec son collègue sur toute la ligne.
« Au début du XXIe siècle, on en est venu à espérer des services (publics) que les pays développés offraient déjà au siècle dernier », a lancé à son tour Nabil de Freige, en faisant notamment allusion à l’Internet qui « fonctionne à la vitesse de la tortue ». Selon M. de Freige, le Liban a besoin d’une véritable équipe qui tienne les rênes du commandement. « Ce qui unit l’équipe actuelle est sa haine à l’égard de tous ceux qui ne sont pas d’accord avec elle », a-t-il dit.
Marwan Farès s’est prononcé quant à lui sur la loi électorale, préconisant l’adoption d’une circonscription unique qui, a-t-il souligné, contribuerait à « éradiquer le confessionnalisme ».
Ont également pris la parole en soirée le député Joseph Maalouf, membre du bloc des Forces libanaises, ainsi que les députés du bloc aouniste du Changement et de la Réforme, Fadi Awar et Nehmetallah Abi Nasr.


Une délégation FL en tournée à Hasbaya et Marjeyoun en soutien aux habitants du Sud