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Santé - tribune

L’eau pour tous : l’exemple de Phnom Penh

Il y a presque vingt ans, le réseau d’alimentation en eau de Phnom Penh était dans un état lamentable. Aujourd'hui, les branchements sauvages ont disparu, les fuites représentent à peine 5% de la production. Pratiquement, tous les indicateurs montrent que le système de distribution d'eau de la ville cambodgienne est meilleur que celui de Londres ou Washington. Photo Reuters

Parmi les habitants des villes de la planète, combien sont-ils à boire l’eau du robinet sans risque pour leur santé ? Il est difficile de donner une réponse précise à cette question. L’ONU utilise le terme de source d’eau « améliorée » pour qualifier l’eau qui est fournie dans de nombreuses zones urbaines à travers le monde. Malheureusement, « améliorée » ne signifie pas toujours potable.


Selon le rapport 2012 de l’OMS sur les progrès en matière d’assainissement et d’alimentation en eau, plus de 96 % de la population urbaine de pays émergents comme la Chine, l’Inde, la Thaïlande ou le Mexique ont accès à des sources d’eau « améliorée ». Néanmoins, une étude de l’Institut asiatique de technologie montre que moins de 3 % des habitants de Bangkok boivent l’eau du robinet, car ils doutent de sa qualité.


Dans n’importe quelle grande ville d’un pays émergent, de Mexico à Bombay, vous aurez de la difficulté à trouver quelqu’un pour croire que l’eau du robinet est sans danger. D’après le Centre du Tiers-monde pour la gestion de l’eau, plus de deux milliards d’habitants de la planète n’ont pas confiance dans la qualité de l’eau dont ils disposent.


Cela pourrait être autrement. À Phnom Penh, un responsable a fait la preuve qu’une bonne gestion de cette précieuse ressource peut changer radicalement la situation. Il y a presque vingt ans, le réseau d’alimentation en eau de cette ville était dans un état lamentable, avec près de 83 % de pertes dues à des fuites et à des branchements sauvages. C’est alors qu’Ek Sonn Chan est devenu directeur général du service des eaux de la capitale cambodgienne.


D’un style discret mais d’une main ferme, il a introduit peu à peu des changements. Il a accru les compétences de son administration en formant le personnel, en récompensant les plus méritants et en combattant la corruption. Un an seulement après sa prise de fonctions, le fonctionnement du service des eaux de Phnom Penh commençait à s’améliorer. Quinze ans après, la production d’eau a été multipliée par quatre, la taille du réseau de distribution multipliée par 4,5 et le nombre d’abonnés au réseau par 6,5.


Aujourd’hui les branchements sauvages ont disparu à Phnom Penh. Les fuites représentent à peine 5 % de la production, tout comme à Singapour ou à Tokyo, deux des villes qui ont le meilleur système d’alimentation en eau dans le monde. Ce taux est cinq fois plus important pour Thames Water, l’entreprise responsable de la distribution de l’eau à Londres. Pratiquement tous les indicateurs montrent que le système de distribution d’eau de Phnom Penh est meilleur que celui de Londres ou de Washington.


Son fonctionnement est remarquable. Tous les consommateurs ont un compteur, riches et pauvres payent pour une eau potable qui revient 60 à 80 % moins cher que l’eau non potable qu’ils achetaient auparavant à des vendeurs de rue, une source d’approvisionnement dangereuse pour toute une série de raisons. Aujourd’hui les ménages les plus pauvres ont accès à l’eau courante et potable 24 heures sur 24.


Le prix payé par les usagers permet au service des eaux de couvrir ses coûts de fonctionnement, tandis qu’il amortit peu à peu ses actifs. Plus de 94 % de l’eau distribuée est facturée et depuis plus de dix ans, le taux de recouvrement est proche de 100 %. Le service des eaux de Phnom Penh montre qu’une bonne gestion de l’eau en zone urbaine est non seulement possible sur le plan financier dans un pays émergent, mais qu’elle bénéficie à toute la population.
L’accès à l’eau (que ce soit pour la boire, pour faire la cuisine ou le nettoyage) est un droit. Pourtant un peu partout dans le monde, les dirigeants politiques et les chefs d’entreprise trouvent encore des excuses pour expliquer l’absence d’eau potable dans nos villes.
Ils connaissent parfaitement leur argumentaire : l’eau est rare, les investissements insuffisants, les pauvres ne peuvent pas payer et souvent la technologie nécessaire n’est pas accessible. Nous pensons que ces arguments servent à masquer les véritables problèmes. La mauvaise gouvernance n’est pas une excuse, pas plus que l’absence de volonté politique de faire payer les usagers, alors que cela permettrait de garantir la qualité de leur alimentation en eau.


Le Cambodge montre qu’il est possible d’accomplir de grands progrès en moins de dix ans. Si Phnom Penh (avec tous les problèmes financiers, techniques et institutionnels auxquels la ville est confrontée) peut le faire, pourquoi pas les autres villes des pays émergents ?

 

Peter Brabeck-Letmathe est président de Nestlé et du 2030 Water Resources Group (WRG), une initiative entre secteur public et secteur privé.

Asit K. Biswas est fondateur et président du Third World Center for Water management au Mexique et professeur invité à la Lee Kuan Yem School for Public Policy à Singapour, ainsi qu'à l'Institut indien de technologie à Bhubaneswar en Inde.

© Project syndicate 2012. Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz.

Parmi les habitants des villes de la planète, combien sont-ils à boire l’eau du robinet sans risque pour leur santé ? Il est difficile de donner une réponse précise à cette question. L’ONU utilise le terme de source d’eau « améliorée » pour qualifier l’eau qui est fournie dans de nombreuses zones urbaines à travers le monde. Malheureusement, « améliorée » ne signifie...
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