Un tableau du spectacle.
«C’est un spectacle collectif où chacun a apporté sa petite pièce de puzzle», commence par dire le cinéaste belge Jaco Van Dormael au sujet de Kiss and Cry, présenté au Liban à l’initiative de la fédération Wallonie Bruxelles.
Retenu à Paris à cette date, Van Dormael s’est cependant exprimé sur ce spectacle (où le reste de l’équipe serait présent) qu’on qualifierait de «cinéchorégraphique» ou plutôt de «chorécinématographique». Quel que soit le nom – introuvable d’ailleurs dans n’importe quel dictionnaire –, l’objet artistique en cause demeure non identifiable, inclassable.
Jaco Van Dormael a débuté sa carrière après des études à l’Insas de Bruxelles et chez Louis Lumière à Paris. D’abord metteur en scène de spectacles pour enfants, il se lance dans la réalisation cinématographique à partir de 1980. À chaque œuvre (Toto le héros, Le Huitième Jour ou encore Mr Nobody), c’est une consécration nouvelle pour ce cinéaste qui revisite l’imaginaire enfantin.
Quant à Michèle Anne de Mey, elle est considérée comme une figure du renouveau de la danse contemporaine. Formée à l’École Mudra de Maurice Béjart de 1976 à 1979, elle collaborera en qualité de danseuse aux créations d’Anne Teresa de Keersmaeker avant de s’essayer à la chorégraphie à partir de 1981. En 1990, elle accède à la reconnaissance internationale avec Sinfonia Eroïca. Elle fonde sa propre compagnie «Astragale» et, depuis 2005, elle est la principale directrice artistique de «Charleroi/ Danses».
Grands sentiments et petites choses
«Comment faire du spectaculaire avec l’infiniment petit ? Et comment faire évoluer ces doigts plus hauts que les personnages sur fond d’images mouvantes?» s’est interrogé ce couple dans la vie et qui travaille pour la première fois ensemble. C’est à partir de ces idées maîtresses que naîtra le projet de la Nanodanse. «C’est un spectacle inédit, né du désir commun de ne pas mettre une discipline en avant au détriment d’une autre, dira Van Dormael, faire en sorte, par contre, que tout s’enchevêtre et que l’histoire, la danse, la projection d’images ou encore la musique s’épousent.»
Le cinéaste qui dans ses films a abordé des thèmes comme celui de l’enfance ou des marginaux de la société a-t-il pu inscrire son travail dans cette même thématique? «Tout évoque ici l’univers enfantin, dira-t-il, les jeux, le sable, les nuages, mais aussi les décors et les modèles réduits.» Sur fond de musique baroque, classique ou des airs contemporains, ce monde ludique entoure des petits doigts dansant sur scène en formant des circonvolutions de la mémoire. Celle-ci, aussi, est un thème cher au cinéaste.
«Dans Kiss and cry (titre inspiré du banc où les patineurs attendent leurs résultats), une femme se souvient de ses cinq histoires d’amour qui ont commencé par une première, très courte d’ailleurs, raconte Van Dormael, puisqu’il s’agissait de treize secondes où des doigts se sont frôlés.» «Et c’est à partir de cet instant fragile que le fil de l’écheveau va se dérouler.» Et de poursuivre: «C’est une performance vivante qui change au gré du lieu et du temps.» En effet, seule la musique est enregistrée alors que tout le reste (chorégraphie, rythme...) est passible de changements. «C’est comme une cuisine directe, ajoute le metteur en scène, un cinéma éphémère où tout se crée à l’instant même.»
Un hymne à la danse, au 7e art et aux autres confondus, mais aussi au corps et aux
sentiments.

