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Moyen Orient et Monde - Reportage

Les réfugiés syriens fuient leur pays dans le silence et la peur

Oum Eddine, une Syrienne de 32 ans, a fui à la faveur de la nuit vers la Jordanie. Ne voyant plus deux de ses enfants sur la route, elle n’a pas osé les appeler, craignant que le moindre bruit ne déclenche les tirs de l’armée syrienne. En silence, elle est revenue sur ses pas, a retrouvé ses deux enfants piégés dans des fils barbelés, les a libérés et a repris la route. Mais soudain, deux soldats sont apparus. « J’étais sûre que c’étaient des Syriens. L’un d’eux s’est approché et a dit : “Laissez-moi prendre les enfants.” J’ai refusé. Je me suis dit : je préfère qu’ils me tuent, plutôt qu’ils me les prennent », se remémore Oum Eddine, qui préfère s’exprimer sous un prénom d’emprunt. Les soldats lui ont montré à la lueur de téléphones portables leurs insignes jordaniens, mais cette mère de famille est restée persuadée qu’ils s’agissaient d’hommes de Bachar el-Assad. « L’armée syrienne vous effraie tant que ça ? » a lancé l’un des militaires jordaniens venus lui porter secours.
Quatre mois avant son départ, son mari a disparu, après avoir manifesté contre le régime lors de rassemblements organisés dans leur ville de Deraa. Pendant des mois, Oum Eddine et ses quatre enfants, âgés de quatre à sept ans, sont allés de maison en maison, tentant d’éviter les perquisitions des forces de sécurité. Puis il y a eu les menaces de mort et de viol, notamment depuis le portable de son mari incarcéré, et une descente dans leur maison qui a tout détruit. « J’ai compris que ça ne s’arrêterait jamais, qu’ils harcelaient et menaçaient tous ceux impliqués dans les manifestations », explique-t-elle. Elle a d’abord tenté d’obtenir des passeports pour rejoindre légalement la Jordanie, mais après plusieurs semaines, elle a finalement préféré faire appel aux rebelles pour passer dans le royaume voisin, à moins de quatre kilomètres de Deraa.
Selon la Jordanie, quelque 90 000 Syriens sont entrés, légalement ou pas, sur son territoire depuis le début de la révolte. Les autorités, qui ne leur accordent pas le statut de réfugiés, laissent à des organismes privés, comme l’association caritative islamique Kitab wal Sunna qui aide Oum Eddine, le soin de les prendre en charge.
Samer, 16 ans, vit lui aussi dans un appartement payé par l’organisation. Le jeune homme, cheveux plaqués en arrière et jean délavé, a quitté sa ville de Moadhamiyat al-Chams, près de Damas, quand il a appris qu’il devait rejoindre l’armée. « Je ne veux pas faire partie d’une armée qui tue son propre peuple. Seul un traître tue son peuple », dit-il. Avec un petit groupe, il a bénéficié de l’aide d’un réseau de militants qui l’ont fait passer à Deraa puis en Jordanie. « On passait de ville en ville en changeant de véhicule. C’était très difficile car il y avait de nombreux check-points. Une fois on était à peine à 100 mètres des soldats syriens (...), Dieu nous a protégés », raconte-t-il.
Abou Chadi, qui vient de la même ville, a quitté légalement la Syrie l’année dernière, juste avant que Damas ne ferme sa frontière. Il raconte avoir participé à des manifestations, tagué des slogans hostiles au régime sur les murs et dit être parmi les premiers à avoir rejoint la contestation dans la région de la capitale. « Je pense tout le temps à la Syrie. Je ne peux pas vivre ailleurs. C’est là-bas qu’est ma vie », dit-il, affirmant passer ses journées devant les informations télévisées ou sur Internet avec Samer.
Oum Eddine, elle, préférerait oublier la Syrie : trop de souvenirs douloureux. Ses larmes coulent dès qu’on lui montre des vidéos de Deraa. Elle masque son visage avec un bout de son voile noir avant que son fils, assis sur ses genoux, ne lui ramène un mouchoir. En Jordanie, elle a rencontré un codétenu de son mari qui a lui assuré qu’il était vivant, mais affaibli par des blessures par balle jamais soignées. Elle prie pour lui, mais également pour « oublier tout ce qui s’est passé en Syrie ». « Je veux effacer les 32 dernières années de ma vie », lâche-t-elle.
© AFP
Oum Eddine, une Syrienne de 32 ans, a fui à la faveur de la nuit vers la Jordanie. Ne voyant plus deux de ses enfants sur la route, elle n’a pas osé les appeler, craignant que le moindre bruit ne déclenche les tirs de l’armée syrienne. En silence, elle est revenue sur ses pas, a retrouvé ses deux enfants piégés dans des fils barbelés, les a libérés et a repris la route. Mais soudain, deux soldats sont apparus. « J’étais sûre que c’étaient des Syriens. L’un d’eux s’est approché et a dit : “Laissez-moi prendre les enfants.” J’ai refusé. Je me suis dit : je préfère qu’ils me tuent, plutôt qu’ils me les prennent », se remémore Oum Eddine, qui préfère s’exprimer sous un prénom d’emprunt. Les soldats lui ont montré à la lueur de téléphones portables leurs insignes jordaniens, mais...
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