La Turquie, puissance économique émergente, pays musulman membre de l’OTAN, mène une diplomatie hyperactive que certains qualifient de « néo-ottomane ». Le pays avait accueilli les précédentes discussions sur le nucléaire iranien, en janvier 2011, montrant sa disposition à agir en honnête courtier entre son voisin iranien et les Occidentaux. Les Iraniens, qui défendaient il y a encore une semaine Istanbul comme le meilleur endroit pour renouer ces discussions, veulent-ils punir la Turquie pour avoir accueilli dimanche, dans la même ville d’Istanbul, la Conférence des amis de la Syrie, qui a apporté son soutien à l’opposition syrienne ? « On ne peut pas fermer les yeux sur les demandes légitimes de la population de Bahreïn et du Yémen et prétendre défendre les demandes de la population syrienne », a déclaré le porte-parole des Affaires étrangères iraniennes, Ramin Mehmanparast, au quotidien Iran.
L’Iran soutient le régime du président Bachar el-Assad, tandis que la Turquie a de nouveau condamné le régime de Damas, lors de la réunion d’Istanbul, aux côtés des Américains.
En attendant, Iran et Turquie ne cessent de réaffirmer leur bonne entente, et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan était de nouveau en visite à Téhéran la semaine dernière. Mais les récentes décisions turques ne sont pas toutes pour plaire à l’Iran.
« N’essayez pas de suivre de trop près la politique étrangère de la Turquie, vous risqueriez d’attraper un torticolis ! » écrit sur son blog le chercheur français Jean Marcou, spécialiste de la région.
La Turquie a rejeté les sanctions imposées à l’Iran par l’Union européenne et les États-Unis, qui tentent de bloquer les exportations du pétrole iranien. Mais elle a aussi été félicitée par Washington, pour avoir réduit de 20 % ses importations de brut iranien. Ankara a aussi accepté l’an dernier sur son sol un radar d’alerte avancée du bouclier antimissile de l’OTAN, installation qui vise l’Iran. Téhéran a protesté à plusieurs reprises à ce sujet contre la Turquie, provoquant des explications embarrassées d’Ankara. Alliée traditionnelle des États-Unis, la Turquie, aujourd’hui dirigée par un régime islamiste modéré, bénéficie du soutien militaire de Washington dans la lutte contre les rebelles kurdes, épine dans le pied de tous les gouvernements turcs depuis 1984.
Un sondage a montré, fin mars, les craintes de l’opinion turque à l’égard des projets nucléaires iraniens. Ainsi 54 % des Turcs estiment que leur pays devrait se doter de l’arme nucléaire, plutôt que de compter sur la protection de l’OTAN, si l’Iran se dotait de cette technologie.
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