Des habitants de Bamako constatent le pillage de la Caisse nationale d’assurance-maladie. Adama Diarra/Reuters
Dans un entretien accordé hier à RFI, le capitaine Amadou Sanogo, qui se présente comme le chef des putschistes, a toutefois démenti que des militaires soient impliqués dans les pillages. « Je déplore les actes de vandalisme et de pillage, mais que le peuple malien sache que ce n’est pas nous », dit-il en faisant état « d’individus mal intentionnés en uniforme de police et de l’armée (...) ». Malgré l’appel du chef des putschistes à ses hommes à respecter la propriété privée, des habitants font état de la poursuite des pillages, à l’origine des pénuries et d’une flambée des prix à la pompe. Le capitaine Sanogo a en outre affirmé, toujours sur RFI, que les responsables politiques actuellement détenus étaient « sains et saufs ». « On ne touchera pas un cheveu de quelqu’un », a-t-il assuré. Interrogé jeudi sur la chaîne de télévision panafricaine Africable, le capitaine Sanogo s’est engagé à ne pas rester au pouvoir, mais a refusé de fournir un calendrier de retour à un régime civil, déclarant que sa priorité était de rétablir l’ordre dans le Nord.
Entre-temps, les officiers subalternes putschistes recherchent toujours le président Amadou Toumani Touré (alias ATT). Les mutins, qui reprochent à ATT son manque de fermeté face à la rébellion touareg dans le Nord, sillonnent les rues de la capitale après avoir occupé le palais présidentiel et la télévision nationale. Le président déchu serait, lui, sous la protection de soldats loyalistes à Bamako. Des soldats mutins ont prévenu qu’ils attaqueraient le régiment de parachutistes qui, croient-ils, protégerait ATT, un ancien officier qui s’apprêtait à céder le pouvoir lors de l’élection présidentielle prévue en avril. Pour sa part, l’ambassade des États-Unis a officiellement réfuté les rumeurs selon lesquelles ATT serait réfugié dans son enceinte.
Le Mali, qui regorge d’armes depuis le retour de Libye des anciens mercenaires de Mouammar Kadhafi, subit dans le Nord une rébellion touareg et la présence d’islamistes d’el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI). Selon un officier malien en poste à Kidal, dans le Nord, les rebelles touareg du Mouvement national pour la libération de l’Azawad occupent le camp militaire d’Anefis, après le retrait de la garnison. « L’armée s’est repliée à Gao », dit une source à Tombouctou. Sur leur site Internet, les rebelles touareg ont confirmé la chute d’Anefis, assurant qu’ils poursuivront leur offensive.
Condamnations unanimes
À Addis-Abeba, l’Union africaine (UA) réunie en urgence a confirmé le sort du président déchu. « On nous a fait savoir que le président était en sécurité et qu’il se trouvait sous la protection de soldats loyalistes. Il se trouve assurément au Mali, non loin de Bamako, d’après les informations que nous avons obtenues de la part des soldats qui le protègent », a déclaré Jean Ping, président de la commission de l’UA. L’organisation panafricaine a, par ailleurs, suspendu la participation du Mali jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel. En outre, une mission conjointe de l’UA et de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) doit se rendre incessamment à Bamako pour appeler les putschistes à rendre le pouvoir. La Cédéao a prévu également un sommet extraordinaire de ses chefs d’État, mardi, à Abidjan. Pour leur part, 10 partis politiques, dont l’Alliance pour la démocratie au Mali, qui possède la majorité des sièges au Parlement, ont publié un communiqué commun qui affirme : « Les signataires (...) condamnent cette prise de pouvoir par la force, qui constitue un revers majeur pour notre démocratie. »
De son côté, l’Occident n’était pas en reste. Après la France, qui a gelé toute sa coopération régalienne avec Bamako, les États-Unis ont prévenu que l’aide économique et militaire de 70 millions de dollars qu’ils versent au Mali risquait d’être compromise, si les responsables du putsch ne rétablissaient pas l’ordre constitutionnel. L’Union européenne (UE) a, elle, « fermement » condamné le putsch et appelé « à la fin immédiate des violences et à la libération des responsables de l’État », au « retour d’un gouvernement civil et à la tenue d’élections démocratiques comme prévu ». L’UE a en outre décidé « de suspendre temporairement les opérations de développement », sauf l’aide humanitaire. La Chine s’est aussi déclarée opposée au coup d’État, appelant au retour à un « ordre normal » et à la sauvegarde de l’unité nationale. Ces prises de position s’ajoutent aux condamnations unanimes des voisins du Mali : Algérie, Niger et Mauritanie, où les répercussions de la crise sont fortement ressenties.
Enfin, sur le plan humanitaire, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés « surveille de près la situation », a déclaré un porte-parole de l’organisation.
(Source : agences)


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