Des combats meurtriers ont opposé hier avant l’aube militaires dissidents et soldats loyalistes dans un important quartier de Damas, jusque-là relativement épargnée par la violence qui paralyse le pays voilà un an.
Ainsi, les combats nocturnes qui ont touché le quartier de Mazzé sont « les plus importants et les plus proches des centres de sécurité à Damas depuis le début de la révolte » le 15 mars 2011, a affirmé le président de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane. Mazzé abrite en outre des services de renseignements, des bâtiments gouvernementaux et les ambassades d’Inde et de Grèce. M. Abdel Rahmane a également précisé que deux soldats de l’armée régulière avaient été tués et 16 blessés dans les affrontements qui ont duré plusieurs heures. Quatre rebelles sont également morts et plusieurs autres blessés ou arrêtés. La télévision officielle el-Ikhbariya a de son côté fait état de la mort de « trois terroristes » et d’un membre des forces de l’ordre.
Et dans l’après-midi, de nouveaux combats ont éclaté à Qaboun et à Barzé, deux autres quartiers de la capitale, toujours selon l’OSDH.
En termes de victimes hier, au moins 30 personnes ont encore péri à travers le pays, selon la chaine al-Arabiya et l’OSDH, qui a aussi fait état d’offensives des forces du régime dans plusieurs régions. À Deir ez-Zor, par exemple, d’autres combats violents opposaient militaires insoumis et forces du régime, qui ont d’ailleurs pris le quartier d’el-Hamiddiyyé. Dans le nord-ouest du pays, un civil a été abattu par un franc-tireur à Khan Cheikhoune dans la province d’Idleb et plus de 60 maisons ont été brûlées par les forces syriennes ces dernières 24 heures dans le village de Merian, a ajouté l’OSDH. De son côté, Nourredine el-Abdo, militant dans la province d’Idleb, a rapporté que les forces avaient lancé un assaut sur le village de Abdita.
Ailleurs dans le pays, les troupes ont lancé un assaut sur Kafr Chams dans la province de Deraa dans le sud, des transports de troupes assiégeant la localité en installant des barrages à ses entrées. Elles bombardaient également le village de Qalaat el-Madiq dans la région de Hama, a poursuivi l’ONG. À Homs, les troupes pilonnaient les quartiers de Bab Sbaa, de Khaldiyé et de Karam el-Chami, où elles menaient également une campagne d’arrestations, selon l’OSDH. Dans la même province, les troupes du régime bombardaient le village de Joussieh, faisant cinq blessés, d’après l’ONG.
Toujours sur le terrain, c’est un navire d’approvisionnement russe qui se trouve dans le port syrien de Tartous depuis dix jours, selon le ministère russe de la Défense hier, démentant les informations des médias sur la présence en Syrie de bateaux de guerre et réagissant aux informations de télévisions arabes sur l’arrivée de « forces spéciales antiterroristes russes » à Tartous. « Le pétrolier Iman se trouve dans le port de Tartous depuis dix jours afin de garantir le ravitaillement des navires des flottes de la mer Noire et du Nord qui assurent la sécurité dans le golfe d’Aden contre les pirates », selon le ministère.
Arrivée des experts onusiens
Dans le même temps, les cinq experts mandatés par l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan sont arrivés à Damas pour négocier la mise en place d’une mission d’observation dans le but de faire cesser les « tueries ». La prochaine « visite de M. Annan en Syrie dépendra largement des progrès réalisés » lors des discussions avec les experts « possédant une expertise dans les domaines politique, de maintien de la paix et de médiation », a précisé son porte-parole Ahmad Fawzi. M. Annan avait expliqué que la mission « poursuivrait les discussions sur les propositions » qu’il avait faites à M. Assad lors de sa visite à Damas, en vue d’un arrêt de l’effusion de sang, d’un accès au pays des organisations humanitaires et d’un dialogue politique.
Pendant ce temps, à Moscou, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Russie « ont appelé le gouvernement syrien et les groupes armés à accepter immédiatement une trêve quotidienne humanitaire afin de permettre au CICR l’accès aux blessés et aux civils qui doivent être évacués ». Dans cette déclaration publiée à l’issue d’une rencontre entre le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le chef du CICR Jakob Kellenberger, la Russie a aussi « souligné la nécessité d’assurer l’accès du CICR à toutes les personnes détenues en Syrie à la suite des actions de protestations ».
Une mission d’évaluation de l’aide humanitaire, formée par l’Organisation de coopération islamique (OCI) et l’ONU, est déjà sur place et travaille sous la houlette du régime. Elle doit se rendre dans une dizaine de provinces. Dans un communiqué, l’OCI et l’ONU ont d’ailleurs appelé « le peuple et les autorités de Syrie à respecter la neutralité et l’impartialité » de leur mission « strictement apolitique ». C’est la première fois que l’ONU est autorisée par le régime à faire une telle évaluation depuis le début il y a un an des violences qui ont fait, selon l’OSDH, plus de 9 000 morts.
Afflux de réfugiés en Turquie
La Turquie est de son côté toujours sans nouvelles de deux journalistes turcs portés disparus depuis près d’une dizaine de jours en Syrie. Mais parallèlement, plus de 500 Syriens ont traversé la frontière turque ces 24 dernières heures, portant à 16 446 le nombre des réfugiés syriens en Turquie, tandis que deux nouveaux généraux syriens ont rejoint les rangs des dissidents, ce qui porte à neuf le nombre de généraux ayant fui la Syrie a-t-on indiqué hier de sources turques.
Paris propose un projet de déclaration à l’ONU
Sur le plan diplomatique, Paris a proposé au Conseil de sécurité un projet de « déclaration présidentielle » soutenant fermement la mission de Kofi Annan et « espère un vote » aujourd’hui sur ce texte, selon l’ambassadeur français à l’ONU Gérard Araud. Une « déclaration présidentielle » est une prise de position adoptée par consensus entre les 15 pays membres du Conseil et qui a moins de poids qu’une résolution.
Enfin, la Finlande a annoncé hier avoir rapatrié les employés de son ambassade à Damas en raison des violences qui font rage dans le pays.
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