La phrase, sortie de son contexte, paraît provocatrice et certains médias l’ont à juste titre mise en exergue. Pourtant, en invitant ceux qui le souhaitent à désarmer le Hezbollah s’ils le peuvent, sayyed Hassan Nasrallah a voulu surtout dire que sur de tels sujets, la seule voie possible est le dialogue. En d’autres termes, il a voulu rappeler, à ceux qui lancent des slogans extrémistes et qui font monter les enchères et la tension sur le terrain, qu’il n’est pas possible de désarmer la résistance par la force et qu’il faut donc s’asseoir à une table et dialoguer.
En fait, contrairement à une première impression, due sans doute au ton et aux termes utilisés face à un public conquis d’avance, le secrétaire général du Hezbollah a prononcé jeudi un de ses discours les plus modérés, invitant ses adversaires au Liban à mettre de côté les dossiers conflictuels pour les traiter autour de la table de dialogue et de chercher à régler les dossiers qui ne sont pas politisés et qui concernent les problèmes des citoyens, comme la sécurité alimentaire, le chômage, la lutte contre la criminalité et la corruption. Il a donc invité le 14 Mars à cesser de paralyser les institutions (notamment le Parlement, en se retirant de la séance pour créer un défaut de quorum) et de coopérer avec le gouvernement sur les dossiers sociaux et économiques.
Sayyed Nasrallah s’est bien gardé de faire la moindre allusion au cas de Walid Joumblatt, confirmant ainsi le mot d’ordre du Hezbollah d’éviter de commenter les nouvelles (anciennes) positions du leader druze qui font aujourd’hui la joie du 14 Mars. En réalité, les sources proches du Hezbollah affirment que le chef druze a choisi de se rapprocher de la communauté occidentale et du 14 Mars dans le dossier syrien, tout en restant au sein de la majorité actuelle... jusqu’à nouvel ordre. Plusieurs parties lui auraient ainsi demandé de renverser la majorité parlementaire, comme il l’avait fait lorsqu’il a fallu désigner Mikati à la tête du gouvernement. Mais, pour l’instant, il ne songerait pas à le faire, tout en prenant soin en même temps d’empêcher l’adoption au gouvernement et surtout au Parlement de toute décision qui serait de nature à toucher à l’appareil administratif, sécuritaire et judiciaire du courant du Futur.
Les mêmes sources ajoutent que Walid Joumblatt s’est ainsi taillé une situation où il paraît gagnant sur tous les tableaux : au sein du gouvernement, il a trois ministres dotés de portefeuilles importants (il n’avait jamais autant obtenu dans les précédents gouvernements) et il n’a donc aucun intérêt à le renverser, alors qu’il négocie sa position au Parlement, dossier par dossier, tout en restant officiellement sous le plafond de la majorité actuelle.
Dans ce contexte, il est donc clair que le gouvernement actuel est appelé à rester en place, au moins jusqu’à ce qu’il y ait un changement significatif à Damas, puisque de l’avis de tous les protagonistes, y compris le courant du Futur, la situation au Liban est étroitement liée aux développements en Syrie. Et, selon la majorité actuelle, ceux qui sont réellement soucieux des intérêts des citoyens devraient coopérer avec le gouvernement et au sein du Parlement pour régler les dossiers en suspens qui ne touchent pas à la politique au lieu de chercher à paralyser les institutions. Tel était donc le principal message adressé jeudi par Nasrallah aux adversaires de l’intérieur, qu’il a critiqués au passage pour prétendre tendre la main, tout en fermant concrètement toutes les portes de dialogue et en menant une guerre sans merci au gouvernement.
Dans le camp adverse, cette logique ne passe pas vraiment, car le courant du Futur et ses alliés ne veulent pas permettre à l’actuel gouvernement, et surtout à son chef, d’avoir à son actif un bilan socio-économique valable qui renforcerait sa crédibilité et sa position en général, au sein de la communauté sunnite. Pour cette raison, le scénario des deux dernières séances parlementaires est appelé à se répéter, sauf lorsqu’il s’agira d’examiner des dossiers qui intéressent le public du 14 Mars ou certaines de ses composantes. Pour le reste, la paralysie décrira le mieux la situation des institutions, alors que la radicalisation politique ne cessera d’augmenter, la classe politique se considérant rassurée par certaines promesses occidentales sur le fait que la stabilité du Liban devrait être préservée, tant que la situation en Syrie restera floue.
Les regards des Libanais sont ainsi une fois de plus braqués sur les développements en Syrie qui entrent désormais dans une nouvelle phase. Un an après le début de la révolte, le pouvoir en place apparaît encore comme la composante la plus solide parmi les différents protagonistes. Il poursuit donc son action militaire pour détruire les foyers de ce qu’il appelle les terroristes (l’opposition armée) et, selon des sources du 8 Mars, Bachar el-Assad aurait clairement déclaré à l’émissaire de l’ONU Kofi Annan qu’il n’est pas question pour lui de composer avec ces groupes qui sèment la terreur au sein de la population. En parallèle, il a promis de poursuivre sur le chemin des réformes et il s’est déclaré prêt à coopérer avec l’ONU. Mais l’objectif principal de la mission Annan de parvenir à un arrêt immédiat de la violence est compromis, les deux camps espérant marquer des points sur le terrain, pour négocier ensuite dans de meilleures conditions.
Pour de nombreux observateurs, Bachar el-Assad a passé un cap décisif en se montrant indélogeable et incontournable, mais il reste encore du chemin à faire avant de parvenir à instaurer un dialogue politique en Syrie.
En fait, contrairement à une première impression, due sans doute au ton et aux termes utilisés face à un public conquis d’avance, le secrétaire général du Hezbollah a prononcé jeudi un de ses discours les plus modérés, invitant ses...


le 14 mars se fout du Liban, ils ne pensent qu'a leur intérêt. Hariri au pouvoir, se courber devant l'Arabie Saoudite. Et approuver un croissant sunnite sur le monde arabe.
07 h 34, le 18 mars 2012