La séance parlementaire de jeudi devrait constituer une sorte de test.
Au sein de la majorité actuelle, certaines personnalités sont en effet convaincues que derrière le conflit sur les milliards dépensés par les gouvernements Siniora et le refus de toute tentative de règlement de ce dossier en conformité avec les dispositions de la Constitution et de la loi, l’opposition chercherait en réalité à paralyser le Parlement (faute de pouvoir le faire avec le gouvernement) pour l’empêcher d’adopter une loi électorale qui serait désavantageuse pour elle.
Après les efforts du Premier ministre Nagib Mikati pour régler le dossier des dépenses en élaborant un projet de loi pour chaque année, la comptabilité publique imposant de clore chaque budget un an après l’autre, et la décision de Berry de faire figurer le projet de loi sur les dépenses publiques à la fin de l’ordre du jour de la séance parlementaire pour permettre aux députés de voter certains projets de lois urgents et non conflictuels (comme celui portant sur la réduction de l’année pénitentiaire à neuf mois au lieu de douze), les députés de l’opposition n’auraient plus de raison de boycotter la séance.
Mais même s’ils y participent, cela ne les empêchera pas d’utiliser ce moyen plus tard pour empêcher l’adoption d’une loi électorale, estiment des personnalités de la majorité. L’attitude des députés de l’opposition au cours de la précédente réunion parlementaire a en tout cas mis la puce à l’oreille de la majorité.
Certaines personnalités au sein de cette majorité estiment ainsi que la vraie bataille est celle des prochaines élections législatives et elles sont convaincues que toutes les parties politiques commencent déjà à les préparer, chacune à sa manière.
Les deux blocs chiites, Amal et le Hezbollah, abordent cette question avec sérénité, sachant qu’ils continuent de représenter la grande majorité de la communauté chiite et qu’en définitive, quelle que soit la loi électorale, ils devraient rafler le plus grand nombre de sièges, les seuls changements qui pourraient avoir lieu étant limités aux noms des candidats et cela pour des raisons internes à chaque formation. Mais cela ne les empêche pas d’être concernés par l’ensemble du sort de l’actuelle majorité et donc de celui de leurs alliés.
Dans la catégorie des alliés, le double bloc chiite place sans hésiter le Premier ministre Nagib Mikati et fonde de grands espoirs sur lui, tout en étant surpris par le manque de réaction de ce dernier. Berry avait même déclaré un jour au Premier ministre au cours de l’un de leurs entretiens que quoi qu’il fasse, il ne parviendra pas à satisfaire le 14 Mars et en particulier le courant du Futur.
Par conséquent, il n’y a aucune possibilité pour que Mikati soit l’allié de ce courant aux prochaines législatives. C’est pourquoi il devrait forcément être celui de l’actuelle majorité, à moins qu’il décide de renoncer à se présenter aux élections. Ce qui ne semble pas être envisagé pour l’instant.
À partir de cette constatation, les piliers de la majorité se demandent pourquoi Mikati n’est pas plus dynamique dans ses tentatives de consolider sa position au sein de la communauté sunnite, se contentant de ne pas toucher à l’appareil Siniora-Hariri au sein de l’administration, mais évitant de prendre la moindre initiative, notamment sur le plan des nominations administratives pour les nombreux postes revenant aux personnalités sunnites. Il a certes réussi à gagner le mufti de la République Mohammad Rachid Kabbani à ses vues, mais ce dernier est de plus en plus contesté au sein de la communauté.
Mikati évite aussi de prendre position sur les salafistes et autres groupes sunnites partisans des Frères musulmans, implantés au Nord. Selon des proches de Mikati à Tripoli, ce dernier estimerait que ces groupes devraient grignoter des voix au courant du Futur, et il faut donc les laisser s’exprimer en toute liberté, tant qu’ils ne mettent pas en danger la stabilité du pays. Mais, aux yeux de ses alliés au sein de la majorité, cela ne justifie pas totalement son inertie. Certains se demandent même si, quelque part, le Premier ministre n’a pas les mains liées à cause de sa volonté de ne pas incommoder les Occidentaux, mais aussi l’Arabie saoudite qui continue à lui en vouloir d’avoir été désigné à la tête du gouvernement en remplacement de Saad Hariri.
Quelles que soient les raisons de la politique menée par Mikati, qui, selon le bon mot d’une personnalité de la majorité, ne se contente pas de rester à l’écart de la crise syrienne, mais aussi du pouvoir dans son ensemble, cette politique intrigue certains piliers de la majorité. Ces derniers souhaiteraient concentrer dès à présent leurs efforts pour confirmer, à travers les prochaines législatives, leur statut de majorité parlementaire sans avoir à nouer des alliances instables qui limiteront leur liberté d’action. Pour cela, il faudrait étudier les circonscriptions une à une.
La tendance actuelle est de croire que la véritable bataille électorale devrait se jouer au Nord, entre Tripoli et le Akkar. C’est donc essentiellement la scène sunnite qui pourrait faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre et c’est d’ailleurs cette scène qui connaît actuellement le plus de bouleversements à la lumière de ce qui se passe en Syrie. Les estimations donnent aujourd’hui un léger recul de la popularité du Premier ministre et de ses deux alliés, le ministre des Finances Mohammad Safadi et le ministre de la Jeunesse et des Sports Fayçal Karamé, au profit des mouvements salafistes. Mais à eux trois, les trois députés et membres du gouvernement représentent un bon paquet de voix qui apparaîtrait clairement dans un scrutin proportionnel. Ils peuvent aussi exécuter des projets de développement dans le Nord et jouer sur les divergences entre les différents groupes implantés dans cette région pour attirer de nouveaux électeurs.
Mais, aux yeux de certaines figures de la majorité, les ministres de Tripoli semblent constamment occupés à régler une crise avant que la suivante n’apparaisse, alors qu’il faudrait d’ores et déjà commencer à préparer les élections législatives. S’il est certain qu’il n’est pas question de laisser tomber l’actuel gouvernement, celui-ci ne devrait pas pour autant en rester là, en dépit des circonstances particulièrement délicates que traverse actuellement la région.
Au sein de la majorité actuelle, certaines personnalités sont en effet convaincues que derrière le conflit sur les milliards dépensés par les gouvernements Siniora et le refus de toute tentative de règlement de ce dossier en conformité avec les dispositions de la Constitution et de la loi, l’opposition chercherait en réalité à paralyser le Parlement (faute de pouvoir le faire avec le gouvernement) pour l’empêcher d’adopter une loi électorale qui serait désavantageuse pour elle.
Après les efforts du Premier ministre Nagib Mikati pour régler le dossier des dépenses en élaborant un projet de loi pour chaque année, la comptabilité publique imposant de clore chaque budget un an après l’autre, et la décision de Berry de faire figurer le...

