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Liban - Feuille De Route

Mode + irrationalité = « modération » !

Certes, il faudrait se féliciter du ton pondéré adopté par cheikh Ahmad Assir, et du fait, hautement symbolique sur le plan de la sociologie politique, qu’il ait choisi le cœur de Beyrouth pour manifester. Si l’espace de la cité peut contribuer à réaliser l’inconcevable, c’est-à-dire réconcilier quelque part salafisme et politique, c’est tant mieux. Certes, il faudrait probablement aussi se féliciter que cheikh Assir ait choisi d’inviter un artiste populaire connu à chanter pour l’occasion, cassant ainsi une certaine image du salafisme – quand bien même les femmes manifestaient seules, dans leur enclos, et les hommes à part. Mais, c’est bien connu, le plus grand ennemi des islamistes, des religieux extrémistes, c’est la femme... Louée donc soit-elle, alors, pour les siècles des siècles...


La mise en scène était donc (presque) parfaite, dimanche dernier, à la place des Martyrs. Digne d’un Samuel Beckett. Face aux partisans barbares d’un régime qui a usurpé durant quarante ans la laïcité – « la modernité », « l’occidentalisation » pardi! – au service d’une communauté, sinon, en fait, d’un clan, c’était au tour des islamistes, dimanche, de s’aventurer à tâtons sur le terrain... de la « modération ».


Certes, on peut comprendre la motivation humaniste directe du cheikh Assir lorsqu’il a lancé son appel à manifester, face à l’inaction du monde devant les massacres commis à Homs et sur l’ensemble du territoire syrien par le régime Assad contre une population à majorité sunnite. Mais quand bien même les quatre composantes principales des deux camps politiques communautaires qui se disputent actuellement la Syrie, le courant du Futur et la Jamaa islamiya chez les sunnites, et le Hezbollah et le mouvement Amal chez les chiites, ont brillé par leur absence dimanche, diluant complètement l’impact politique de l’événement, il convient de se poser quelques questions et de tirer quelques constats.


Ce qu’il convient d’abord de noter, de constater et de comprendre, c’est que le phénomène pour le moins curieux observé dimanche à Beyrouth n’aurait jamais été rendu possible si Bachar el-Assad et son gang n’étaient pas en train de commettre, depuis un an, des crimes innommables, intolérables, en Syrie. Les courants islamistes sunnites ont toujours été très marginaux au Liban. Mais plus la répression se poursuit en Syrie en toute impunité, plus le monde se garde d’intervenir et assiste au massacre dans le souci de préserver l’intérêt direct d’Israël à maintenir en place le régime Assad – car c’est bien Israël et le lobby sioniste dans le monde qui constituent le rempart principal qui protège encore ce régime si docile – , et plus le ressentiment du monde sunnite va grandir, affaiblissant partout la tendance démocratique et modérée au profit de la tendance islamiste. C’est petit à petit le cas en Syrie, où l’exaspération ne peut que faciliter la récupération islamiste, et il ne pourra qu’en être de même au Liban où, sous les coups de boutoir du Hezbollah et de ses alliés, le sunnisme modéré et pacifiste du courant du Futur ne pourra que ressortir affaibli de la bataille qui se joue en ce moment. Car en faisant un effort vers le discours « modéré », c’est sur les partisans du courant du Futur qu’Ahmad Assir a les yeux rivés, et la crise syrienne lui offre une occasion inespérée de monter au créneau pour doubler Saad Hariri...


Qui en sortira gagnant ? Assurément le camp dit de la « mouman’aa ». Le Hezbollah d’abord (et l’Iran), qui s’en frotte déjà les mains, puisqu’il pourra aussitôt justifier ad vitam aeternam l’existence de ses armes si au moins un Ahmad Assir, ou des épiphénomènes similaires et encore plus radicaux, vient à émerger dans chaque région sunnite. Le Courant patriotique libre ensuite, qui pourra plus que jamais convaincre, avec cet air malin du type vous-voyez-je-vous-l’avais-bien-dit, ses masses partisanes combien « les sunnites sont les méchants », quand bien même c’est lui qui aura contribué, ici, à créer et animer le monstre de Frankenstein. Ce même monstre de Frankenstein dont il se servira ensuite pour effrayer la bonne populace et la convaincre qu’il est bien le messie qui vient en croisade pour la délivrer du mal, comme un serpent qui se mord la queue. Israël, enfin, qui pourra sans vergogne continuer à défendre le mythe belliqueux de la guerre permanente pour se protéger contre ses ennemis (parce qu’il faudra qu’il y ait toujours un ennemi), et, surtout, cultiver encore plus l’extrémisme juif-orthodoxe, pour bien rivaliser avec ses voisins. Nous aurons aussitôt en place tous les éléments de l’inévitable montée aux extrêmes et du déluge de violence totale qui doit logiquement lui succéder. Et personne n’en sortira vivant, car il sera trop tard.


C’est pourquoi il faut sauver le peuple syrien, au plus vite, des griffes de Bachar el-Assad, dont la chute est de toute façon inévitable, inéluctable. Pour ne pas que le printemps arabe devienne un véritable hiver, non plus seulement pour l’ensemble des minorités, mais aussi et surtout pour la majorité elle-même... n’en déplaise au très crypto-churchillien Mgr Béchara Raï (« la Syrie est la dictature la plus proche de la démocratie » !), qui semble suivre l’actualité syrienne uniquement sur les chaînes officielles syriennes, et sur al-Dounia, al-Manar, al-Jadeed et la OTV, où l’armée syrienne n’en finit plus de « nettoyer le territoire des groupes terroristes armés » depuis un an. C’est, bien entendu, la raison pour laquelle le patriarche maronite ne semble pas particulièrement ému par les images des crimes atroces contre l’humanité commis rien que ces deux dernières semaines à Baba Amr. En d’autres termes, c’est, gageons-le, « la faute aux médias », encore et toujours. Bien sûr.

Certes, il faudrait se féliciter du ton pondéré adopté par cheikh Ahmad Assir, et du fait, hautement symbolique sur le plan de la sociologie politique, qu’il ait choisi le cœur de Beyrouth pour manifester. Si l’espace de la cité peut contribuer à réaliser l’inconcevable, c’est-à-dire réconcilier quelque part salafisme et politique, c’est tant mieux. Certes, il faudrait probablement aussi se féliciter que cheikh Assir ait choisi d’inviter un artiste populaire connu à chanter pour l’occasion, cassant ainsi une certaine image du salafisme – quand bien même les femmes manifestaient seules, dans leur enclos, et les hommes à part. Mais, c’est bien connu, le plus grand ennemi des islamistes, des religieux extrémistes, c’est la femme... Louée donc soit-elle, alors, pour les siècles des siècles...
La mise en...
commentaires (9)

Wait and see . Et pour les dignitaires religieux entre le spiritualisme et le monde sauvage de l ’humain ils ne peuvent que condamner sans prendre parti . Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

04 h 51, le 06 mars 2012

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Commentaires (9)

  • Wait and see . Et pour les dignitaires religieux entre le spiritualisme et le monde sauvage de l ’humain ils ne peuvent que condamner sans prendre parti . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    04 h 51, le 06 mars 2012

  • Très juste. On pourrait dire la même chose des relations entre le Hezbollah et Israël. Israël a autant besoin du Hezbollah que le Hezbollah d'Israel.

    Saleh Issal

    04 h 41, le 06 mars 2012

  • Merci pour cet article...

    Rbeiz Joanna

    04 h 15, le 06 mars 2012

  • - - Notre Patriarche s'est prononcé ..

    JABBOUR André

    03 h 18, le 06 mars 2012

  • Félicitations Monsieur Michel Hajji Georgiou pour votre objectivité sans pareille. Quand à sa Béatitude, certaines bouffées délirantes, de temps à autre, seraient pardonnables.

    SAKR LEBNAN

    02 h 23, le 06 mars 2012

  • - - Notre Patriarche s'est prononcée , sa parole reflète et rejoint celle du Saint Siège , et avec eux la grande majorité des Chrétiens Libanais ou Libanais Chrétiens .. qui confirmeront leur choix dans les urnes en 2013 , choix concernant la Syrie et ses événements , et surtout , sur le plan local et leurs alliances politiques .. OUI , les Sunnites du Liban ou les Libanais Sunnites , auront bel et bien un nouveau leadership ainsi que les Druzes !! Pour ce qui est de Bachar , il sera toujours aux commandes de son pays pour voir et apprécier le changement politique qui se fera chez lui d'abord , au Liban ensuite , et surtout , dans plusieurs pays arabes donneuses de leçons aujourd'hui , qui en auront bien besoin d'aide et de leçons bientôt .. évidement vous n'êtes pas obligé de me croire .

    JABBOUR André

    01 h 55, le 06 mars 2012

  • Suite. En ce moment mêm voilà Netanyahu à Washington demandant à Obama de "diminuer la pression sur Assad", dont le régime lui assure la plus grande tranquillité, au nom de la "moumana3at" la plus mensongère. Avec tout cela, seuls les aveugles de mauvaise foi voudront que salafistes et fondamentalistes n'apparaissent pas sur la scène syrienne et, en répercussion, sur la scène libanaise. A ajouter sur celle-ci comme instigation flagrante, les actions "glorieuses" du Hezbollah et de ses annexes, en coordination et harmonie avec le régime syrien, plus les bravades spectaculaires de son allié le général Aoun, le tout défiant et humiliant aveuglément, depuis des années, le sunnisme modéré de ce pays. Après cela on crie au loup : Regardez ! Les salafistes sont là ! Sur la Place des martyrs même. Et en face on envoie les "chabbiha" baasistes. Trop d'aveuglement, trop de stupidité, trop d'arrogance. La coupe a débordé.

    Halim Abou Chacra

    01 h 28, le 06 mars 2012

  • Félicitations, M Goergiou, pour votre analyse lucide et exacte. "Si Bachar el-Assad et son gang n'étaient pas en train de commettre, depuis un ans, des crimes innomables, intolérables en Syrie, le phénomène salafiste observé dimanche à Beyrouth n'aurait jamais été rendu possible". Cela vaut énormément plus pour la Syrie. Je me permets de reprendre les termes de mon petit commentaire du jeudi 01 mars sur la matière, Un groupe salafiste revendique les attentats de Damas et d'Alep : "Il serait étonnant que les groupes islamistes hallucinés et affiliés à al-Qaida ne surgissent pas désormais en Syrie. Ce que la dictature du Baas, une des plus bêtes dictatures de l'histoire, est en train de faire depuis un an, est l'aimant le plus puissant qui attire al-Qaeda en territoire syrien". Le chef du gouvernement irakien, Nouri el-Maliki, en confirmait l'inflitration en Syrie. "La dictature la plus proche de la démocratie" torture et tue trois enfants à Deraa et dit à leurs parents : "amenez-nous vos femmes, nous vous en ferons d'autres". Comme dit dans votre article Craintes et tremblements du 28/2, elle arrache la gorge des Ibrahim Kachouch, coupe le sexe des Hamza el-Khatib, brise les mains des Ali Farzat, prélève les organes sur la dépouille des Ghayath Matar, pratique toutes les horreurs possibles et imaginables, commet les génocides et les crimes contre l'humanité les plus révoltants. En ce moment même voilà Netanyahu à -Continue

    Halim Abou Chacra

    01 h 07, le 06 mars 2012

  • Il prend vraiment les Sains pour des niais, ce "Râëé" ! Les derniers vestiges de la Cédraie s'évanouissent comme une fantasmagorie devant des événements d’une telle gravité. Les sombres feux d’artifices de ce "Râëé", de paille, qui ne va pas faire long feu, sont devenus les feux incendiaires du "Bigaradier". La fraternité proclamée le 14 Mars, son expression prosaïque, sera la guerre civile larvée actuelle sous sa forme la plus pitoyable, la guerre entre le "8 Malsain" et le 14 Sain, entre la Syrie et le Liban, entre le "hezébb" et la Révolution Cédraie, entre ce "lionceau Baassdiot" et la population syrienne Saine, entre le Despotisme et la Liberté ! Cette pseudo-fraternité en 05 flamboyait, alors que les Sains Cédraies allaient saigner comme les Sains Syriens Martyrisés. Elle dura juste le temps où l'intérêt de certains "Prélats" était frère de celui de ces Sains-là ! Pédants de la vieille "tradition Maronitique Sectaire", méthodistes du "Libanisme" plat, et "Mendiants" auprès de Sœur Syrie auxquels elle permit de faire de longues homélies "libanistes liturgiques", et de se compromettre aussi longtemps qu'il fut nécessaire d'endormir l’honorable Révolution Cédraie ! "Pédants Paters Sectaires et exégètes coinniques" en sus, qui réclamaient tout l'Ordre syrien Sécuritaire ante, moins Tâëf. C’est tout. Tels étaient "ces Paters Pathétiques" avec lesquels le Sain dût faire sa Révolution Cédraie !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    21 h 14, le 05 mars 2012

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