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Moyen Orient et Monde - Révolte

Ghalioun « déçu » des « Amis de la Syrie »

Riyad voudrait armer l’opposition ; Doha et Tunis pour une force arabe ; au moins 70 morts hier.

Une manifestation antirégime à Yabroud près de Damas. Photo Reuters

La communauté internationale, à l’exception de Beyrouth, Moscou et Pékin, s’est réunie hier à Tunis au chevet de la crise syrienne. Les pays de la Ligue arabe, l’Union européenne, les États-Unis, la Turquie et différentes composantes de l’opposition syrienne ont participé à la conférence qui a lieu dans un hôtel de la banlieue nord de la capitale tunisienne. Selon le Conseil national syrien (CNS), une nouvelle réunion des « Amis de la Syrie » se tiendra dans trois semaines à Istanbul.
Dans la déclaration finale de la réunion, le groupe de 60 pays a appelé la Syrie à « cesser immédiatement toute forme de violence » afin de permettre l’accès de l’aide humanitaire, et s’est « engagé à prendre des mesures pour appliquer et renforcer les sanctions sur le régime ». Parmi ces sanctions, figurent « l’interdiction de voyage des membres du régime, le gel de leurs avoirs, l’arrêt de l’achat des hydrocarbures syriens, la réduction des liens diplomatiques avec le régime syrien ». Le groupe « prend note de la demande faite par la Ligue arabe au Conseil de sécurité de l’ONU de former une force conjointe arabe et des Nations unies de maintien de la paix (...) et a décidé de poursuivre les discussions sur les conditions du déploiement d’une telle force », selon le texte. Le groupe reconnaît en outre le Conseil national syrien comme « représentant légitime des Syriens qui cherchent un changement démocratique pacifique » et l’encourage à former un groupe « représentatif » en y incluant toutes les sensibilités. Il s’engage par ailleurs à fournir « un soutien effectif » à l’opposition, sans plus de précisions.

L’immunité et un refuge à Assad
À l’ouverture de la conférence, le ministre tunisien des Affaires étrangères Rafik Abdessalem a déclaré que la communauté internationale allait « transmettre un message fort et clair » à Bachar el-Assad pour « arrêter les crimes en Syrie ». Prenant ensuite la parole, le président tunisien Moncef Marzouki a répété à trois reprises son opposition à toute intervention militaire, déclarant que « la situation exige une intervention arabe dans le cadre de la Ligue, une force arabe pour préserver la paix et la sécurité, et pour accompagner les efforts diplomatiques pour convaincre Bachar (el-Assad) de partir ». M. Marzouki a en outre demandé que soit accordée « l’immunité judiciaire » au président syrien et sa famille, et évoqué un éventuel refuge en Russie pour Assad.
Même son de cloche pour le chef de la diplomatie qatarie, Hamad ben Jassem al-Thani, qui a affirmé qu’une force arabe devait être créée pour imposer la paix et permettre l’acheminement de l’aide humanitaire. Cette proposition doit recevoir l’aval du Conseil de sécurité, a rétorqué le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, indiquant que le sujet n’avait pas été évoqué lors des travaux à huis clos de la conférence internationale sur la Syrie. « Cette conférence devrait prendre des décisions pratiques et donner la priorité à une résolution urgente du Conseil de sécurité sur un cessez-le-feu », a de son côté réclamé le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil el-Arabi.
La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a prévenu ensuite le régime syrien qu’il paierait le « prix fort » s’il s’obstinait à ignorer la voix de la communauté internationale, et offert 10 millions de dollars pour soutenir l’aide humanitaire en Syrie. Elle a par ailleurs appelé la communauté internationale à pousser la Chine et la Russie, qui ont bloqué en février une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, à « changer de position ». Elle a en outre estimé que la violence déployée par les forces de sécurité syriennes contre les manifestants était « une tache sur leur honneur ». Plus tard, le président américain Barack Obama s’est déclaré prêt à prendre « tous les outils disponibles pour empêcher les massacres », tout en se disant « encouragé » par l’unité internationale qui s’est manifestée à Tunis.
Allant plus loin, le chef de la diplomatie saoudienne Saoud el-Fayçal a estimé que la solution à la crise en Syrie était un transfert du pouvoir « de gré ou de force », comparant le pouvoir du président syrien à un « régime d’occupation ». La délégation saoudienne s’est par ailleurs retirée de la conférence, selon la chaîne al-Arabiya, pour augmenter les pressions sur les Amis de la Syrie en faveur d’encore plus d’efficacité. Un geste fortement salué par le CNS, surtout que le chef de la diplomatie wahhabite a jugé « excellente » l’idée d’armer l’opposition syrienne « parce qu’elle a besoin de se protéger », a-t-il ajouté.

Armes de contrebande ?
Face à la répression, l’Armée syrienne libre (ASL), composée essentiellement de militaires insoumis, aurait réussi à faire entrer des armes clandestinement dans le pays et à en acheter sur le marché noir. Une source dans l’opposition syrienne a indiqué hier à Reuters que les pays occidentaux et d’autres puissances fermaient les yeux sur des achats d’armes que mènent à l’étranger des exilés syriens pour le compte de l’ASL. Parmi les équipements entrant en contrebande sur le territoire syrien, on trouve ainsi des armes légères, du matériel de communication et des équipements à visée nocturne. Des contacts sont par ailleurs noués pour doter les forces insurgées de moyens de défense antiaérienne et antichar. Il s’agit aussi de faire entrer en Syrie des officiers à la retraite pour faire fonction de conseillers militaires et contribuer à l’organisation et à la coordination des rebelles.
Le CNS a d’ailleurs appelé les Amis de la Syrie à armer les combattants de l’ASL et à soutenir toutes les formes de résistance populaire. Les sénateurs républicains John McCain, Lindsey Graham et leur collègue indépendant Joe Lieberman ont également estimé dans un communiqué que des « actions tangibles » sont nécessaires et urgentes pour « s’assurer que les Syriens aient les moyens de se défendre contre leurs agresseurs ». Cette aide devrait comprendre « accès aux armes, renseignements, matériel de communication, financement, matériel médical », précisent-ils.

L’autonomie aux Kurdes
Déçu par la réunion des Amis de la Syrie, Burhan Ghalioun, chef du CNS, a estimé hier soir qu’elle n’a pas répondu aux attentes du peuple syrien. Plus tôt, le CNS a promis, si le régime syrien est renversé, d’instituer un conseil présidentiel à la tête de la Syrie et d’accorder à la minorité kurde un gouvernement autonome et une reconnaissance de son identité. « La nouvelle Syrie sera dotée d’un gouvernement décentralisé, permettant de fait aux autorités locales de prendre le contrôle de leurs affaires », a indiqué M. Ghalioun.
Parallèlement, le chef de la diplomatie française Alain Juppé a déclaré qu’il considérait le CNS comme « l’interlocuteur légitime » de la communauté internationale.
Pour Damas, ce sont « les ennemis de la Syrie » qui se sont retrouvés à Tunis. « Réunion des ennemis du peuple syrien », « Amis de l’Amérique et d’Israël », « Réunion de soutien au terrorisme en Syrie », pouvait-on lire sur le bandeau de la télévision syrienne qui a diffusé très brièvement l’ouverture de la réunion. Des dizaines de manifestants syriens et tunisiens, mécontents eux aussi, ont été repoussés par les policiers tunisiens à coups de matraque alors qu’ils tentaient de pénétrer dans l’hôtel où se tenait la conférence.

Haniyeh ne soutient plus Assad
Par ailleurs, le Premier ministre du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, a salué la quête du peuple syrien pour la « démocratie », dans le premier appui du genre d’un chef du groupe palestinien, devant une foule de partisans réunis dans la mosquée d’al-Azhar au Caire, pour un rassemblement consacré à « soutenir (la mosquée) al-Aqsa (à Jérusalem) et le peuple syrien ». « Ni Iran ni Hezbollah, Syrie islamique. Dégage, Bachar, dégage, espèce de boucher », ont plus tard scandé les personnes présentes, tandis que M. Haniyeh restait de marbre.
« J’ai rencontré Assad et je n’ai pas eu l’impression que c’était un homme prêt à quitter le pouvoir du jour au lendemain », a en revanche déclaré Alexeï Pouchkov, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre basse du Parlement russe (Douma), qui s’est rendu en Syrie du 19 au 22 février, ajoutant qu’il « y a un mouvement de contestation, mais il n’est pas suffisant pour faire sentir au président que tout s’effondre sous ses pieds et qu’il est obligé de démissionner ».

Évacuations à Homs, mais pas pour les journalistes
Sur le terrain, des négociations étaient en cours hier soir entre le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les autorités et les opposants syriens pour faire sortir de Homs deux journalistes occidentaux blessés, la journaliste française Édith Bouvier et le photographe indépendant britannique Paul Conroy, ainsi que les corps de deux autres tués mercredi, l’Américaine Marie Colvin, grande reporter du Sunday Times, et le Français Rémi Ochlik, photographe à l’agence IP3 Press.
Alors que le CICR et le Croissant-Rouge arabe syrien (CRAS) ont réussi pour la première fois à évacuer sept blessés syriens, le pouvoir syrien a accusé les rebelles d’entraver l’évacuation de Mme Bouvier, ainsi que les dépouilles des reporters américain et français. Néanmoins, le CICR a affirmé que les négociations continuaient sur place à Baba Amro. « Les ambassades de France, de Grande-Bretagne et de Pologne travaillent durement et en étroite collaboration pour sortir du pays les blessés et les corps des deux journalistes tués », avait affirmé dans la matinée un diplomate sous le couvert de l’anonymat. L’ambassadeur de France, Éric Chevallier, a par ailleurs regagné d’urgence son poste jeudi soir, plus de deux semaines après avoir été rappelé pour consultations en raison de la répression, selon un diplomate, qui n’a toutefois pas voulu lier son retour aux tentatives de rapatriement et d’évacuation.
Dans le même temps, au moins 70 personnes, dont plusieurs membres d’une même famille à Hama, ont été tuées dans des violences en Syrie, secouée par des manifestations qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes à travers le pays, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
Signalons finalement que les Syriens sont appelés demain à se prononcer par référendum sur une nouvelle Constitution, qui supprime la prééminence du parti Baas mais maintient de très larges prérogatives au chef de l’État.

 

(Sources : agences et rédaction)

La communauté internationale, à l’exception de Beyrouth, Moscou et Pékin, s’est réunie hier à Tunis au chevet de la crise syrienne. Les pays de la Ligue arabe, l’Union européenne, les États-Unis, la Turquie et différentes composantes de l’opposition syrienne ont participé à la conférence qui a lieu dans un hôtel de la banlieue nord de la capitale tunisienne. Selon le Conseil national syrien (CNS), une nouvelle réunion des « Amis de la Syrie » se tiendra dans trois semaines à Istanbul.Dans la déclaration finale de la réunion, le groupe de 60 pays a appelé la Syrie à « cesser immédiatement toute forme de violence » afin de permettre l’accès de l’aide humanitaire, et s’est « engagé à prendre des mesures pour appliquer et renforcer les sanctions sur le régime ». Parmi ces sanctions, figurent...
commentaires (2)

Ghalioun n'a plus qu'à émigrer en France... Ah, il y est déjà! Bon alors je ne peux que lui donner l'adresse d'un épaule consolatrice ... tiens celle de notre EX PM. Ce dernier aussi doit avoir besoin d'une large épaule pour verser ses larmes.... ça m'émeus...C'est presque romantique. Ahhhh Paris, le ville de l'amour, hummm!

Ali Farhat

15 h 25, le 26 février 2012

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Commentaires (2)

  • Ghalioun n'a plus qu'à émigrer en France... Ah, il y est déjà! Bon alors je ne peux que lui donner l'adresse d'un épaule consolatrice ... tiens celle de notre EX PM. Ce dernier aussi doit avoir besoin d'une large épaule pour verser ses larmes.... ça m'émeus...C'est presque romantique. Ahhhh Paris, le ville de l'amour, hummm!

    Ali Farhat

    15 h 25, le 26 février 2012

  • Il n'y a pas que lui qui est déçu, il y en a même chez nous au Liban qui le sont, et qui attendent de "pied ferme ", une intervention otaniste pour les porter au pouvoir dans des chars qui ont fui l'Irak et qui s'apprêtent à fuir l' Afghanistan.

    Jaber Kamel

    09 h 25, le 26 février 2012

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