Parallèlement, la répression de la contestation s’intensifiait sur le terrain. Hier, au total 23 personnes, dont 18 civils et cinq soldats de l’armée régulière, ont été tuées par les forces du régime ou lors de combats entre soldats dissidents et militaires, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Selon la chaîne al-Arabiya, le nombre de morts hier s’établirait à 42 victimes civiles. Dans la ville rebelle de Homs, le régime a lancé son assaut le plus violent, faisant six morts, a ajouté l’OSDH. Le temps presse et la crise humanitaire est de plus en plus intenable : « La situation est tragique », a affirmé Hadi Abdallah, militant du « Conseil de la révolution de Homs », indiquant que les gens sont « entassés dans les abris » et « les morts enterrés depuis une semaine dans les jardins car même les cimetières et les tombes sont visés ». Devant le Parlement européen, un jeune opposant syrien a appelé les Occidentaux à « cesser de parler et à agir » pour Homs, où, selon lui, les troupes du régime « prennent en joue n’importe qui » dans les quartiers insurgés. « Les soldats kidnappent femmes et enfants, violent des femmes et les tuent. Il s’agit de crimes contre l’humanité (...) Il n’y a que cinq médecins pour soigner les blessés », a déclaré Danny Abdul Dayem, surnommé « la voix de Homs » pour ses vidéos et ses témoignages télévisés en direct.
Face à l’aggravation de la crise, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a annoncé hier que Paris allait créer un fonds d’urgence humanitaire pour la Syrie doté d’un montant d’un million d’euros, après une rencontre avec des ONG impliquées dans ce pays. En outre, les condamnations se succèdent sans qu’une véritable issue ne pointe à l’horizon. La chancelière allemande Angela Merkel a évoqué de nouvelles sanctions européennes contre Damas, affirmant que l’Union européenne soutenait la « position ferme » de la Ligue arabe. Profondément divisée sur la Syrie, la communauté internationale étudie la proposition d’une force de paix avancée dimanche par la Ligue. Après avoir mis en garde contre toute action « à caractère militaire », la France a annoncé vouloir étudier avec ses partenaires de l’ONU « toutes les options mises sur la table par la Ligue arabe », y compris celle d’envoyer des Casques bleus en Syrie, selon la diplomatie française. Moscou a exigé un cessez-le-feu et Washington souligné qu’en l’absence de paix, une telle initiative était compliquée. La secrétaire d’État Hillary Clinton a, elle, dénoncé l’usage de « l’artillerie » et de « blindés » contre des civils. La Russie et la Chine bloquent au Conseil de sécurité de l’ONU toute résolution condamnant la répression en Syrie. Un émissaire chinois, Li Huaxin, a rencontré hier le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, a annoncé Pékin, assurant ne protéger « aucune partie, y compris le gouvernement » à Damas.
Les Arabes
pourraient armer l’opposition
Pour sa part, Burhan Ghalioun, chef du Conseil national syrien (CNS), principale instance de l’opposition, a vu dans les récentes décisions de la Ligue arabe « les premiers pas » vers la chute du régime. Le CNS doit se réunir aujourd’hui à Doha pour désigner un nouveau président ou prolonger dans ses fonctions M. Ghalioun, a indiqué la porte-parole du CNS, Basma Kodmani.
La Ligue arabe avait annoncé, outre l’idée d’une force conjointe avec l’ONU, son soutien « politique et matériel » à l’opposition. Cette formulation laisse la porte ouverte à l’envoi d’armes et des diplomates présents à la réunion du Caire dimanche ont confirmé cette interprétation. « Il est inacceptable qu’Assad puisse se livrer à des massacres en tous genres de civils pendant que nous restons à ne rien dire », a dit un ambassadeur arabe. « Nous commencerons au début par soutenir l’opposition financièrement et diplomatiquement, mais, si les tueries du régime continuent, il faudra aider les civils à se protéger. La résolution ouvre aux États arabes toutes les options pour protéger le peuple syrien ». Plus explicites, deux autres diplomates ont souligné que la résolution rendait possibles des livraisons d’armes. Des armes de contrebande entrent déjà en Syrie, mais on ignore précisément dans quelle mesure ce trafic se fait avec le soutien de gouvernements arabes ou autres.
Salman Shaikh, du Centre Brookings de Doha, a estimé que le bain de sang en Syrie mettait une pression croissante sur les pays arabes. « L’escalade se produit sur le terrain et vient d’Assad en personne. C’est pour cela qu’ils ont le sentiment de ne plus pouvoir rester les bras croisés en se contentant de suivre la voie diplomatique. Je pense que ce conflit va se militariser encore plus, avec de possibles conséquences étendues et dangereuses », a-t-il dit.
Arabes et Occidentaux doivent lancer cette semaine une nouvelle tentative pour faire condamner Damas, cette fois à l’Assemblée générale de l’ONU – organe consultatif où le veto n’existe pas. Moscou et Pékin devraient une fois encore s’opposer à ce projet, préparé par l’Arabie saoudite et le Qatar, très similaire au texte bloqué par leur double veto le 4 février. Prenant les devants, le recteur de la prestigieuse université al-Azhar du Caire, le grand iman Ahmad al-Tayeb, a appelé le monde arabe à prendre des mesures audacieuses pour arrêter « la diabolique machine à tuer » en Syrie. Il a critiqué la Russie et la Chine pour avoir opposé leur veto au Conseil de sécurité. Mais il a aussi demandé à l’opposition syrienne d’éviter la confrontation armée.
(Source : agences
et rédaction)

