« Moscou non seulement arme sans vergogne un gouvernement qui tue son propre peuple, mais lui offre une protection diplomatique », affirme Philippe Bolopion, de l’ONG Human Rights Watch. Pour Andrew Tabler, de l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, « les concessions occidentales ont incité les Russes à demander davantage encore et Moscou a couvert la stratégie sécuritaire du régime syrien ». Au fil des négociations, la Russie « a joué la montre », a-t-il ajouté. « C’est une victoire pour sa politique de soutien au président Assad. »
Cependant, les 13 autres pays membres du Conseil ont voté en faveur de la résolution cette fois-ci. Seuls 10 l’avaient fait en octobre. Brésil, Afrique du Sud et Inde s’étaient abstenus. Les Russes « doivent se rendre compte qu’ils n’en sortent pas grandis : ils ont traîné les pieds, ont réclamé plus de concessions, le régime (syrien) en a profité pour bombarder sa population civile, et en plus de ça ils mettent leur veto », a résumé Andrew Tabler. « Ce n’est pas une victoire pour la Russie et la Chine, le fait que l’Inde, l’Afrique du Sud et le Pakistan aient voté avec l’Occident est un énorme succès moral pour les États-Unis et les Européens », affirme Richard Gowan, du Centre pour la coopération internationale de l’université de New York. Ce double veto va selon lui « dégrader sérieusement les relations des Russes et des Chinois avec la Ligue arabe ». « L’Arabie saoudite et les pays du Golfe vont interpréter le fort soutien à la résolution comme un signe qu’ils peuvent faire monter la pression sur Assad avec l’assurance de bénéficier d’un large appui international », a-t-il ajouté.
Selon des diplomates, la Russie s’est montrée de plus en plus agressive au Conseil ces derniers mois. Certains l’interprètent comme une « repoutinisation », c’est-à-dire un durcissement de la politique étrangère russe avant le retour attendu de Vladimir Poutine à la présidence. Quand Vitali Tchourkine a assuré la présidence tournante du Conseil en décembre, il n’hésitait pas à interpeller vivement ou à interrompre ses collègues. « Si c’est ce que le Conseil de sécurité va devenir quand Poutine reviendra à la présidence, commente M. Gowan, il ne reste plus aux diplomates de l’ONU qu’à prendre quelques années de vacances. »
(Source : AFP)


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