Alors que le pape a adopté depuis 2005 des mesures d’assainissement financier et de transparence, des révélations de la chaîne privée italienne La Sette ont mis à nu des dysfonctionnements qui continuent d’affliger l’administration du plus petit État du monde.
La Sette a montré plusieurs lettres de Mgr Carlo Maria Viganò, ancien secrétaire général du gouvernorat du Vatican devenu en octobre nonce à Washington. Dans ces missives au pape et au secrétaire d’État (numéro deux) Tarcisio Bertone datant de l’an dernier, le prélat dénonçait une situation « désastreuse » à son arrivée en juillet 2009, en laissant comprendre que sa politique énergique d’assainissement n’était pas du goût de tous. Il y faisait aussi allusion à son éventuelle mutation qu’il percevait comme un « verdict de condamnation ». Selon cette émission, le prélat déplorait que d’aucuns semblent faire passer leurs intérêts avant ceux de l’Église, que des travaux soient confiés toujours aux mêmes entreprises, à des tarifs plus élevés que ceux pratiqués hors Vatican et que des budgets – comme celui de la crèche sur la place Saint-Pierre – aient été démesurément gonflés.
Ces révélations surviennent alors que les chefs de dicastères (ministères) réunis samedi dernier autour du pape ont cherché à remédier aux diverses fuites et pannes de communications internes.
Le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi, a regretté la divulgation de documents confidentiels mais aussi condamné des « désinformations » de La Sette présentant « les structures du gouvernement de l’Église comme caractérisées en profondeur par des divisions et luttes d’intérêt. Tant de désinformations ne peuvent occulter le travail quotidien et serein en vue de parvenir à une meilleure transparence de toutes les institutions vaticanes », a-t-il ajouté, reconnaissant implicitement qu’il y avait encore des progrès à faire. Mgr Vigano garde la confiance du pape et sa nomination à Washington n’est nullement une disgrâce, a-t-il tranché.
Mais pour Andrea Tornielli, du site Vatican Insider, cette affaire « n’est pas perçue au Vatican dans son effet dévastateur sur l’opinion publique et les fidèles, impressionnés par la profondeur du message de Benoît XVI mais dégoûtés par des comportements qui lui correspondent si peu ». Selon plusieurs experts, une sourde lutte de pouvoir serait derrière la divulgation des lettres de Mgr Vigano. Le camp qui a voulu leur diffusion chercherait à obtenir la tête du numéro deux du Vatican, l’hyperactif Tarcisio Bertone, critiqué au sein de l’appareil pour son manque de diplomatie et pour avoir laissé faire des opérations peu transparentes ou risquées, non par malhonnêteté mais par un manque de contrôle effectif.
Selon le vaticaniste Sandro Magister, un départ de Bertone, 77 ans, qui n’a plus guère de soutiens en dehors du pape, n’est pas impensable après 2012.
Ce n’est pas l’avis de Marco Politi : « Ces révélations sont le signe d’un grand malaise mais il semble improbable que le pape se prive d’un collaborateur qu’il n’a pas choisi pour son expérience au gouvernement de la Curie mais en raison d’un étroit rapport de confiance », indique-t-il à l’AFP.
Le fonds du problème, pour ce vaticaniste, auteur du livre remarqué Joseph Ratzinger, crise d’un pontificat, c’est que « Benoît XVI ne s’occupe pas de près de la machine vaticane et a tout délégué au secrétaire d’État, dont le pouvoir devient toujours plus absolu, suscitant de forts mécontentements dans la Curie ».

