Nadine Abou Zaki, fondatrice et présidente exécutive du Forum de la femme arabe, prononçant son allocution à la séance inaugurale de la cinquième édition de NAWF.
Au cours de la séance d’inauguration, de nombreuses personnalités étaient présentes.
La députée Bahia Hariri, présidente d’honneur du forum, a exprimé son souhait que ce printemps arabe « rassemble tout le monde dans le cadre d’une identité moderne ». L’ambassadeur de France Denis Pietton a rappelé le soutien de son pays à l’unité du Liban, sa stabilité, sa souveraineté et son indépendance. « Cette mission ne peut être menée à terme que si les droits fondamentaux sont respectés et si l’égalité juridique, sociale et économique entre les femmes et les hommes libanais est pleinement reconnue », a-t-il ajouté. Enfin, Nadine Abou Zaki, fondatrice et présidente exécutive du Forum de la femme arabe, a annoncé qu’une marche aura lieu aujourd’hui pour réclamer les droits de la femme, sous le titre de « Sawa Sawa ». Le forum est organisé par le groupe « al-Iktissad wal-Aamal » et le magazine al-Hasna’.
« Et maintenant on va où ? »
La première session de cette cinquième édition de NAWF a été consacrée à la période qui a suivi le printemps arabe. Nabila Hamza, fondatrice et présidente de la Foundation for the Future (FFF – Fondation pour l’avenir), a rendu hommage à la femme arabe qui a été dans les premiers rangs de ces révolutions dans des pays comme le Yémen, la Tunisie, l’Égypte, la Libye et la Syrie, « rompant ainsi avec les traditions ». Mais cette année écoulée n’a pas été sans susciter des sentiments contradictoires, notamment chez la femme, a-t-elle estimé. Elle a expliqué dans ce cadre que la femme se sentait parfois optimiste « parce qu’elle espérait vraiment un changement qui mettrait un terme à l’injustice et l’inégalité des sexes », et à « une vraie consécration de l’État de droit ». « La femme ressent la déception, parce que la révolution a été confisquée, a ajouté Nabila Hamza. Et c’est la femme arabe qui a payé le prix fort, parce que nous constatons une nette régression des droits mitigés que la femme a acquis. »
Pour Bothaina Kamel, militante égyptienne, présentatrice de nouvelles télévisées et candidate aux prochaines élections présidentielles, « la révolution en Égypte vient de commencer ». « Jusqu’à présent, notre révolution n’a réussi à réaliser aucune revendication, ni la dignité ni l’équité sociale, a-t-elle poursuivi. Toutes les forces émergentes qui ont appelé et participé à la révolution n’ont rien acquis à ce jour. Et cela s’applique tant à la femme qu’aux jeunes. » Bothaina Kamel a ainsi indiqué qu’en Égypte des procès militaires sont intentés contre les civils et les femmes sont victimes d’agression et de violence.
Quant à Farida Allaghi, activiste libyenne en faveur des droits de l’homme et experte dans le développement humain, elle a affirmé qu’il est encore tôt de juger l’impact des révolutions. « Comment peut-on, en Libye, après quarante-deux années d’injustice, de peur, de violence, de pauvreté, etc. s’attendre à tout changer en l’espace d’un jour ? » s’est demandé cette femme qui confie avoir milité quarante ans durant contre le régime dictatorial libyen, « mais en dehors de son pays ». « Il est impossible de simplifier la révolution et de dire qu’elle bouleversera les critères de pensée, de culture et d’éducation qui sont ancrés depuis plusieurs décennies en peu de temps », a-t-elle ajouté.
Moussa Wehbé, professeur de philosophie et consultant au magazine al-Hasna’, a enfin souligné que le fossé qui existe entre la rue et l’élite est dû « à l’élite elle-même ». « Les élites sont des êtres qui se mettent au service de pouvoirs en exercice ou futurs, a-t-il constaté. Ce sont des suiveurs. C’est la raison pour laquelle la rue est plus efficace. Si l’élite veut être efficace, elle doit être en relation avec la rue. »
Est-Ouest : deux visions qui se croisent
L’une des sessions a été consacrée aux changements survenus en Occident au niveau de l’image du monde arabe, et de la femme arabe en particulier. La philosophe et historienne française Geneviève Fraisse a noté les commentaires formulés en France sur les femmes arabes, considérées comme combatives et courageuses face au risque. Mais, selon elle, cela n’est pas toujours suffisant, il leur faut des circonstances favorables pour récolter les fruits de leurs efforts après l’étape révolutionnaire. La journaliste Arwa Damon, correspondante de CNN à Beyrouth, a beaucoup insisté sur l’héroïsme de la femme syrienne au cours des troubles actuels dans ce pays. L’une d’elles lui a dit : « Si les hommes croient qu’ils peuvent mener cette révolution sans nous et qu’ils nous laisseront de côté après la fin du soulèvement, ils se trompent beaucoup. »
La journaliste Octavia Nasr a exprimé sa conviction que l’Occident a perçu une image de la femme arabe radicalement différente de celle qu’il en avait auparavant. « Il a compris que sa lutte est une question d’humanité et de droit à l’existence », a-t-elle ajouté. François Zabbal, de l’Institut du monde arabe à Paris, a souligné la propension des commentateurs à déplorer l’effet des révolutions arabes, qu’ils jugent par ailleurs favorablement, sur les droits des femmes. « Or il n’y a pas un seul modèle de démocratie, les pays arabes mettent en place quelque chose de spécifique qui devra se développer avec le temps », a-t-il dit.
Le moment fort de cette session a été la projection, par la militante afghane Malalai Joya, de photos de femmes mutilées, brûlées, torturées, d’enfants violées. « L’Afghanistan reste l’un des pires endroits sur terre pour les femmes », a-t-elle affirmé, renvoyant dos à dos les talibans, les chefs de guerre fondamentalistes et l’occupation américaine. Elle a cependant souligné que les révolutions arabes et le rôle qu’y ont pris les femmes ont insufflé un vent d’espoir à leurs consœurs afghanes.
Médias sociaux ou traditionnels ?
Une autre session a porté sur le rôle des médias sociaux dans les révolutions. Le débat s’est étendu au public. Alors que Mariam el-Bassam, rédactrice en chef des informations à la New TV, a vivement défendu le rôle prépondérant des médias traditionnels, qui deviennent de véritables fers de lance au cours des révolutions actuelles, Nadia el-Sakkaf, journaliste yéménite, et Lamees Dhaif, journaliste bahreïnie en exil, ont fait valoir le fait que des sites tels que Twitter et Facebook sont de réels exutoires pour des populations en mal de liberté. Le débat houleux qui a suivi a porté sur le degré d’indépendance des médias traditionnels et le degré de fiabilité des nouveaux médias. Enfin, Leila Serhan, directrice de Microsoft Liban, a souligné que malgré les risques rencontrés sur Internet – comme les fausses identités –, il fallait se diriger sans peur vers les nouvelles technologies.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
(Suite)Au Liban, pour parvenir à un tel consensus, il faudrait commencer par instaurer un dialogue entre tous les partis politiques et tous les individus. Non pas le dialogue entre « zaims » tel qu’il a été conçu ces dernières années, mais un dialogue populaire productif qui soit accompagne d’une étude approfondie du système actuel et des modifications qu’il faudrait y apporter pour satisfaire la majorité des citoyens. Et c’est la qu’intervient le projet de « planification participative » a travers lequel tous les citoyens, sans exception, seraient, non seulement autorises, mais invites à prendre part a la construction du plan national. Les aspects préliminaires d’un tel projet ont été évoqués dans mon récent article, « Un plan pour accéder au développement durable », voir l’OLJ du 30 et 31 janvier. Naturellement beaucoup reste à faire pour peaufiner un tel projet. L’essentiel demeure dans l’acceptation du principe que le contribuable a le droit sinon le devoir de décider, en fin de compte, comment sera dépense son argent. Une fois ce principe compris et accepte les Libanais devraient être invites à se mettre au travail pour bâtir ensemble le PLAN, un travail qui risque de prendre entre six mois et un an. .
10 h 23, le 03 février 2012