Une immense banderole frappée des mots « Poutine, va-t-en ! » a été déployée hier sur un toit faisant face au Kremlin. La banderole comportait également un grand portrait de Vladimir Poutine, le visage barré d’une croix. Cette affiche, qui portait le logo du mouvement d’opposition Solidarité, est à ce jour l’une des manifestations les plus marquantes d’hostilité à M. Poutine aux abords du Kremlin. Denis Sinyakov/Reuters
Pour l’analyste Nikolaï Petrov, M. Poutine cherche, en évoquant la possibilité d’un deuxième tour, à convaincre les Russes que l’élection ne sera pas entachée par des fraudes. « Il ne veut pas d’un deuxième tour, et je ne pense pas qu’il y en aura un. Mais il veut que les gens pensent qu’il s’agit d’une vraie élection, que les choses n’ont pas été déterminées à l’avance », estime ce politologue du centre Carnegie de Moscou. Selon un sondage du centre Levada, proche de l’opposition, seuls 49 % des Russes considèrent que la présidentielle sera dans l’ensemble « honnête ». À l’inverse, 28 % des personnes interrogées estiment que le scrutin sera « malhonnête » ou « plutôt malhonnête », tandis que 23 % se disent sans opinion.
En attendant, M. Poutine a assuré qu’il ne s’accrocherait pas au pouvoir s’il devait perdre un jour le soutien des Russes. « Je ne veux pas, et je ne vais pas travailler s’il n’y a pas de soutien (de la population), ça n’aurait aucun sens. Dans ce cas-là, il faudra que d’autres essayent de faire mieux », a-t-il dit. Alors que M. Poutine s’exprimait, des opposants ont déployé sur un toit faisant face au Kremlin une immense banderole frappée des mots « Poutine, va-t-en ! » La police est intervenue pour retirer cette banderole et a ouvert une enquête.
Igor et Rina
La Russie connaît une vague de contestation sans précédent depuis l’avènement à la tête du pays, en 2000, de M. Poutine. Elle a été déclenchée par les législatives de décembre dernier, marquées par des fraudes selon l’opposition et des observateurs russes et étrangers. Des dizaines de milliers de Russes ont manifesté à Moscou à deux reprises en décembre et prévoient de défiler de nouveau samedi dans la capitale. Igor, copropriétaire d’une petite entreprise, et Rina, étudiante en journalisme, sont impatients de manifester samedi, à l’image de tous ces jeunes Russes décidés à se faire entendre. Katerina, surnommée Rina par ses amis, n’hésite pas à 19 ans à rester des heures dans le froid par -10 degrés pour distribuer aux passants des rubans blancs, symbole de la contestation contre M. Poutine. Réunis et organisés via les réseaux sociaux, issus de la classe moyenne qui a su profiter des années de stabilité économique sous Vladimir Poutine, la plupart de ces jeunes n’avaient absolument pas pour habitude de manifester. Pour illustrer ce phénomène, la presse russe parle même de l’éveil des « plantons de bureau », une expression curieuse qui désigne ces jeunes jusqu’à présent très actifs dans leur vie professionnelle mais passifs dans les activités citoyennes. À 34 ans, Igor a participé pour la première fois à une manifestation le 10 décembre. Outre les fraudes, ce qui a réveillé son activisme citoyen, c’est également le retour annoncé au Kremlin de M. Poutine, qui pourrait théoriquement rester au pouvoir 12 ans s’il est réélu. « Dans 12 ans, ce sera la fin de notre pays. J’aurai alors 46 ans. Cela veut dire que j’aurai vécu la partie la plus active de ma vie dans un État totalitaire. Je ne le veux pas. Je suis prêt à agir contre cela », explique-t-il.
(Source : agences)


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