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Culture

Le TAM s’oriente vers les jeunes, sous la direction artistique de Nagy Souraty

Rencontre Il n’a pas fait du théâtre sa vocation : il en a façonné sa vie. Metteur en scène, acteur, dramaturge et professeur d’arts dramatiques, Nagy Souraty endosse aujourd’hui en énième rôle, celui de directeur artistique de Masrah al-Madina (TAM).
31/01/2012
Nagy Souraty gravite autour de Masrah al-Madina depuis plus d’une quinzaine d’années. Lorsque, en 1996, Nidal el-Achkar lui avait proposé d’intégrer l’équipe du théâtre, le jeune homme, quoique flatté, avait poliment refusé. «Mais nous allons nous disputer», avait-il alors protesté mi-figue, mi-raisin, voyant bien que deux esprits similairement irréductibles et carrés ne pouvaient cohabiter sereinement à long terme. «Qu’à cela ne tienne: bataillons-nous», avait alors rétorqué la grande dame. Mais Souraty s’envole pour Londres faire son masters of arts en mise en scène et études théâtrales à la Royal Holloway-University of London, diplôme qu’il obtient en 1998. À son retour, les premières pièces qu’il met en scène, Histoires à lire debout (1999) de Jean-Paul Alègre, puis Kateh Wassel (2000) de et avec Rafic Ali Ahmad et l’Accent impur de Richard Millet, sont présentées sur les planches de l’institution théâtrale rue Clemenceau.
Les années ont passé, le TAM a déménagé pour s’installer à Hamra, dans les anciens locaux rénovés de l’ancien cinéma Saroulla. L’emploi du temps de Souraty étant trop chargé, il assumait les fonctions de conseiller artistique au Madina et de membre du conseil de direction. En 2008, il monte sur les planches «madiniennes» pour jouer sous la direction de Achkar dans la mise en scène de Qu’elle aille au diable Meryl Streep de Rachid el-Daif.
Devenu électron libre après son départ de la Lebanese American University en 2011, un départ forcé, mais aussi hautement controversé, il devient aujourd’hui un des nucléus du Madina, Mona Knio à la direction administrative et lui au volet artistique. Chapeautés, bien évidemment, par la directrice Nidal el-Achkar qui s’attelle, du coup, à la création d’un nouveau spectacle intitulé Chourouk, coécrit avec Issa Makhlouf. Et qui devrait être présenté à Marseille à l’occasion des célébrations accompagnant la nomination de cette ville «capitale culturelle de la Méditerranée».
Aujourd’hui, un défi de plus vient donc s’inscrire au tableau de chasse de ce perfectionniste qui reste par ailleurs coordonnateur de l’enseignement artistique et responsable des options «théâtre» et «audiovisuel» pour le bac français (options mises en place par lui-même au Liban en 1992) au Collège protestant français. Il se consacre également à l’animation d’ateliers de théâtre – il a participé à de nombreux stages, festivals et résidences d’artistes (Londres, Avignon, Beyrouth, Tunis, Damas, Caen, Vienne...) – au Madina même.
«Depuis mai 2011, date de l’enregistrement au ministère de l’Intérieur de Agonistik for Performing Arts (voir encadré), nous avons organisé une dizaine de stages de formation, dont certains en collaboration avec d’autres ONG au Liban, en Jordanie et au Koweït: ATTC (Arab Training Theatre Centre), Injaz Lebanon, Loyac (Lothan Youth Achievement Centre). Le jeu, les masques, le yoga, la capoeira resteront au programme. Nous aurons aussi des stages de lumière et de son, d’économat et de production. Le théâtre d’ombres, les marionnettes, la thérapie par le théâtre seront aussi intégrés au jeu avec d’autres arts», indique Souraty qui dirige également des cours d’arts dramatiques à l’École Ghassan Yammine.
Après avoir exploité sur scène des textes de Sartre, Pirandello, Kafka, Shaffer et Camus; depuis 1998, il n’a travaillé que des textes d’auteurs vivants: Etel Adnan, Philippe Ducros, Richard Millet, David Rudkin, Timberlake Wertenbaker, Mohammad Kacimi, Michel Azama, Jean-Paul Alègre, Nasri el-Sayegh... et cela dans le cadre de créations collectives, Souraty a vu son «Théâtre expérimental» a priori institutionnalisé. Il est reconnu comme étant le Théâtre du précipice (Theatre of the Edge).
Celui qui met en scène la rencontre entre la parole et le corps affirme tenir à la politique d’ouverture du théâtre aux jeunes. «Je crois en cette énergie de jeunes, au renouveau qu’ils peuvent apporter. On se doit de les pousser, de leur donner la chance. Cette ouverture aux jeunes est faite à tous les niveaux. Le Madina leur propose par exemple une aide à la production, en baissant le prix de la salle de moitié et en entrant dans un pourcentage du guichet.»
Souraty compte également raviver les salles du théâtre: celle du petit Metro al-Madina a été confiée à une équipe de jeunes talentueux. Mais aussi les salles Noha el-Radi (comme espace d’exposition ou de performance) et Saadallah Wannous, normalement utilisée pour les répétitions.
Au programme de l’année 2012, alors? «À part les constantes comme les festivals Docu Days et Bipod, le Madina voudrait acquérir une nouvelle dimension, celle de centre de formation. De nombreux stages de formation se déroulent ici, que ce soit avec Agonistik for Performing Arts ou avec d’autres partenaires comme l’ACTC ou encore Lucien Bou Rjeily et Hadi Tabbal », indique-t-il.
Le Madina s’ouvre également aux productions pour très jeune public. «Depuis deux ans, nous sommes en collaboration avec un théâtre en Suède pour soutenir ce volet de notre programmation qui vise à créer une troupe de Masrah al-Madina pour les jeunes.» À signaler qu’actuellement, tous les samedis, Khouloud Nasser présente un spectacle musical de marionnettes intitulé Min a Raso Riché.
Également à l’affiche, à partir du jeudi 2 février, Al-Dictateur, une pièce de Issam Mahfouz, mise en scène par Lina Abyad, avec Aïda Sabra et Julia Kassar.
Nagy Souraty parle également d’un festival de théâtre universitaire pour l’été 2012. «Cette année, il sera ouvert aux productions des universités locales. Mais l’année prochaine, il deviendra international. Il sera pris en charge par al-Madina en collaboration avec Agonistik for Performing Arts.»
«Mona Knio et moi sommes là pour soutenir une structure qui est bien rodée et qui fonctionne très bien», conclut le nouveau directeur artistique, en rendant un hommage aux préposés à la technique et à l’intendance des lieux.
Et rien de mieux, pour cet esprit qui aime frôler les abîmes, que d’emprunter des voies inexplorées, d’avancer dans l’incertitude de son propre chemin, en empruntant un univers dramaturgique pas souvent visité. Et il travaille évidemment à une nouvelle pièce de son cru. Dans laquelle il cherchera à éliminer, à son habitude, les pistes anciennes – trop connues, trop confortables. Après les tempêtes, le beau temps?

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