Le Premier ministre britannique a vivement critiqué hier à Davos le projet franco-allemand de taxe sur les transactions financières et fustigé le retard de productivité de l’Union européenne. Fabrice Coffrini/AFP
Défendre cette taxe est « tout simplement de la folie » au moment où l’Europe cherche à renforcer sa croissance, a-t-il lancé dans un discours devant un parterre d’hommes d’affaires et de responsables politiques à l’occasion du 42e Forum économique mondial. Et il en veut pour preuve les estimations faites par la Commission européenne elle-même, dans le cas, improbable compte tenu de l’opposition britannique, où cette taxe devait un jour entrer en vigueur dans l’Union européenne.
Selon le Premier ministre britannique, la Commission européenne a estimé à 500 000 le nombre d’emplois perdus, à quelque 200 milliards de dollars la réduction du Produit intérieur brut (PIB) pour l’Union européenne, et jugé que cette taxe pourrait contraindre quelque 90 % d’opérateurs sur certains marchés financiers à quitter l’UE. « On ne peut pas continuer comme cela », a-t-il lancé, appelant les Européens à faire preuve « d’audace » comme la Grande-Bretagne a su le faire. « En prenant des décisions audacieuses pour en finir avec sa dette, la Grande-Bretagne a démontré qu’il était possible de regagner crédibilité auprès des marchés », a assuré M. Cameron. La situation en Europe est certes « un petit peu meilleure que l’année dernière, mais les choses ne sont pas réglées », a-t-il expliqué. « Dans ces conditions, la zone euro doit impérativement prendre des décisions rapides pour sortir de la crise, en allant beaucoup plus loin dans son intégration économique et financière », a-t-il expliqué.
« Je ne suis pas de ces personnes qui pensent que les monnaies uniques ne peuvent jamais marcher. Regardez l’Amérique ou le Royaume-Uni. Mais il y a un certain nombre de caractéristiques communes à toutes les unions monétaires réussies », a-t-il poursuivi. Et de citer, une banque centrale commune qui se tienne solidement derrière le système financier et monétaire, « l’intégration économique la plus profonde possible avec la flexibilité nécessaire pour absorber les chocs économiques », mais aussi un « système de transferts budgétaires » et des euro-obligations afin de « faire face aux tensions et déséquilibres entre les différents pays composant l’Union ». Malheureusement, a-t-il assuré, ce n’est pas que la zone euro n’ait pas toutes ces caractéristiques, « c’est qu’elle n’a pas vraiment une seule d’entre elles ». « Je ne prétends pas que ce soit facile. Ce sont des étapes radicales, des mesures difficiles pour chaque pays », a reconnu M. Cameron.
« Sachant combien elles sont nécessaires mais combien elles sont difficiles, la Grande-Bretagne n’a pas rejoint la zone euro », a-t-il expliqué, soulignant toutefois que son pays voulait le « succès » de l’Europe. « La Grande-Bretagne est membre de l’Union européenne. Pas par défaut mais par choix », a affirmé le Premier ministre britannique. « Que les choses soient claires, nous voulons le succès de l’Europe », pas seulement dans le domaine économique, mais aussi en tant que « force politique », a-t-il encore assuré.
Par ailleurs, des dirigeants politiques européens ont estimé hier que le manque de discipline de certains États membres, et non l’Union européenne elle-même, est à l’origine de la crise. « Le cœur du problème n’est pas l’Europe, c’est le manque de discipline des États membres européens », a ainsi affirmé le Premier ministre danois, Helle Thorning-Schmidt, au Forum économique mondial (WEF). Le Danemark assure actuellement la présidence tournante de l’Union européenne. « Il est très facile de blâmer l’Europe (et) nos manières de faire. En temps de crise, il faut se reposer sur nos institutions au lieu d’être contrarié par nos institutions », a-t-elle souligné lors d’une table ronde. Selon la chef du gouvernement danois, « nous ferons tout notre possible pour remettre l’Europe sur les rails, pour avoir la discipline nécessaire, créer plus de croissance et d’emplois ».
Le manque de confiance dans l’Europe est par ailleurs au centre de la crise économique que traverse la zone euro. « La crise européenne est principalement une crise de confiance », notamment dans la situation économique, a ajouté le président polonais Bronislaw Komorowski, insistant sur le fait qu’il était primordial de rétablir la situation. La confiance des marchés, des décideurs politiques et des citoyens est cependant en train de revenir, a estimé le Premier ministre irlandais Enda Kenny.
Le chef du gouvernement finlandais Jyrki Katainen a pour sa part appelé à appliquer les réformes nécessaires pour sortir de la crise, l’une des plus dures depuis la Seconde Guerre mondiale.
(Source : AFP)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine