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Liban - Anthropologie

Ce ne sont pas les cultures, mais les individus qui se rencontrent

Le titre de la conférence de Denys Cuche à l’USJ, « Éloge de la marginalité », dit bien ce qu’il dit. La « marginalité » est souvent un élément de créativité et un facteur de changement.

Le professeur Denys Cuche.

Fidèle à sa vocation de développer la recherche sur l’entrecroisement des cultures dans le monde, les phénomènes d’acculturation et les conflits d’identité, le multiculturalisme et la citoyenneté, la chaire Louis- D. – Institut de France d’anthropologie interculturelle de l’USJ a offert lundi au Pr Denys Cuche l’occasion de parler à un auditoire choisi de la marginalité, dans une conférence intitulée « Éloge de la marginalité culturelle ».
Denys Cuche est vice-doyen de la faculté des sciences humaines et sociales de l’université Paris-Descartes, spécialiste des sociétés et des cultures de l’Amérique latine. Après s’être intéressé à la population noire du Pérou, constituée par les descendants d’esclaves africains, il étudie depuis plusieurs années les immigrants proche-orientaux et leurs descendants, présents en Amérique latine depuis le dernier quart du XIXe siècle, qui sont originaires principalement du Liban et de la Palestine.
Pour Denys Cuche, qui se situe dans le prolongement théorique de l’anthropologue Roger Bastide, la marginalité n’est pas une malédiction, mais presque un atout. Définissant la marginalité, Cuche en parle comme de la situation particulière d’un homme venu d’une culture et s’installant dans une autre, et vivant désormais ni dans l’une ni dans l’autre, mais dans un espace qui relève des deux, sans relever complètement ni de la culture d’origine ni de la culture d’accueil. C’est la situation type de « l’étranger ».
Or, si certaines écoles ont dramatisé cette situation, en se concentrant sur le « malaise » créé par cette double identité, Cuche, à la suite de Bastide, estime, au contraire, que la marginalité ainsi créée est une espèce d’atout, un observatoire à partir duquel la personne peut innover aussi bien dans sa culture d’origine que dans sa culture d’accueil. En quelque sorte, les marginaux sont des « créatifs », des agents de changement social ; ils sont à l’origine d’une troisième culture métisse qui réunit les atouts des deux autres.
Répondant aux questions du public, Cuche a donné le fascinant exemple d’un Péruvien d’ascendance libanaise, parfaitement intégré à sa patrie, « Péruvien à 100 %, ne parlant pas un traître mot d’arabe », mais attaché à son identité libanaise plus fortement encore qu’un paysan à sa terre.
Cette observation n’est pas rare. La Fondation maronite dans le monde, qui cherche à relier les expatriés libanais à leur patrie d’origine, en fait souvent l’expérience, aussi bien en Amérique du Nord que du Sud. À la base de cette tension créatrice entre deux identités, dont l’une est apparemment complètement effacée, il y a la conscience de la différence comme avantage, et l’appropriation culturelle d’un héritage dont la perte est vécue comme appauvrissement, ou encore comme nivellement culturel indésirable, dans une société où l’appartenance communautaire est valorisée. Il y a aussi, comme dit Cuche, « la conscience que l’homme le plus civilisé est l’individu au plus large horizon ». Le « déracinement » marquant le statut « d’étranger » n’est pas vécu comme un drame, mais comme étant « le propre de l’homme marqué par la mobilité et la liberté ».
On est loin, on le voit, de conflit des civilisations de Samuel Huntington. Encore que la marginalité sociale et culturelle peut devenir conflictuelle et source de drames, voire de violence, quand les deux cultures qui se rencontrent comprennent des éléments réfractaires à toute synthèse, et que le phénomène d’acculturation (ou encore la faculté d’adaptation des individus) se heurte aux préjugés raciaux ou religieux des cultures qui se rencontrent.
Le temps a manqué au professeur Cuche d’exposer toutes les problématiques soulevées par son éloge de la marginalité. Mais une fois de plus, la pertinence des thèmes abordés par la chaire Louis-D. se confirme, notamment pour les Libanais qui, comme les caméléons, prennent la couleur de la culture du pays où ils se trouvent, tout en restant eux-mêmes. Une confirmation supplémentaire de ce que pensait Roger Bastide : « Ce ne sont pas les cultures qui se rencontrent, mais les individus. »
Fidèle à sa vocation de développer la recherche sur l’entrecroisement des cultures dans le monde, les phénomènes d’acculturation et les conflits d’identité, le multiculturalisme et la citoyenneté, la chaire Louis- D. – Institut de France d’anthropologie interculturelle de l’USJ a offert lundi au Pr Denys Cuche l’occasion de parler à un auditoire choisi de la marginalité, dans une conférence intitulée « Éloge de la marginalité culturelle ».Denys Cuche est vice-doyen de la faculté des sciences humaines et sociales de l’université Paris-Descartes, spécialiste des sociétés et des cultures de l’Amérique latine. Après s’être intéressé à la population noire du Pérou, constituée par les descendants d’esclaves africains, il étudie depuis plusieurs années les immigrants proche-orientaux et...
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