Rechercher
Rechercher

Liban - Salaires

Les acteurs jouent la dédramatisation politique

Ambiance détendue lors de la réunion des partenaires sociaux chez le général Aoun, à Rabieh. De gauche à droite, le chef du CPL, le président de la CGTL, Ghassan Ghosn, le député Ibrahim Kanaan et le doyen des industriels, Jacques Sarraf. Photo Charbel Nakhoul

Il paraissait clair, hier soir, que l’impasse à laquelle était parvenue la question épineuse du réajustement des salaires était encore loin de pouvoir trouver une issue dans les heures à venir. Voilà pourquoi on ne s’attendait pas, de l’aveu même du Premier ministre, à ce que ce dossier soit traité au cours de la séance du Conseil des ministres prévu aujourd’hui mardi.
Mais les développements survenus hier sur ce plan et les prises de position des différents protagonistes, politiques et sociaux, donnent à penser qu’un processus d’arrondissement des angles a été entamé et qu’il pourrait mener à une solution dès la semaine prochaine.
Encore faut-il noter que ce processus est extrêmement délicat, non point pour des raisons intrinsèques au dossier, puisqu’il existe depuis le 21 décembre un accord en bonne et due forme entre les partenaires sociaux, mais pour des causes éminemment politiques ou plutôt, pour être plus précis, politiciennes.
Ainsi, le député Sélim Salhab, membre du bloc du Changement et de la Réforme, résumait hier en quelque sorte la situation en affirmant qu’il ne pouvait y avoir d’accord sur une politique des salaires « sans la connaissance du ministre du Travail (Charbel Nahas) et son aval ».
« Je pense qu’il y aura un accord entre le mécanisme du ministre Nahas et celui convenu entre la CGTL et le patronat », ajoutait néanmoins M. Salhab.
En termes clairs, ces propos signifient que le problème, contrairement à ce qui avait été avancé précédemment, ne réside pas dans les différences à caractère social entre la teneur des projets avancés par M. Nahas et celle de l’accord conclu entre les partenaires sociaux, mais qu’il se trouve plutôt dans la volonté d’affirmation des prérogatives du ministre par rapport à celles du chef du gouvernement, principal parrain de l’accord en question.
Or sur ce plan, des signes de bonne volonté ont été donnés hier à la fois à partir de Rabieh et du Grand Sérail. Ce n’est certes pas trop tôt pour ce faire après plusieurs semaines, voire des mois, d’un combat titanesque à rebondissements multiples entre les deux parties sur ce dossier comme sur d’autres.
Cette bonne volonté, les partenaires sociaux en ont pris acte hier lors d’entretiens menés par une délégation commune patronat-CGTL à Rabieh d’abord, avec le général Michel Aoun, puis au Grand Sérail avec le chef du gouvernement, Nagib Mikati. Tout en étant conscients des enjeux politiques et de la fragilité du processus enclenché, ils ont décidé d’accorder une chance à ce climat « positif » rencontré ici et là, comme l’a souligné pour L’Orient-Le Jour le président de l’Association des commerçants de Beyrouth, Nicolas Chammas, qui a pris part aux deux réunions.
Pour M. Chammas, l’accord entre les partenaires sociaux « a une force morale que nul ne peut arrêter ». Mais dans le même temps, il reconnaît que cet accord est « économique, mais pas encore légal », alors que la toute dernière mouture du ministre du Travail, négociée avec le Conseil d’État, est selon lui « légale, mais pas économique ».
Pourquoi légale ? Parce que cette fois-ci, au contraire des précédentes approches, M. Nahas a pris soin d’en exclure le point qui avait suscité la principale opposition du Conseil d’État, à savoir la définition et l’inclusion de l’indemnité au titre des transports.
Il reste que M. Nahas propose toujours un salaire minimal à 800 000 LL, alors qu’en vertu de l’accord conclu le 21 décembre, le smic est fixé à 675 000 LL. Pour M. Chammas, le relèvement défendu par le ministre est inacceptable car trop élevé pour le patronat, mais aussi parce qu’il aurait également des effets pervers sur la population à revenu modeste, dans la mesure où il se répercuterait automatiquement sur les niveaux des loyers résidentiels et des baux commerciaux anciens, lesquels sont, en effet, indexés en partie au salaire minimal.
Interrogé sur l’absence du ministre du Travail lors des entretiens de Rabieh et du Sérail, M. Chammas y a vu « peut-être un signe d’ouverture ». Toujours est-il que le général Aoun a renvoyé ses interlocuteurs devant M. Nahas et le Conseil d’État, soulignant, dans une déclaration à l’issue des discussions, être convenu avec eux de la nécessité de parvenir à une entente avec le ministre du Travail et la haute cour administrative, « car il existe des explications divergentes de la loi ».
La délégation, comprenant aussi notamment le président de la CGTL, Ghassan Ghosn, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Beyrouth, Mohammad Choucair, et celui de l’Association des industriels, Nehmat Frem, a été reçue par la suite par M. Mikati, qui a noté que les partenaires sociaux demeurent « attachés » à l’accord du 21 décembre, conclu à Baabda.
Interrogé par la presse, M. Mikati a néanmoins fait savoir qu’il voulait « retirer ce dossier du domaine des tiraillements politiques ». « Par conséquent, il me faut préparer un climat opportun pour son succès avant de le soumettre en Conseil des ministres. C’est pour cela que je ne suis pas certain qu’il sera abordé demain (aujourd’hui) lors de la réunion du gouvernement », a-t-il dit.
« Il ne s’agira pas de savoir qui aura gagné et qui aura perdu dans cette affaire. L’essentiel est de parvenir à l’objectif que nous voulons, qui est de tourner la page des salaires, avec l’aval du patronat et de la CGTL. Et nous y parviendrons par l’entente », a-t-il souligné.
Il paraissait clair, hier soir, que l’impasse à laquelle était parvenue la question épineuse du réajustement des salaires était encore loin de pouvoir trouver une issue dans les heures à venir. Voilà pourquoi on ne s’attendait pas, de l’aveu même du Premier ministre, à ce que ce dossier soit traité au cours de la séance du Conseil des ministres prévu aujourd’hui mardi.Mais les développements survenus hier sur ce plan et les prises de position des différents protagonistes, politiques et sociaux, donnent à penser qu’un processus d’arrondissement des angles a été entamé et qu’il pourrait mener à une solution dès la semaine prochaine.Encore faut-il noter que ce processus est extrêmement délicat, non point pour des raisons intrinsèques au dossier, puisqu’il existe depuis le 21 décembre un accord en...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut