Les parlementaires allemands commencent à regretter d’avoir choisi en 2010 pour la fonction suprême Christian Wulff plutôt que Joachim Gauck, un digne pasteur originaire de l’Est, par ailleurs grand défenseur des droits de l’homme. À 52 ans, l’actuel président n’a été élu qu’au troisième tour, à la suite d’interminables conciliabules et un intense lobbying d’Angela Merkel. Une victoire boomerang sur laquelle elle doit réfléchir maintenant. Dix-huit mois auparavant, la chancelière avait affronté une minicrise due à la défection, à mi-mandat, du chef de l’État de l’époque,Horst Köhler, soupçonné de militarisme après des propos favorables à l’intervention armée en Afghanistan pour la défense des intérêts économiques de son pays.
Le cas de Wulff est plus grave. Alors qu’il dirigeait le land de Basse-Saxe, il avait obtenu en 2008 d’un couple de riches entrepreneurs un prêt de 500 000 euros, à des conditions avantageuses. Ce sont les dessous de l’affaire que le tabloïd Bild (12 millions de lecteurs) se proposait de révéler quand son rédacteur en chef reçut sur son portable un message de l’intéressé, en tournée dans le Golfe, le menaçant de poursuites devant les tribunaux. Cette semaine, le tout-puissant groupe Springer, auquel appartient le journal, a fait donner la grosse caisse, son autre fleuron, le Die Welt, rappelant qu’en juin, un de ses journalistes avait été convoqué au château Bellevue, la résidence officielle du président, lequel avait exigé le retrait d’un article relatif à ses rapports difficiles avec l’une de ses sœurs.
Au début de l’année dernière, le très glamour ministre de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg, avait été poussé à la démission, convaincu d’avoir copié des passages entiers pour sa thèse de docteur en droit. Hier, c’était au tour de la chef de file des libéraux au Parlement européen, Silvana Koch-Mehrin, d’être accusée de larges emprunts pour sa thèse universitaire.
Ce ne sont pas là les scandales du siècle, il s’en faut, dans un univers politique où les faux pas et les erreurs de jugement ont toujours été monnaie courante. À cela près que, de nos jours, la presse se montre plus incisive, les adversaires moins enclins à l’indulgence, pressés qu’ils sont par une opinion publique qui ne cesse de leur réclamer des comptes et surtout par des électeurs désireux de connaître la destination des deniers provenant de leurs impôts, particulièrement soucieux, qui plus est, de la moralité de leurs dirigeants, tenus d’être au-dessus de tout soupçon.
On connaît en Angleterre, en France, aux États-Unis et ailleurs, un nombre incalculable d’affaires de corruption et de scandales sexuels. Qu’il s’agisse de Spiro Agnew, poussé à la démission, le 10 octobre 1973, de son poste de vice-président de Richard Nixon, plus récemment des parlementaires britanniques mélangeant argent du contribuable et fortune personnelle, du président de l’Assemblée nationale française André Le Troquer impliqué au tout début des années soixante dans des « ballets roses », de Silvio Berlusconi et ses parties (très peu) fines, du lancement raté de la fusée Dominique Strauss-Kahn, la liste pourrait paraître interminable. Elle n’est pas sur le point d’être close, malheureusement, tant est faible la chair et irrésistible l’appât du gain facile. À peine clos le dossier des emplois fictifs à la mairie de Paris, du temps de Jacques Chirac, que vient d’éclater le Karachigate, avec à la clé un ténébreux cas de commissions et de sous-commissions. On attend d’autres bombes en cette année multiélectorale. Pour les traditionnels vœux à la presse, le candidat centriste à la présidentielle François Bayrou s’est engagé à rétablir le moral de la France « parce que nous allons reconstruire la morale publique, la politique honnête ». Et François Hollande a eu droit à une volée de bois vert pour s’être mis à la place de Nicolas Sarkozy, lui faisant dire : « Je suis un sale mec. » C’est que, même dans une année de présidentielle, il existe des lignes rouges que l’on ne saurait franchir. Tenu en « off », le propos n’est pas excusable pour autant.
Sans doute serait-il cruel de rappeler ces quelques exemples dans une partie du monde où les hommes politiques ont tendance à se comporter en galopins turbulents – des termes plus sévères seraient mieux appropriés – et en donneurs de leçons dont ils devraient être les premiers bénéficiaires. Sans parler de toutes les fortunes, fruit d’une génération aussi spontanée que colossale et inexplicable. Ici, le service public a tôt fait de se transformer en « cash machine » au service de leaders soucieux de s’assurer une retraite dorée.
Au fait, ne dit-on pas que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même ? Et tant pis pour les autres...
Moyen Orient et Monde - Le Point
Le mauvais exemple allemand
OLJ / Par Christian Merville, le 05 janvier 2012 à 00h12


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