Ces violations manifestes du droit avaient auparavant suscité un tollé général et les inquiétudes de l’Occident. Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme s’est déclaré « très préoccupé ». Ces perquisitions ont « clairement eu pour but d’intimider les défenseurs des droits de l’homme, qui ont été critiques suite aux violations en Égypte, y compris lors de l’ancien régime ». Pour sa part, l’Union européenne avait appelé les autorités égyptiennes à laisser la société civile faire son travail en faveur de la transition démocratique du pays. La haute représentante de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, « a pris note avec beaucoup d’inquiétude » de cette information, ont précisé ses services dans un communiqué. « Cette démonstration ouverte de force à l’encontre des organisations de la société civile est particulièrement inquiétante car elle arrive en pleine transition de l’Égypte vers la démocratie », relève le communiqué.
La France avait appelé pour sa part les autorités égyptiennes de transition à respecter les engagements internationaux du pays en matière de protection des droits de l’homme. « La France est préoccupée par les perquisitions aux sièges de plusieurs organisations non gouvernementales en Égypte. De telles initiatives ne sont pas de nature à favoriser un climat serein, nécessaire à la réussite de la transition démocratique en cours », a déclaré Bernard Valéro, porte-parole du Quai d’Orsay. Les ONG, qui sont « amenées à jouer un rôle important dans toute démocratie, doivent pouvoir travailler sans entrave, de manière libre, indépendante et responsable, dans le respect de la législation égyptienne », a-t-il ajouté.
De son côté, le gouvernement allemand avait convoqué l’ambassadeur d’Égypte. « L’ambassadeur égyptien a été convoqué ce matin au ministère des Affaires étrangères. Nous lui avons très clairement fait part de notre vive préoccupation concernant la perquisition conduite hier (jeudi) au sein de la Fondation Konrad Adenauer », a déclaré le porte-parole du ministère, Andreas Peschke. « Nous lui avons dit qu’il était à nos yeux inacceptable de voir le travail de la fondation compliqué de cette manière », a-t-il ajouté. Cette perquisition est en contradiction avec l’accord passé entre les deux pays en août dernier en vue de développer la démocratie et l’émergence d’une société civile en Égypte, a rappelé M. Peschke. La fondation porte le nom du premier chancelier de la République fédérale d’Allemagne. Elle s’est spécialisée, depuis sa création dans les années 1950, dans l’analyse politique.
Pour les experts, ces perquisitions sont venues assombrir les promesses de démocratisation faites par l’armée, au pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak. Rabab al-Mahdi, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire, a estimé que les récentes violences commises contre des manifestants et les tentatives de réduire au silence les mouvements d’opposition sont « les indices d’une offensive déclarée contre les voix dissidentes ». « Les perquisitions contre les bureaux des ONG doivent être vues dans un contexte plus large et ne peuvent être isolées du reste », a-t-elle souligné. Ces dernières semaines, les autorités militaires ont annoncé avoir déjoué un plan pour brûler le Parlement et les médias officiels ont fait état d’un complot pour fomenter des troubles le 25 janvier, date du premier anniversaire du début de l’insurrection contre le régime Moubarak. « Ils diabolisent aussi tout ce qui est étranger dans le but d’instiller le nationalisme dans le pays », a ajouté Rabab al-Mahdi.
(Source : AFP)

