Les mains créent « l’original et le naturel ».
Promenade
Un tour dans le hall permet de découvrir un achalandage coloré, à la simplicité éloquente.
Serviettes veloutées sur lesquelles une artisane sereine aux yeux clairs coud instantanément le nom du client ; cadres et figurines en bois où se déploie la créativité fonctionnelle d’une institutrice en quête d’escapade ; bagues et bracelets reluisants qui font la fierté d’une jeune mère, colliers exotiques d’une retraitée avide de culture, et ses petites toiles, caressées par une mélancolie rêveuse ; chapelets émaillés d’un blessé de guerre, abrité depuis plusieurs années par l’association Arcenciel ; écharpes et cache-nez tricotés avec la digne affection d’une artisane, patiente et pieuse ; bougies agrémentées de couleurs festives ; plateaux gravés et figurines en terre cuite, imprégnés de la féminité, tranquille et retenue, de leur fabricante ; poteries animées par l’éclatante vigueur de leur jeune artiste peintre ; draperies minutieusement tissées par les mains de handicapés au nom desquels une religieuse dévouée participe à l’exposition... Autant de formes qui se tissent et d’histoires qui s’entremêlent, et auxquelles les passants ne restent pas insensibles.
Griefs partagés
Une jeune étudiante, pressée d’aller en cours, ne peut s’empêcher de s’arrêter au stand des bonnets en laine. Elle essaie quelques modèles, mais sans parvenir à se constituer une solide conviction d’achat. « Celui-ci va très bien à votre teint », lui confie Jenny, la tenante du stand, avec un sourire patient, qu’elle lui rend. Percevant l’hésitation de sa cliente, elle lui affirme, paisiblement, qu’elle n’est pas obligée d’acheter si elle n’en est pas convaincue. L’étudiante poursuit alors son chemin, en pensant au prix plus que raisonnable du bonnet qu’elle aurait pu acheter, ne serait-ce qu’en reconnaissance pour le travail respectable, et surtout l’attitude digne de l’artisane... « Nous sommes à même de comprendre les circonstances pécuniaires des étudiants, que nous traversons nous-mêmes », explique Jenny. La plupart des artisans du souk de Noël relèvent en effet « une baisse des ventes par rapport aux années précédentes, alors que les prix ne dépassent pas en moyenne les 15 000 livres libanaises ». Toutefois, ils ne sen plaignent pas. « L’USJ nous offre cet espace gratuitement, c’est déjà suffisant », estiment-ils, soulignant le fait que « cette exposition permet une interaction très intéressante avec les passants ». En effet, alors que certains tendent à percevoir l’artisanat comme un secteur désuet et « n’achètent que les produits des grands centres commerciaux, qui sont souvent les mêmes que les nôtres, mais à des prix multipliés », selon Jenny, beaucoup sont toujours attirés par les créations manuelles, reflet du patrimoine, mais aussi de la discipline de travail. Pour Cécile, étudiante blonde et vivace, « c’est original et naturel, je mettrai bien ce vase dans mon salon, pas vous ? »


Une délégation FL en tournée à Hasbaya et Marjeyoun en soutien aux habitants du Sud