La vie reprenait lentement son cours hier à Liège, en Belgique, où les habitants choqués avaient du mal à « digérer » la tuerie de mardi, vécue comme une tragédie. Nombreux sont ceux qui se sont rendus place Saint-Lambert pour rendre hommage aux victimes. Des bouquets, des peluches, des bougies et des petits mots ont été déposés à proximité des arrêts de bus et sur une palissade montée par les autorités. Philippe Huguen/AFP
Ce sentiment d’incompréhension est partagé par de nombreux habitants de Liège. « On a encore du mal à croire que c’est arrivé ici », confie Sabine, une collégienne revenue sur les lieux où elle a eu « très peur » en entendant les explosions provoquées par les trois grenades lancées par Nordine Amrani. Des bouquets, des peluches et des bougies ont été déposés devant les arrêts de bus où ont été tuées trois des quatre personnes dont cet homme a provoqué la mort, deux adolescents de 15 et 17 ans et un bébé de 17 mois que sa mère tenait dans ses bras. Le bilan a été revu à la baisse dans la nuit de mardi à mercredi : une femme de 75 ans ayant été donnée pour morte se trouve « toujours en soins » dans un état grave. Au total, cinq des 125 blessés recensés étaient toujours hier « dans un état critique ». La plupart d’entre eux sont des collégiens ou des lycéens qui attendaient le bus, après avoir passé des examens dans les établissements scolaires du centre-ville.
Juste après avoir lancé ses grenades et ouvert le feu sur la foule, Nordine Amrani s’est suicidé en se tirant « une balle en plein front », a indiqué la procureure de Liège, Danièle Reynders. Il n’a « laissé aucun message pour expliquer son geste », a-t-elle précisé. Les enquêteurs s’interrogent en outre sur les raisons pour lesquelles Amrani a tué une femme de 45 ans, la femme de ménage d’une voisine, dont le corps a été découvert dans un hangar attenant à son domicile, qu’il utilisait notamment « pour la culture de cannabis ». Avait-elle découvert quelque chose de compromettant ou l’a-t-elle croisé au mauvais moment ?
Cet homme, né à Bruxelles et orphelin très jeune, était loin d’être un inconnu pour la justice. « C’était un délinquant qui a connu des difficultés toute sa vie : le tribunal pour la jeunesse, le tribunal correctionnel, les cours d’appel, etc. » a résumé le procureur général. Selon son ancien avocat Abdelhadi Amrani, qui n’a aucun lien de parenté avec lui, Nordine Amrani a été « usé » par les différentes affaires judiciaires dans lesquelles il était impliqué et se sentait « harcelé » par les policiers. Son lourd casier judiciaire comprenait de nombreuses condamnations dans des affaires de stupéfiants, de recel et de mœurs. En 2007, une dizaine d’armes complètes et 9 500 pièces d’armement avaient été découvertes à son domicile. Amrani avait été libéré sous condition le 8 octobre 2010 après trois ans passés derrière les barreaux. Face aux interrogations du public, la justice a assuré hier que la loi, qui prévoit que la liberté conditionnelle peut être accordée lorsque les 2/3 de la peine ont été purgés, avait été appliquée.
Pour sa part, la ministre de l’Intérieur, Joëlle Milquet, a déclaré que ce drame relançait le débat sur la prolifération des armes. « Il y a énormément d’armes, notamment de guerre, qui circulent », s’est-elle alarmée, insistant sur la nécessité de lutter plus efficacement contre leur trafic dans les pays occidentaux.
Enfin, sur le plan des réactions internationales, le chef de la diplomatie française Alain Juppé a déclaré que la France est solidaire de la Belgique dans sa lutte contre la « criminalité aveugle et barbare ».
(Source : agences)


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