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Culture - Théâtre

L’absurde ne court pas les rues

Il faut saluer ceux qui osent encore le théâtre, qu’il soit amateur ou professionnel. David Kurani en fait partie, avec ses trois récentes créations au West Hall de l’AUB, choisies dans le répertoire du théâtre de l’absurde.

Une scène de « La cantatrice chauve ».

L’homme a réussi un coup de maître, avec une troupe d’étudiants où l’on voit percer de grands talents, ainsi que des costumes et des décors ingénieux de sa propre création. Le choix de Kurani s’est porté cette fois sur Tardieu, Beckett et Ionesco. Avec Eux seuls le savent, une très courte pièce, Tardieu réussit le tour de force de réaliser une pièce sans intrigue, complètement abstraite, ou trois personnages règlent entre eux un conflit dont les détails restent complètement mystérieux.
Suit la pièce de Beckett, Come and Go, écrite en anglais par le génie irlandais. Trois amies d’enfance assises sur le banc d’un jardin public, trois «fleurs fanées» qui échangent, deux à deux, mais quoi, on n’en saura rien, des secrets sur la troisième d’entre elles, absente un moment de la scène. Ballet énigmatique des allers et venues de l’existence, chaises musicales de l’insignifiance. La pièce est jouée avec une exceptionnelle maturité par Yasmina Saab, Natacha Maalouf et Viola Afara.
Tout le monde connaît le titre de la troisième pièce – de résistance – La cantatrice chauve. Curieux destin que celui de cette pièce mettant en scène deux couples, une bonne et un capitaine des pompiers dans un appartement très british.
En scène, Nasser Moukharech et Madelyn Magrublian, premier couple, Ralph Tannous et la talentueuse Nadia Hassan, deuxième couple, Ibrahim Husseini, en capitaine des pompiers, et Cynthia Saghir, en bonne anglaise.
Le titre reflète bien l’esprit de la pièce. Ionesco y a pensé lorsqu’il a essayé d’apprendre l’anglais par le biais de la méthode Assimil. Frappé par l’enchaînement de phrases sans rapport entre elles, il décide d’écrire une pièce absurde intitulée L’anglais sans peine. Ce n’est qu’après un lapsus, lors d’une répétition, que le titre de la pièce est fixé: l’acteur qui jouait le pompier devait parler, dans une très longue tirade, d’une institutrice blonde... et au lieu de dire «une institutrice blonde» a dit «une cantatrice chauve» qui devint le titre de cette pièce hilarante et sublime de non-sens.
Kurani a visé haut, mais juste. Ces trois pièces, jouées trois soirs de suite au West Hall, ont été appréciées par un public jeune assoiffé de cette chaleur humaine particulière au théâtre. Le rire était au rendez-vous, comme prévu. Ce n’est pas un hasard si, en parlant scène, la langue française parle du «jeu» des acteurs. Il y a une dimension ludique au théâtre qui n’existe absolument pas au cinéma, où la fin d’un film est suivie d’une sortie morne et anonyme d’un public que rien vraiment n’a rapproché, et qui est rendu à son trottoir quotidien. Ce ne fut pas le cas.
L’homme a réussi un coup de maître, avec une troupe d’étudiants où l’on voit percer de grands talents, ainsi que des costumes et des décors ingénieux de sa propre création. Le choix de Kurani s’est porté cette fois sur Tardieu, Beckett et Ionesco. Avec Eux seuls le savent, une très courte pièce, Tardieu réussit le tour de force de réaliser une pièce sans intrigue, complètement abstraite, ou trois personnages règlent entre eux un conflit dont les détails restent complètement mystérieux. Suit la pièce de Beckett, Come and Go, écrite en anglais par le génie irlandais. Trois amies d’enfance assises sur le banc d’un jardin public, trois «fleurs fanées» qui échangent, deux à deux, mais quoi, on n’en saura rien, des secrets sur la troisième d’entre elles, absente un moment de la scène. Ballet...
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