La Syrie « dément catégoriquement toute implication syrienne dans cette action », affirme le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué publié à Damas.
Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, avait déclaré dimanche que la France a « de fortes raisons de penser » que cet attentat a été commandité par la Syrie. À la question de savoir si cette action était un message de Damas, alors que la France est en pointe dans la mobilisation internationale contre le régime de Bachar el-Assad, le ministre des Affaires étrangères avait répondu sur RFI et TV5 : « Sans doute. »
« Nous avons de fortes raisons de penser que cet attentat vient de là », a-t-il dit. « Nous avons des doutes forts », a-t-il ajouté, en précisant toutefois ne pas avoir la preuve formelle de l’implication des Syriens. Alain Juppé a également mis en cause le Hezbollah, « bras armé » de la Syrie au Liban.
Le Hezbollah a rejeté à son tour les accusations de la France sur son implication dans l’attaque de Tyr. Dans un communiqué, le parti chiite a exigé d’Alain Juppé qu’il « rectifie ses propos et prenne garde à la gravité de telles accusations qui constituent une grande injustice que nous rejetons totalement ».
Si Alain Juppé a lancé cette accusation alors que deux jours plus tôt, le Quai d’Orsay indiquait que la France n’établissait pas de lien entre l’attentat et la Syrie, c’est qu’il a eu certainement « de nouveaux éléments », estime Axel Poniatowski, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.
Karim Émile Bitar, directeur Moyen-Orient à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), est sur cette ligne, soulignant que « plusieurs menaces à peine voilées contre la Finul ont été proférées par des hommes politiques libanais proches de la Syrie, qui avaient déjà fait passer le message ».
« C’est un vieux scénario qui se répète, un jeu qui se poursuit. La Syrie rappelle ainsi son pouvoir de nuisance en disant à la France et à ses ressortissants vivant au Liban : vous êtes vulnérables », ajoute-t-il.
Pour Barah Mikaïl, de la Fondation pour les relations internationales et le dialogue externe, basée à Madrid, les accusations du ministre contre la Syrie sont cependant « hasardeuses ». « On rebondit sur des lieux communs, sur une image jusqu’au-boutiste que l’on a du régime syrien. »
« C’est un régime capable de beaucoup de bêtises mais pas aussi déconnecté de la réalité qu’on le pense », poursuit le chercheur selon lequel le régime syrien n’a pas d’intérêt dans ce genre d’actions. « Il estime disposer d’un rapport de force encore favorable, à l’intérieur comme à l’extérieur, et attend les échéances politiques en France, comme il l’avait fait en 2006-2007 avant l’élection de Nicolas Sarkozy ».

