Les révolutions arabes qui présentent certaines similitudes sont dans le fond toutes différentes, mais ont au moins un point commun dans les différents pays où elles ont eu lieu. Les Frères musulmans et autres islamistes, malgré des structures souvent bien organisées, n’ont pas pris part à l’avènement des nouveaux régimes. Ils ont d’abord assisté en spectateurs aux événements, et ensuite se sont insérés dans le processus de démocratisation en donnant l’impression qu’ils ne s’intéressaient pas au pouvoir et que leur objectif était uniquement social. Ils se sont inspirés de la technique utilisée avec succès en 1979 par l’ayatollah iranien Khomeiny. L’exemple tunisien a été le plus réussi puisque le parti Ennahda a récolté 41 % des sièges à l’Assemblée constituante alors que les militants islamistes ont peu été vus dans les cortèges de la révolution où les femmes non voilées ont mené le combat en première ligne. Pour l’instant, l’échec est provisoire en Égypte car l’armée est toujours présente et contrôle le pouvoir. En revanche, en Libye, les islamistes ont exploité très vite l’intervention de la France et de l’OTAN pour s’arroger le pouvoir et font mine à présent de refuser les éloges aux nouveaux venus. Les islamistes veulent se donner de la crédibilité tout en étouffant les inquiétudes occidentales. Ils répètent à longueur d’interviews que leur modèle reste la Turquie qui a su allier démocratie et islamisme, sans rappeler que les Turcs y ont été contraints par la Constitution d’Atatürk qu’ils ont tendance à grignoter progressivement. Or ce monde dit arabe n’est pas aussi homogène qu’on aime le croire. Derrière l’image d’un monde unifié, le Machrek est une région d’une grande diversité : on l’appréhende par les minorités dont la coexistence a plus ou moins bien fonctionné. Mais qu’est-ce qu’une minorité ? On peut utiliser le contraire, la majorité, et cela renvoie à un groupe qui est en position d’infériorité numérique par rapport à la majorité, qui se distingue par des particularités. D’où la dimension identitaire qui se construit dans un rapport à la majorité. Ce rapport se définit parfois différemment, ce n’est plus une question de nombre, mais de pouvoir. Ainsi si le Maghreb et la péninsule Arabique sont marqués par une grande majorité sunnite, donc d’une certaine homogénéité confessionnelle, qu’en est-il du Croissant fertile ? (voir tableau 2).
Il est évident que le Levant ne présente pas les mêmes particularités du reste du monde arabe. En effet, les sunnites arabes y sont minoritaires. Dans cet esprit, fidèles à leur stratégie de non-implication directe qu’ils ont expérimentée en Tunisie et en Libye, les Frères musulmans estiment à présent qu’ils peuvent prendre le pouvoir en Syrie par Turquie interposée, et donc constituer une tête de pont au Machrek. Ils veulent que le pays tombe dans leur escarcelle. Ils prônent ouvertement une intervention turque pour supplanter le régime actuel. Ils craignent un conflit généré par les Occidentaux qui risquerait de freiner leur prise de pouvoir en Syrie. Le Premier ministre turc, Tayyip Erdogan, a bien reçu le message et est fortement intéressé à mettre un pied en Syrie pour s’introduire au Proche-Orient, dans sa volonté de devenir le leader du monde arabe : « Il semble que la Syrie ne soit pas suivie par la communauté mondiale avec l’attention et la sensibilité qu’elle mérite parce qu’elle n’est pas suffisamment riche en ressources énergétiques. » En écho, le chef radical chiite irakien, Moqtada Sadr, cherche à contrer toute forme d’opposition à l’influence iranienne dans la région. Il a affirmé sa solidarité avec la cause des révolutionnaires syriens, mais a salué l’opposition du président Assad aux États-Unis et à Israël. Il a ouvertement appelé à son maintien au pouvoir. Certains intellectuels arabes expliquent cette situation par le soutien affirmé des États-Unis aux salafistes d’Arabie saoudite. Entre les islamistes chiites iraniens et les wahhabites saoudiens, Washington a, plus encore que dans le passé, pris le parti des Saoudiens. Cela signifie que la montée des islamistes sunnites se poursuivra au Maghreb et dans le pays du Nil, qu’elle sera irrésistible et que le terme de révolutions arabes aura été le slogan d’une saison. Qu’en sera-t-il du Levant où les sunnites arabes sont minoritaires ? Il est évident que le Machrek se dirige rapidement vers un conflit confessionnel généralisé de grande envergure, et que l’issue de ce conflit est incertaine et vague, mais qu’il sera probablement douloureux et long.
Peter GERMANOS
* « Manorités » : majorité-minorité.
Les chiffres et pourcentages cités sont pris du site officiel de la CIA ou ciafactbook 2011.


Pour faire simple les sunnites,commodément appelés salafistes ou wahhabites,ou frères musulmans,histoire de maintenir la fiction d'une majorité "moderée",sont en train de prendre le pouvoir ,ou du moins d'essayer de prendre le pouvoir au Levant,avec l'appui américain.Les "autres" ne se laisseront pas faire,et ce sera donc la guerre.La vieille histoire des islamo-progressistes revisited...le plan vient de loin,très loin dans le temps...et comme toute entreprise américaine étrangère,il causera beaucoup de morts,de destructions,et in fine échouera...mais que de pognon en perspective!
20 h 16, le 10 décembre 2011